Crédits, épargne, budget : ce que la hausse du taux à 10 ans change pour les Belges
Le taux belge à dix ans vient de dépasser 4 %, une première depuis 2012. Crédits hypothécaires plus chers, épargne mieux rémunérée : les Belges pourraient le ressentir dans leur portefeuille. Pour le gouvernement, la hausse complique aussi la recherche de 10 milliards d’euros.
Publié par Demetrio Scagliola
Résumé de l'article
- Le taux belge à dix ans a dépassé 4 % pour la première fois depuis janvier 2012.
- Les crédits immobiliers pourraient encore se renchérir, tandis que certains produits d’épargne et obligations pourraient devenir plus rémunérateurs.
- La hausse des taux alourdit progressivement les charges d’intérêts de l'État, compliquant l'effort budgétaire prévu d'ici 2029.
Le cap n’avait plus été franchi depuis janvier 2012. Le rendement de l’obligation belge à dix ans a dépassé les 4 %, dans un contexte de remontée généralisée des taux à long terme. Un mouvement qui pourrait progressivement se faire sentir dans le portefeuille des Belges, mais qui complique aussi l’équation budgétaire du gouvernement fédéral.
Pourquoi les taux remontent-ils ?
La Belgique n’est pas isolée. Les rendements obligataires progressent en Europe, aux États-Unis et au Japon. Les investisseurs s’inquiètent notamment de l’endettement public, mais aussi du retour des tensions inflationnistes, alimentées par la hausse des prix de l’énergie sur fond de conflit au Moyen-Orient.
Pour prêter leur argent pendant dix ans, les investisseurs exigent dès lors une rémunération plus importante. La situation budgétaire belge constitue un facteur supplémentaire de vigilance : le pays affiche l’un des déficits publics les plus élevés de la zone euro et plusieurs agences de notation ont récemment envoyé des signaux négatifs.
Des crédits hypothécaires plus chers
Pour les ménages, la conséquence la plus concrète concerne le crédit. Les taux hypothécaires avaient déjà fortement augmenté avant le franchissement des 4 % par l’OLO belge à dix ans. Fin août, le taux fixe à 20 ans, l’un des baromètres du marché immobilier, tournait lui aussi autour de 4 %.
Si la hausse des taux de marché se prolonge, les banques pourraient encore adapter leurs tarifs. À montant emprunté identique, une hausse du taux signifie une mensualité plus élevée ou, pour conserver la même mensualité, une capacité d’emprunt réduite.
Une meilleure nouvelle pour les épargnants
La situation est plus favorable pour ceux qui disposent d'une épargne. Les banques ont déjà commencé à relever certains rendements, même si la transmission vers les comptes d’épargne reste lente. Les comptes à terme, bons de caisse et obligations pourraient également gagner en attractivité.
Pour les investisseurs, les obligations redeviennent ainsi une alternative aux actions.
Une facture supplémentaire pour l'État
Mais c’est probablement du côté des finances publiques que l’enjeu est le plus important. Une hausse des taux ne se répercute pas immédiatement sur l’ensemble de la dette belge : celle-ci a une maturité moyenne relativement longue et une grande partie est financée à taux fixe.
La facture augmente cependant progressivement lorsque l'État doit refinancer des emprunts arrivant à échéance et financer de nouveaux déficits.
Selon les projections du Comité de monitoring citées par De Tijd, les charges d’intérêts du fédéral pourraient augmenter de 11 milliards d’euros entre 2026 et 2031. Le Trésor a également calculé qu’une hausse des taux d’un point de pourcentage à partir de juillet alourdirait la facture de 178 millions d’euros dès 2026, de 1,1 milliard en 2027 et de 3,9 milliards en 2031.
Une difficulté de plus pour trouver 10 milliards
Cette évolution intervient au pire moment pour le gouvernement De Wever. Le Premier ministre et les vice-Premiers travaillent actuellement sur un effort budgétaire qui doit atteindre environ 10 milliards d’euros à l’horizon 2029.
Une augmentation durable des charges d’intérêts pourrait donc absorber une partie des économies réalisées. Autrement dit, une partie de l’effort destiné à réduire le déficit servirait simplement à payer davantage d’intérêts.
Il n’y a toutefois pas, à ce stade, de crise de la dette belge. Le franchissement des 4 % constitue davantage un signal d’avertissement qu'un seuil critique. Mais plus les taux resteront élevés longtemps, plus leur impact se fera sentir : sur les crédits des ménages, sur les investissements des entreprises et, surtout, sur les marges budgétaires déjà étroites de l'État.