Burn-out : Jean-François Gatelier (Les Engagés) s’oppose au plan de Bart De Wever
La volonté de Bart De Wever de limiter à deux ans les indemnités pour burn-out fait réagir jusque dans sa majorité. Le député et médecin Jean-François Gatelier (Les Engagés) refuse que le politique fixe arbitrairement la durée d’une maladie.
Publié par Demetrio Scagliola
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Résumé de l'article
- Jean-François Gatelier (Les Engagés) s’oppose à la volonté de Bart De Wever de limiter à deux ans les indemnités liées au burn-out.
- Le député et médecin dénonce le risque de créer des « malades de seconde zone » et refuse que le politique fixe la durée d’une maladie.
- Il défend le retour au travail et la lutte contre les abus, mais estime que l’évaluation de l’incapacité doit rester entre les mains du corps médical.
La piste n'était déjà guère appréciée par Vooruit. Elle provoque désormais des critiques au sein d'un autre parti de la majorité Arizona. Jean-François Gatelier (Les Engagés) prend publiquement ses distances avec la proposition du Premier ministre visant à limiter à deux ans les indemnités d’incapacité de travail liées au burn-out.
Cette piste fait partie des mesures actuellement discutées dans le cadre des difficiles négociations budgétaires fédérales. Le Premier ministre cherche toujours à réduire fortement le déficit et le coût croissant des incapacités de longue durée fait partie des dossiers sur lesquels le gouvernement entend agir.
Selon les informations publiées ces derniers jours, la proposition consisterait à limiter dans le temps les indemnités liées au burn-out. Après deux ans, les personnes concernées devraient reprendre le travail ou basculer vers un autre régime de protection sociale si elles remplissent les conditions requises.
Mais cette approche ne fait manifestement pas l’unanimité au sein de l'Arizona.
« Ne créons pas de malades de seconde zone »
Jean-François Gatelier dispose d'une double casquette particulière dans ce débat. Député fédéral Les Engagés et bourgmestre de Sivry-Rance, il est également médecin généraliste.
Dans un message publié sur Facebook, il ne cache pas son opposition.
« Comme médecin et député, je m’oppose à cette approche », écrit-il avant de poser une question de principe : « Depuis quand appartient-il aux politiques de décider qui est malade, qui ne l’est pas ou qui ne l’est plus ? »
L'élu des Engagés craint surtout qu'une limite imposée spécifiquement au burn-out ouvre la porte à d'autres distinctions entre pathologies.
« Aujourd’hui, ce serait le burn-out. Et demain ? Les dépressions ? Les lombalgies chroniques ? D’autres maladies jugées trop coûteuses pour notre sécurité sociale ? », interroge-t-il.
Gatelier reconnaît le problème des malades de longue durée
Le député ne conteste toutefois pas le problème auquel le gouvernement tente de répondre. La Belgique comptait, fin 2025, plus de 576.000 personnes en incapacité depuis plus d'un an. Une part importante des incapacités de longue durée est liée aux troubles psychiques, notamment aux dépressions et aux burn-out.
« Oui, nous avons trop de malades de longue durée en Belgique. Oui, nous devons lutter contre les abus et favoriser le retour au travail », insiste Jean-François Gatelier.
C'est donc moins l'objectif poursuivi que la méthode envisagée par le Premier ministre qu'il remet en cause.
Pour le député-médecin, l'évaluation de l'incapacité doit rester entre les mains des professionnels de la santé : « C’est au corps médical, qu’il s’agisse du médecin de famille, du médecin-conseil ou du médecin du travail, d’évaluer, d’accompagner et de favoriser le retour au travail, chacun dans le cadre de ses compétences. »
« Le politique ne doit pas se substituer au jugement médical »
Jean-François Gatelier trace ainsi une ligne rouge : le gouvernement peut réformer les mécanismes d'indemnisation, renforcer les contrôles ou organiser plus efficacement la réintégration professionnelle, mais il ne devrait pas, selon lui, déterminer qu'une pathologie cesse de justifier une incapacité après une durée fixée à l'avance.
« Le politique doit organiser un système efficace, pas se substituer au jugement médical », affirme-t-il.
Sa sortie est politiquement significative puisqu'elle émane d'un parlementaire appartenant à l'un des cinq partis soutenant le gouvernement De Wever. Elle intervient en outre au moment où les négociations budgétaires se poursuivent difficilement et où Vooruit s'oppose déjà à plusieurs économies envisagées dans la sécurité sociale et les soins de santé.
Les Mutualités libres ont elles aussi exprimé leurs réserves sur une limitation automatique des indemnités, estimant qu'une maladie ne peut être déterminée de manière arbitraire et plaidant plutôt pour un accompagnement renforcé des personnes concernées.
Une question sensible pour Les Engagés
Le sujet est d'autant plus délicat pour Les Engagés que le parti avait salué, lors d'un précédent accord fédéral sur les malades de longue durée, le développement d'un Plan national Burn-out et le renforcement de l'accompagnement psychologique.
Jean-François Gatelier avait alors défendu une logique reposant à la fois sur la prévention, l'accompagnement et la responsabilisation des différents acteurs.
Face à la nouvelle piste avancée dans les discussions budgétaires, le député entend donc maintenir une distinction entre la lutte contre les abus et la reconnaissance médicale d'une incapacité de travail.
« Ne fragmentons pas la santé entre maladies physiques et psychiques, entre malades légitimes et malades de seconde zone », conclut-il, avant cette formule : « Un malade = un malade. La santé ne se décrète pas. Elle se soigne. »