Audit I-Police, une facture totale de 139,4 millions d’euros, selon la Cour des comptes
L’audit I-Police chiffre les dépenses à 139,4 millions d’euros, au-delà du seul contrat avec Sopra Steria. La Cour des comptes relève notamment 21,6 millions de licences désormais sans utilité.
Publié par A JS
Résumé de l'article
L’examen des dépenses d’I-Police englobe le contrat principal, la consultance préparatoire et Focus@GPI. La Cour des comptes relève des achats anticipés de logiciels, des faiblesses de gouvernance et une dépendance aux consultants. Elle recommande de renforcer l’expertise informatique interne.
La Cour des comptes élargit le bilan financier de l’échec d’I-Police. Son audit, réalisé à la demande du Parlement, recense 139,4 millions d’euros de dépenses liquidées. Ce total dépasse le périmètre du contrat principal avec Sopra Steria, qui représente 74,4 millions d’euros.
Le programme devait moderniser les outils informatiques des polices fédérale et locale. Il ambitionnait de rapprocher les données d’environ 80 applications et bases sur une plateforme commune. Le marché conclu en 2021 prévoyait une enveloppe de 299 millions d’euros.
Bernard Quintin (MR), ministre de l’Intérieur, a arrêté le projet en décembre 2025, faute de résultats satisfaisants. Le contrat avait été conclu sous sa prédécesseure Annelies Verlinden (CD&V), aujourd’hui ministre de la Justice.
Un audit I-Police au périmètre élargi
Les dépenses recensées ne commencent pas avec l’attribution du marché à Sopra Steria. La Cour comptabilise aussi des missions de consultance réalisées entre 2016 et 2020, pendant la préparation du programme.
Elle intègre également plusieurs millions consacrés à Focus@GPI. Ce projet visait à étendre à toute la police intégrée une application mobile développée initialement par la police locale d’Anvers.
Le montant global ne correspond donc pas aux seuls versements au prestataire principal. Il rassemble plusieurs catégories de dépenses liées au programme et à sa préparation. Cette distinction permet de comprendre l’écart avec les montants précédemment évoqués pour le contrat.
Des logiciels achetés avant les besoins
Les licences constituent l’un des constats les plus sévères de l’audit. Sur 30,8 millions d’euros d’achats, 21,6 millions ne présentent aujourd’hui aucune utilité pour la police. Cela représente environ 70% du total.
Certaines licences, acquises pour 14,2 millions d’euros, sont devenues inexploitables après l’abandon du programme. D’autres, représentant 7,3 millions d’euros, n’ont jamais servi.
La Cour relie notamment ces dépenses inutiles à des achats anticipés dès la fin de 2021. La police a utilisé des crédits de liquidation disponibles, sans toujours attendre les fiches détaillées des produits.
En décembre 2021, les commandes de logiciels ont atteint 20,7 millions d’euros. Les paiements ont représenté 17,1 millions d’euros. Le calendrier convenu avec Sopra Steria prévoyait pourtant un déploiement échelonné des projets.
Un pilotage et une expertise à renforcer
Au-delà des achats, la Cour relève des faiblesses dans la gouvernance et la conduite du programme. Elle pointe notamment des jalons insuffisamment clairs pour encadrer sa progression.
L’audit souligne aussi une dépendance structurelle envers les consultants externes pour des fonctions informatiques critiques. La Cour préconise de renforcer l’expertise interne afin de mieux maîtriser ces missions.
Ces conclusions alimentent le contrôle parlementaire sur la gestion du dossier. La Cour précise cependant que son audit ne tranche pas les responsabilités individuelles dans l’échec du programme.