«50 personnalités que le MR aurait préférées à Thomas Gadisseux»: Jacqueline Galant demande à la RTBF d'« entendre les critiques »
La polémique sur les « 50 personnalités que le MR aurait préférées à Thomas Gadisseux » arrive au Parlement. Jacqueline Galant défend la place de la satire à la RTBF, mais demande à sa direction d'entendre les critiques. Le dossier est désormais entre les mains du CSA.
Publié par Demetrio Scagliola
Résumé de l'article
- Chris Massaki a interrogé Jacqueline Galant sur la séquence controversée diffusée lors de la rentrée de la RTBF.
- La ministre défend la place de l'humour et de la satire, mais dit comprendre le malaise des journalistes concernés.
- Après l'incompétence constatée par le CDJ, la plainte a été transmise au CSA, qui doit l'examiner en toute indépendance.
La polémique autour des « 50 personnalités que le MR aurait préférées à Thomas Gadisseux » s’est invitée ce mardi au Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Interrogée en commission par le député Chris Massaki, la ministre des Médias Jacqueline Galant (MR) a défendu la place de l’humour et de la satire au sein du service public, tout en estimant que la direction de la RTBF devait entendre le malaise suscité par cette séquence.
L’affaire remonte à la conférence de presse de rentrée de la RTBF. Dans une séquence présentée par Pierre Scheurette et diffusée sur Auvio, un visuel réunissait « 50 personnalités que le MR aurait préférées à Thomas Gadisseux », le nouveau directeur de l’information du média public.
Plusieurs journalistes issus d'autres médias figuraient dans le montage aux côtés de responsables politiques mais aussi de personnalités comme Vladimir Poutine ou Xavier Dupont de Ligonnès. Plusieurs groupes de médias avaient décidé de saisir le Conseil de déontologie journalistique (CDJ).
Chris Massaki interpelle la ministre
Le député Chris Massaki a interrogé Jacqueline Galant sur les suites données à cette affaire et, plus largement, sur les limites auxquelles doit être soumis un média de service public.
Selon lui, le montage plaçait « d’une certaine façon sur un pied d’égalité » différentes personnalités politiques et médiatiques avec « un dictateur, un animal ou un assassin ». Il a dès lors demandé à la ministre si un média public financé par les citoyens ne devait pas être particulièrement attentif au respect de l’intégrité des personnalités médiatiques et politiques.
Le député a également interrogé Jacqueline Galant sur les moyens permettant de s'assurer que la RTBF ne franchisse pas les limites fixées par la déontologie journalistique.
Depuis le dépôt de cette question, le dossier a toutefois évolué. Le CDJ a décidé de ne pas examiner la plainte sur le fond, considérant que la séquence ne constituait pas une production journalistique et ne résultait pas d'un acte ou d'un travail journalistique. La plainte a dès lors été transmise au Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA).
« L'humour et la satire ont toute leur place »
Dans sa réponse, Jacqueline Galant a d'abord insisté sur la liberté dont doit pouvoir bénéficier le service public.
« L'humour et la satire ont toute leur place dans les médias, y compris dans le service public », a déclaré la ministre. Elle a également rappelé que les responsables politiques devaient accepter la critique et la caricature, soulignant qu'elle avait elle-même été moquée dans la séquence.
La ministre dit néanmoins comprendre la réaction des journalistes et professionnels des médias qui apparaissaient dans le montage et qui ont considéré que leur indépendance ou leur intégrité professionnelle était mise en cause.
« Ce malaise mérite d'être entendu », a-t-elle estimé.
Jacqueline Galant relève également le contexte particulier dans lequel la séquence a été diffusée : non pas dans une émission humoristique classique, mais à l'occasion de la conférence de presse de rentrée de la RTBF.
Pour la ministre, il s'agit d'un « événement institutionnel important qui engage l'image de l'entreprise ».
La direction de la RTBF invitée à tirer les enseignements
Jacqueline Galant a surtout adressé un message à la direction de la RTBF. « Ma position est connue : la liberté éditoriale est essentielle, mais elle s'accompagne de responsabilités. Et l'une ne peut pas servir de prétexte pour échapper aux autres », a-t-elle déclaré.
« J'attends de la direction de la RTBF qu'elle entende les critiques qui lui sont adressées et qu'elle en tire, si nécessaire, les enseignements utiles », a encore ajouté la ministre des Médias.
Elle n'entend toutefois pas se substituer aux instances chargées d'examiner le dossier. Après la décision du CDJ de se déclarer incompétent, c'est désormais au CSA qu'il revient de traiter la plainte. « Le CSA examinera désormais cette plainte en toute indépendance », a-t-elle précisé.
Humour: quand Jacqueline Galant cite Jean d'Ormesson
La ministre a toutefois réservé une chute beaucoup moins institutionnelle à sa réponse. Pour conclure cette polémique née d'une séquence humoristique, Jacqueline Galant a choisi de citer Jean d'Ormesson :
« Riez. J’ai beaucoup ri. J’ai ri du monde, des autres et de moi.
Rien n’est très important. Tout est tragique.
Tout ce que nous aimons mourra.
Et je mourrai moi aussi.
La vie est belle. »
Une manière pour la ministre des Médias de terminer avec une pointe de philosophie un dossier qui, lui, n'est pas encore totalement refermé. Si le CDJ ne s'est pas prononcé sur le fond, après s'être déclaré incompétent, le CSA doit désormais examiner la plainte.