Circoncision : pour la Commission européenne, l’interdire reviendrait à empêcher la vie juive de s’épanouir en Europe
La mise en garde est venue de Katharina von Schnurbein, coordinatrice de la Commission européenne pour la lutte contre l’antisémitisme et la promotion de la vie juive.
Publié par A.G.
Résumé de l'article
La Commission européenne estime qu’une interdiction de la circoncision rituelle reviendrait à empêcher la vie juive de s’épanouir en Europe.
À Bruxelles, l’EJA a alerté sur les poursuites visant des mohels en Belgique, qui pourraient créer un précédent européen.
Des médecins ont contesté l’argument sanitaire, évoquant des taux de complications très faibles et l’existence de systèmes de certification.
Le débat dépasse la circoncision : il pose la question de la liberté religieuse, des droits des minorités et de l’avenir de la vie juive en Europe.
Lors d’une conférence organisée à Bruxelles par l’European Jewish Association, elle a rappelé que la circoncision rituelle constitue l’un des fondements de la vie juive. L’interdire, a-t-elle averti, reviendrait à rendre impossible l’épanouissement de la vie juive dans un État membre.
Alors que des procédures judiciaires sont en cours en Belgique contre des mohels, les praticiens religieux juifs chargés de la circoncision rituelle, le dossier prend une dimension européenne. « La Commission européenne est consciente que la circoncision est l’une des traditions les plus importantes pour les Juifs. Interdire cette pratique ancienne reviendrait, en réalité, à interdire la possibilité d’une vie juive florissante dans n’importe quel État membre », a déclaré Katharina von Schnurbein.
Elle s’exprimait mercredi à Bruxelles lors d’une conférence consacrée à la circoncision, à la liberté religieuse et à l’avenir de la vie juive en Belgique. L’événement réunissait responsables juifs, musulmans et chrétiens, médecins, juristes, responsables politiques belges et représentants européens.
Pour la coordinatrice européenne, le Brit Milah, la circoncision des garçons juifs au huitième jour après la naissance, occupe une place centrale dans la vie juive, « quel que soit le degré d’observance des communautés, qu’elles soient religieuses ou laïques ». Elle a aussi reconnu le climat lourd qui entoure ce débat et ses effets sur les Juifs européens.
Une affaire belge suivie au-delà de nos frontières
L’European Jewish Association - EJA - appelle à la sécurité juridique, à la reconnaissance de praticiens formés, à des garanties claires et au dialogue plutôt qu’à la criminalisation.
Pour le rabbin Menachem Margolin, président de l’EJA, l’enjeu dépasse la seule question médicale. « Ce n’est pas vraiment un débat sur la circoncision. C’est un débat sur les limites de la liberté en Europe », a-t-il déclaré. Selon lui, ce qui se joue en Belgique sera regardé bien au-delà du pays.
Taux d’infection inférieurs à 0,06 %
Plusieurs médecins ont contesté l’idée selon laquelle la circoncision religieuse constituerait un problème de santé publique. Le Dr Michael Ben Akon, directeur du département de pédiatrie de l’hôpital Laniado et membre du comité israélien chargé de la certification des mohels, a rappelé qu’environ deux milliards d’hommes dans le monde sont circoncis.
Selon les chiffres présentés, la littérature scientifique situe le taux global de complications sous les 0,4 %, avec des taux d’infection inférieurs à 0,06 %. En Israël, où plus de 70.000 à 75.000 circoncisions sont réalisées chaque année, 35 complications seulement auraient été rapportées en 2018, soit environ 0,5 cas pour 1.000 procédures.
Le Dr Ben Akon a aussi souligné qu’environ 70 % des circoncisions en Israël sont pratiquées par des intervenants religieux certifiés, dans un système de formation, d’examen et de contrôle supervisé par le Grand Rabbinat et le ministère israélien de la Santé.
Une question de liberté religieuse
La conférence a également pris une dimension interreligieuse. Le grand rabbin néerlandais Binyomin Jacobs, l’imam Nordine Taouil et Rik Hoet, vicaire épiscopal pour le dialogue oecuménique, ont défendu un message commun : la circoncision est une pratique religieuse fondamentale pour les communautés juives et musulmanes, et les sociétés démocratiques doivent permettre aux minorités de pratiquer librement leur foi.
Des personnalités politiques et juridiques belges, dont la députée Jinnih Beels, le constitutionnaliste Rik Torfs, l’ancien échevin anversois André Gantman et le juriste Ralph Pais, ont replacé le débat dans le cadre plus large des droits constitutionnels. La liberté religieuse ne se limite pas au droit de croire en privé. Elle implique aussi le droit de pratiquer sa foi.
"La vie juive appartient à l'Europe"
Le commissaire européen à la Santé, Olivér Várhelyi, a lui aussi réaffirmé l’engagement de la Commission à protéger la vie juive et ses traditions : « La vie juive appartient à l’Europe. La tradition juive appartient à l’Europe. »
Au fond, l’affaire belge place l’Europe face à une contradiction. Elle affirme vouloir lutter contre l’antisémitisme et protéger les minorités. Mais certaines procédures pourraient rendre beaucoup plus difficile l’exercice d’un rite fondateur du judaïsme.
La conclusion du rabbin Margolin résume l’enjeu : « La question posée aujourd’hui à la Belgique n’est pas de savoir quel type de Juifs peut vivre en Europe. La question est de savoir quel type d’Europe l’Europe veut être. »