Thomas Dermine (PS) déplore les coupes budgétaires : « Les classes ne sont plus nettoyées que deux fois par mois »
Charleroi a supprimé 200 postes par non-remplacement et engagé plus de 50 millions d’euros d’économies. Thomas Dermine alerte sur les conséquences : guichets réduits et classes nettoyées seulement deux fois par mois.
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
Charleroi a supprimé 200 postes par non-remplacement et engagé plus de 50 millions d’euros d’économies. Thomas Dermine alerte sur les conséquences : guichets réduits et classes nettoyées seulement deux fois par mois.
À Charleroi, l’assainissement des finances communales commence à se voir jusque dans les salles de classe. Confrontée à une situation budgétaire difficile, la première ville de Wallonie a engagé un plan de plus de 50 millions d’euros d’économies et réduit de plus de 10 % les effectifs de son administration en dix-huit mois. Invité jeudi matin sur Bel RTL, le bourgmestre socialiste Thomas Dermine a voulu montrer ce que ces chiffres signifient désormais concrètement pour les habitants.
La ville applique notamment une politique de « non-remplacement absolu » établie en partenariat avec la Région wallonne. Chaque agent qui part à la pension ou quitte l’administration pour un autre motif n’est donc pas remplacé. En dix-huit mois, quelque 200 personnes ont ainsi disparu des effectifs communaux. « Il y a moins d’employés communaux aujourd’hui à Charleroi qu’il y en avait il y a un ou deux ans », résume Thomas Dermine.
Plus de 50 millions d’euros d’économies
L’effort ne se limite pas au personnel. Selon le bourgmestre, le plan d’économies dépasse 50 millions d’euros, soit environ 8 % des recettes de la ville. Thomas Dermine affirme que l’effort représente « 5 à 7 fois plus que ce qu’aucune autre entité en Wallonie n’a réalisé ».
Depuis 2024, Charleroi doit respecter 45 mesures afin de conserver son financement pluriannuel à travers les prêts « Oxygène » de la Région wallonne. La ville s’est donc engagée dans une cure budgétaire particulièrement sévère, dont le bourgmestre assume désormais de montrer les conséquences pour défendre les moyens accordés aux pouvoirs locaux.
« Il n’y a pas d’argent magique dans le service public », reconnaît-il. Mais la formule lui sert précisément à rappeler l’autre moitié de l’équation : lorsque les dépenses diminuent suffisamment, les prestations finissent elles aussi par diminuer.
Un guichet pour 40.000 habitants
L’état civil en fournit une première illustration. Selon Thomas Dermine, Charleroi ne dispose plus que de cinq guichets pour servir sa population, soit « un guichet pour 40.000 habitants ». Encore ceux-ci ne peuvent-ils plus rester ouverts en permanence, faute d’effectifs suffisants.
« Quand on réduit les services publics, quand on réduit l’emploi, on réduit aussi des services fondamentaux au public », insiste le bourgmestre. La politique de non-remplacement produit ici un effet mécanique : moins d’agents signifie moins de capacité d’accueil, indépendamment des gains d’organisation qui peuvent être recherchés parallèlement.
Mais c’est dans les écoles que la conséquence la plus frappante apparaît. Faute de pouvoir remplacer suffisamment de personnel de nettoyage, les classes des établissements communaux ne sont désormais plus nettoyées que deux fois par mois, contre une fois par semaine auparavant. Thomas Dermine précise que les cuisines et les sanitaires échappent à cette réduction.
Des classes nettoyées deux fois par mois
« C’est mathématique. Si on a un service de nettoyage qu’on ne peut plus remplacer parce qu’on doit faire des économies, oui, dans les écoles de Charleroi, hormis les cuisines et évidemment les sanitaires, les classes ne sont plus nettoyées que deux fois par mois », explique le bourgmestre.
L’exemple donne une dimension très concrète à un débat budgétaire souvent présenté en milliards, en pourcentages de déficit ou en trajectoires financières. À Charleroi, une réduction de 8 % des recettes consacrées aux dépenses se traduit désormais par des horaires de guichets raccourcis et un espacement du nettoyage des écoles.
Thomas Dermine entend précisément utiliser ces exemples comme un « signal d’alarme ». Son message est aussi politique : après plusieurs années durant lesquelles les pouvoirs publics ont été sommés de réduire leurs dépenses, le bourgmestre socialiste estime que Charleroi atteint le point où l’assainissement financier ne peut plus être présenté comme une opération indolore.
La situation pose néanmoins une question plus large que celle des seules économies. Lorsqu’une ville de plus de 200.000 habitants en arrive à ne pouvoir nettoyer les classes de ses écoles que deux fois par mois pour tenir sa trajectoire financière, le débat porte aussi sur les raisons qui l’ont conduite à disposer d’une marge budgétaire aussi réduite.
Thomas Dermine insiste sur les conséquences des coupes. Reste donc l’autre moitié du problème : comprendre pourquoi la première ville de Wallonie s’est retrouvée dans une situation où 50 millions d’euros d’économies, 200 agents en moins et une réduction de services aussi élémentaires sont devenus nécessaires.