Ce réflexe fiscal peut finalement faire perdre de l’argent aux entrepreneurs
Une étude de l’UHasselt et de Xerius révèle qu’un entrepreneur francophone sur trois serait fortement sensible à « l’effet tunnel fiscal » : vouloir réduire ses impôts peut conduire à prendre des décisions qui coûtent finalement plus cher qu’elles ne rapportent.
Publié par Demetrio Scagliola
Résumé de l'article
- 33 % des entrepreneurs francophones interrogés seraient fortement sensibles à « l’effet tunnel fiscal ».
- Connaître la fiscalité ne suffit pas : 71 % des répondants estiment avoir au moins des connaissances fiscales moyennes.
- Une dépense déductible reste une dépense : les chercheurs invitent à regarder son coût réel et son impact sur la trésorerie.
Réduire ses impôts ne signifie pas nécessairement réaliser une bonne opération financière. Une étude menée par l’Université de Hasselt (UHasselt) et Xerius auprès de 190 entrepreneurs francophones montre qu’un tiers d’entre eux serait fortement sensible à « l’effet tunnel fiscal », qui consiste à privilégier l’avantage fiscal au détriment du coût réel d’une décision.
Remplacer une voiture de société pour bénéficier de nouveaux amortissements, multiplier les dépenses avant la clôture d’un bon exercice comptable… Ces réflexes peuvent sembler intéressants fiscalement, mais ne le sont pas nécessairement financièrement.
Selon l’étude, 33 % des entrepreneurs francophones interrogés présentent une forte sensibilité à cet « effet tunnel fiscal », 65 % une sensibilité moyenne et seulement 2 % y seraient peu ou pas sensibles. Paradoxalement, 71 % des répondants considèrent disposer de connaissances fiscales au moins moyennes et 21 % les jugent élevées.
« Certains entrepreneurs finissent par s’appauvrir »
Pour Maarten Corten, professeur associé en audit et comptabilité à l’UHasselt, la connaissance fiscale ne suffit pas à écarter ce biais. « Les entrepreneurs estiment généralement avoir de bonnes connaissances fiscales, mais se révèlent pourtant étonnamment sensibles à l’effet tunnel fiscal », explique-t-il.
Celui-ci revient, selon le chercheur, à évaluer une décision « en fonction de l’économie d’impôts qu’elle permet de réaliser, sans tenir suffisamment compte de son coût total ». Avec une conséquence parfois paradoxale : « Certains entrepreneurs finissent par s’appauvrir en voulant économiser des impôts. »
Les chercheurs constatent d’ailleurs peu de liens entre cette sensibilité et le niveau d’études, une formation économique ou encore les connaissances fiscales que les entrepreneurs pensent posséder.
Une déduction ne couvre qu’une partie de la dépense
Wim Daems, chercheur doctorant à l’UHasselt, rappelle qu’une dépense déductible reste avant tout une dépense. « De nombreux entrepreneurs savent qu’une dépense est fiscalement déductible, mais semblent parfois perdre de vue que la déduction ne compense qu’une partie de son coût. »
Un investissement peut évidemment rester pertinent s’il apporte « davantage de confort, moins d’entretien ou moins de frais », poursuit-il. « Mais cela devient problématique lorsque l’économie d’impôts constitue la principale raison d’effectuer une dépense. »
L’étude donne un exemple simple : avec un taux d’imposition de 25 %, une dépense entièrement déductible de 1.000 euros permet une économie fiscale de 250 euros. L’entreprise a néanmoins dépensé 1.000 euros et dispose donc, toutes choses égales par ailleurs, de 750 euros de moins
Le rôle du comptable
Xerius invite dès lors les entrepreneurs à replacer la fiscalité dans une analyse financière plus large. « Les entrepreneurs ont tout intérêt à ne pas se limiter à l’avantage fiscal », souligne Stéphanie Gowenko, de Xerius. « Ils doivent également tenir compte du coût réel, de la valeur ajoutée de l’investissement et de son impact sur leur trésorerie. »
« Une discussion approfondie avec un comptable reste souvent la meilleure garantie d’une décision bien réfléchie », ajoute-t-elle. Une recommandation qui concerne une large majorité des personnes interrogées : 90 % déclarent faire appel à un comptable externe.
L’enquête a été réalisée en ligne entre le 7 avril et le 18 mai 2026 auprès de 190 entrepreneurs francophones, dont 70 % établis en Wallonie et 30 % à Bruxelles. Les auteurs précisent qu’une enquête de ce type reste susceptible de présenter un biais de sélection.