BP congédie son président, soupçonné de forfaitures
Le géant pétrolier britannique BP traverse une nouvelle zone de turbulences. Moins d’un an après sa nomination, son président Albert Manifold a été écarté avec effet immédiat pour des problèmes liés à la gouvernance et à la conduite, alors que le groupe tente toujours de retrouver un cap stratégique après plusieurs années d’instabilité.
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
BP évince brutalement son président Albert Manifold pour des problèmes de gouvernance non précisés, nouvelle secousse pour un groupe fragilisé par les crises internes.
Nouveau choc pour BP. Le groupe énergétique britannique a annoncé mardi le départ immédiat de son président Albert Manifold, invoquant de « graves préoccupations » liées aux normes de gouvernance, à la supervision et au comportement du dirigeant.
Le conseil d’administration a pris sa décision à l’unanimité. Dans un communiqué inhabituellement ferme, Amanda Blanc, administratrice indépendante principale du groupe, affirme que le conseil a été « surpris et déçu par des éléments jugés inacceptables », sans toutefois préciser la nature exacte des manquements reprochés.
Arrivé à la tête du conseil d’administration en octobre dernier, Albert Manifold incarnait pourtant une pièce importante du redressement engagé par BP. Ancien patron du groupe de matériaux de construction CRH, il avait été choisi pour accélérer la transformation du géant pétrolier, revenu ces derniers mois vers une stratégie davantage centrée sur les hydrocarbures après avoir tenté un virage massif vers les énergies renouvelables.
Une entreprise fragilisée par les crises de gouvernance
Cette éviction intervient alors que BP cherche depuis plusieurs années à retrouver une stabilité devenue rare. Le groupe britannique, valorisé autour de 82 milliards de livres sterling, multiplie les changements de cap et les bouleversements internes.
En décembre dernier, BP avait déjà changé de directeur général en nommant Meg O’Neill, ancienne dirigeante de Woodside Energy, pour reprendre une entreprise affaiblie par des performances jugées insuffisantes par une partie des investisseurs.
Avant elle, Bernard Looney avait quitté brutalement la direction du groupe en 2023 après avoir omis de déclarer plusieurs relations personnelles avec des collaborateurs de l’entreprise. Plus loin encore, Tony Hayward avait quitté BP après la catastrophe de Deepwater Horizon dans le golfe du Mexique en 2010, tandis que John Browne avait été poussé vers la sortie en 2007.
La succession d’affaires internes nourrit depuis plusieurs années un climat d’instabilité chronique au sein du géant britannique.
Les investisseurs sous tension
Le départ d’Albert Manifold survient également quelques semaines après une alerte venue des actionnaires. Lors de la dernière assemblée générale, plus de 18 % des investisseurs avaient voté contre sa reconduction, après que Glass Lewis, cabinet influent de conseil aux actionnaires, avait soulevé des interrogations sur certains aspects de la gouvernance.
Les marchés ont immédiatement sanctionné l’annonce. L’action BP reculait nettement mardi à Londres, perdant jusqu’à près de 9 % dans les échanges.
Pour assurer l’intérim, le groupe a nommé Ian Tyler, administrateur indépendant arrivé au conseil l’an dernier. BP précise qu’un processus de recrutement est désormais engagé pour trouver un président permanent.
Reste une question centrale : combien de temps encore le géant énergétique pourra-t-il enchaîner les crises de gouvernance sans fragiliser davantage sa crédibilité auprès des marchés, alors même qu’il tente de redéfinir son modèle économique dans une industrie énergétique en pleine mutation ?