Belfius pourrait verser 750 millions d’euros à l’État belge
Belfius pourrait verser 750 millions d’euros à l’État tout en préparant l’ouverture de 20 % de son capital. Une opération qui promet des recettes immédiates au Fédéral, mais pose aussi la question des dividendes futurs du bancassureur.
Publié par Demetrio Scagliola
Résumé de l'article
- Belfius prévoit 375 millions d’euros de dividende intérimaire, auxquels pourraient s’ajouter 375 millions exceptionnels si l’ouverture du capital aboutit.
- Le bancassureur prépare l’arrivée d’investisseurs privés en adaptant sa structure de capital et en portant son taux de distribution de 40 à 50 % des bénéfices.
- La vente de maximum 20 % de Belfius apporterait une recette ponctuelle à l’État, mais une partie des dividendes futurs reviendrait ensuite aux nouveaux actionnaires.
Au moment où le gouvernement fédéral cherche plusieurs milliards d'euros pour remettre le budget sur les rails d'ici 2029, Belfius se retrouve au cœur d'une équation financière à double détente. L'ouverture de 20 % du capital du bancassureur doit procurer une importante recette ponctuelle à l'État. Mais Belfius est aussi, année après année, une source substantielle de dividendes pour les finances publiques.
Selon les informations de L'Echo, l'État pourrait ainsi percevoir 750 millions d'euros de Belfius, pour autant que l'ouverture du capital se concrétise comme prévu.
Un montant qui illustre aussi l'un des enjeux de la vente : céder une partie de Belfius apporte immédiatement de l'argent dans les caisses publiques, mais réduit mécaniquement la participation de l'État dans une entreprise qui lui procure régulièrement plusieurs centaines de millions d'euros de dividendes.
Belfius se prépare à accueillir des investisseurs privés
Le processus d'ouverture du capital a déjà progressé. Le gouvernement fédéral a validé le 11 septembre la liste restreinte des candidats autorisés à remettre une offre contraignante pour acquérir jusqu'à 20 % de Belfius. L'objectif reste de conclure l'opération d'ici la fin de l'année.
En attendant, le bancassureur prépare sa structure financière à l'arrivée de nouveaux actionnaires. Belfius annonce plusieurs adaptations destinées à renforcer son « attractivité auprès des investisseurs » tout en maintenant sa résilience financière. Toutes ces mesures sont conditionnées à la confirmation et à la signature d'une ouverture du capital à concurrence de maximum 20 %. Elles ont reçu l'approbation du conseil d'administration de Belfius et de son actionnaire.
L'une des principales modifications concerne le ratio CET1, qui mesure les fonds propres de meilleure qualité dont dispose une banque par rapport aux risques qu'elle porte. Sa fourchette cible passera de 15-15,5 % actuellement à 14,5-15 %.
Cette évolution sera rendue possible notamment par l'émission de 500 millions d'euros d'instruments AT1, des titres hybrides permettant à Belfius d'optimiser sa structure de capital. Le bancassureur entend ainsi disposer de davantage de flexibilité tout en conservant une réserve suffisante pour assurer des distributions de dividendes « prévisibles et pérennes ».
À titre de comparaison, le ratio CET1 de Belfius atteignait encore 15,5 % à la fin juin 2026.
La moitié des bénéfices distribuée
Mais la modification la plus significative pour l'État et les futurs actionnaires concerne la politique de dividende.
Le taux de distribution doit passer de 40 à 50 % des bénéfices du groupe. Autrement dit, la moitié du résultat net pourrait désormais être redistribuée aux actionnaires.
Ce changement permet aussi de comprendre la logique de l'opération pour l'État : avec une participation ramenée à 80 %, celui-ci détiendrait une fraction moins importante de Belfius, mais bénéficierait d'une politique de distribution plus généreuse.
Sur le papier, le mécanisme pourrait ainsi compenser en partie la diminution de sa participation. Cela dépendra évidemment des bénéfices futurs de Belfius : un dividende n'est jamais garanti et varie en fonction des résultats et des contraintes prudentielles.
375 millions avant la fin de l'année
Pour 2026, Belfius prévoit déjà un dividende intérimaire de 375 millions d'euros, calculé sur ses résultats à la fin du troisième trimestre et qui devrait être versé avant la fin de l'année.
Il se compose de 250 millions correspondant au dividende intérimaire versé l'année dernière et de 125 millions supplémentaires, précisément liés au passage du taux de distribution de 40 à 50 %.
À cette somme pourrait s'ajouter un deuxième chèque de même ampleur.
Une fois l'opération d'ouverture du capital confirmée et signée, Belfius entend verser 375 millions d'euros de dividende exceptionnel, prélevés cette fois sur ses réserves distribuables. Cette distribution reste notamment soumise à l'examen prudentiel et, si nécessaire, à l'approbation préalable des autorités compétentes.
Au total, l'État pourrait donc recevoir 750 millions d'euros.
Une manne régulière pour l'État
Ce montant n'est pas anecdotique au regard de la situation budgétaire fédérale. Il rappelle surtout que Belfius est devenue une source régulière de revenus pour son propriétaire public.
Pour l'exercice 2025, la banque a prévu un dividende de 454,6 millions d'euros. Et les montants ont été particulièrement élevés ces dernières années : Belfius indique avoir distribué au total 945 millions d'euros en 2025, en additionnant le dividende relatif à l'exercice 2024, un dividende exceptionnel et un dividende intérimaire.
Depuis le premier dividende versé en 2016, les distributions cumulées atteignaient déjà 3,665 milliards d'euros au début de 2026, selon les chiffres présentés par Belfius. Un montant à mettre en perspective avec les quelque 4 milliards d'euros déboursés par l'État pour reprendre l'ancienne Dexia Banque Belgique en 2011.
Et ces dividendes ne constituent pas la seule contribution de Belfius aux finances publiques. Pour 2025, le groupe faisait également état d'une contribution fiscale de 817 millions d'euros.
Vendre aujourd'hui ou conserver les revenus de demain? C'est tout le paradoxe qui anime le monde politique belge depuis des mois, même si le gouvernement fédéral a tranché et a déjà lancé le processus d'ouverture du capital de Belfius.
La vente de 20 % de Belfius peut procurer une rentrée exceptionnelle importante au moment où le gouvernement cherche à améliorer sa trajectoire budgétaire à l'horizon 2029. Le prix auquel cette participation sera finalement cédée sera donc déterminant pour mesurer l'intérêt financier de l'opération.
Mais une vente signifie également que 20 % des dividendes futurs correspondant aux actions cédées reviendront désormais aux nouveaux investisseurs, toutes choses égales par ailleurs.
Belfius semble précisément préparer cette nouvelle configuration. Le groupe explique vouloir offrir une politique de distribution « attractive et stable » aux actionnaires actuels et futurs et trouver un équilibre entre les intérêts de l'entreprise, de son actionnaire public et des investisseurs susceptibles d'entrer au capital.
L'État se trouve donc face à deux sources de recettes de nature différente : le produit, ponctuel, de la vente d'une partie de sa participation et les dividendes, potentiellement récurrents, générés par les actions qu'il conservera.
L'augmentation du taux de distribution à 50 % atténue en partie cet arbitrage. Mais elle ne le fait pas disparaître. Au moment où chaque milliard compte dans les négociations budgétaires fédérales, les 750 millions que Belfius pourrait verser cette année rappellent précisément la valeur financière que représente, pour l'État, sa participation dans le bancassureur.