Boucle du Hainaut : pourquoi le MR commence à perdre patience avec François Desquesnes (Les Engagés)
La Boucle du Hainaut, cruciale pour l’avenir énergétique et industriel de la Wallonie, se heurte aux compensations réclamées par François Desquesnes. Ses exigences crispent le MR et poussent certains à demander à Adrien Dolimont de trancher.
Publié par Demetrio Scagliola
Résumé de l'article
- La Boucle du Hainaut est stratégique pour l’industrie wallonne.
- François Desquesnes réclamerait jusqu’à 1 million d’euros par kilomètre.
- Le MR s’impatiente et Adrien Dolimont est appelé à arbitrer.
Indispensable pour renforcer le réseau électrique wallon et répondre aux futurs besoins de l'industrie, la Boucle du Hainaut entre dans une phase décisive. Mais les compensations réclamées à Elia par François Desquesnes (Les Engagés) crispent le MR et placent le ministre-président Adrien Dolimont face à un dossier politiquement explosif.
C'est une ligne à haute tension qui commence à faire monter la tension… au sein même du gouvernement wallon. La Boucle du Hainaut, projet stratégique pour l'approvisionnement électrique et l'avenir industriel de la Wallonie, approche d'une étape décisive. Mais un nouveau bras de fer se dessine autour des compensations qui devraient accompagner sa réalisation.
Le projet porté par Elia prévoit la construction d'une liaison aérienne de 380 kV entre Avelgem et Courcelles, sur près de 85 kilomètres en territoire wallon. Avec une capacité de transport de 6 GW, elle doit renforcer un réseau électrique qui devra absorber à la fois l'électrification croissante de l'économie, davantage d'énergie renouvelable et l'électricité provenant notamment de la mer du Nord.
L'enjeu dépasse donc largement les seules communes traversées. La Wallonie elle-même considère depuis plusieurs années cette infrastructure comme essentielle à la fiabilité du réseau et au développement économique du Hainaut. Le réseau 150 kV de la province devrait en effet approcher de la saturation autour de 2030, ce qui risque de limiter les possibilités de nouveaux raccordements industriels.
Des entreprises directement concernées
Pour les entreprises déjà présentes en Wallonie comme pour celles susceptibles de s'y installer, la disponibilité d'une puissance électrique suffisante devient un critère d'investissement majeur. Retarder durablement la Boucle du Hainaut ferait donc peser une incertitude supplémentaire sur l'attractivité économique de la région.
Même le raccordement des futures capacités éoliennes de la zone Princesse Élisabeth en mer du Nord dépend en partie du renforcement du réseau terrestre, dont la Boucle du Hainaut constitue l'un des maillons. La CREG a déjà mis en évidence les contraintes de capacité du réseau en attendant sa réalisation.
C'est dans ce contexte que l'attitude de François Desquesnes devient politiquement sensible.
Desquesnes réclamerait près de 90 millions d'euros
Le ministre wallon de l'Aménagement du territoire, originaire de Soignies, l'une des communes concernées par le tracé, s'était montré très critique envers le projet avant les élections. Désormais, il ne semble plus remettre en cause son principe, mais entend obtenir d'importantes compensations.
Selon plusieurs sources, son cabinet aurait évoqué auprès d'Elia une indemnisation pouvant atteindre un million d'euros par kilomètre pour les communes traversées. Sur un tracé d'environ 85 à 90 kilomètres, l'addition pourrait donc approcher les 90 millions d'euros.
D'autres demandes seraient également sur la table, notamment la prise en charge par Elia de certains frais supportés par les riverains qui seraient contraints de déménager.
Le niveau envisagé interpelle d'autant plus qu'il serait près de trois fois supérieur aux 375.000 euros par kilomètre évoqués dans le cadre de Ventilus, le grand projet de renforcement du réseau électrique mené en Flandre.
François Desquesnes, lui, ne souhaite pas commenter les montants. Son cabinet souligne que la procédure administrative suit son cours et présente les échanges avec Elia comme des contacts destinés à préciser les aspects techniques du dossier.
Le MR commence à perdre patience
Mais au sein de la majorité MR-Les Engagés, la méthode commence à agacer. Plusieurs sources gouvernementales soulignent que le ministre n'aurait pas reçu de mandat de l'exécutif pour négocier de telles compensations.
L'enjeu est aussi financier : les sommes éventuellement accordées par Elia ne disparaîtraient pas dans la nature. Elles pourraient à terme se retrouver dans les coûts supportés par les utilisateurs du réseau, particuliers comme entreprises.
Plus fondamentalement, certains responsables redoutent qu'une surenchère sur les compensations ne retarde encore un projet considéré comme indispensable à la stratégie industrielle et énergétique wallonne.
L'inquiétude dépasse d'ailleurs le MR. Au sein même des Engagés, le député et ancien patron de l'Union wallonne des entreprises Olivier de Wasseige met en garde dans L'Echo contre l'incertitude qui entoure le projet : « Quelle entreprise prendra le risque de s'installer dans cette partie de la Wallonie sans savoir quand la Boucle du Hainaut arrivera ? Cette imprévisibilité effraie les entreprises. »
Dolimont appelé à reprendre la main
Le dossier devient dès lors un premier véritable test politique pour Adrien Dolimont. Jusqu'ici, la coalition MR-Les Engagés avait affiché une forte cohésion autour de sa volonté de redresser les finances et de relancer l'économie wallonne.
La Boucle du Hainaut révèle une contradiction potentiellement beaucoup plus embarrassante : comment défendre la réindustrialisation et l'électrification de l'économie tout en laissant s'enliser l'une des infrastructures nécessaires pour y parvenir ?
Les préoccupations des communes et des riverains restent légitimes. Le projet traverse quatorze communes et aura un impact durable sur le paysage et l'environnement. Plusieurs instances consultées ont d'ailleurs demandé des mesures destinées à réduire ces nuisances.
Mais le débat porte désormais sur l'équilibre entre ces compensations et l'intérêt économique régional. Dans les rangs libéraux, certains attendent donc qu'Adrien Dolimont reprenne la main et fixe une ligne commune au gouvernement.
Car derrière les pylônes et les millions d'euros de compensations se joue une question autrement plus importante : la Wallonie disposera-t-elle, au début de la prochaine décennie, du réseau électrique nécessaire pour accueillir et conserver les entreprises qu'elle affirme vouloir attirer ?