David Lisnard n'en avait « rien à cirer » : mais que s'est-il vraiment passé le 17 octobre 1961 ?
David Lisnard n’en avait « rien à cirer ». Sa réplique à Lola-Fleur a fait le tour des réseaux sociaux. Mais derrière cette passe d’armes, que sait-on vraiment du 17 octobre 1961 ? Entre répression policière, bilan humain controversé et instrumentalisation politique, retour sur un épisode qui divise encore.
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
Après l'échange entre David Lisnard et Lola-Fleur sur LCI, retour sur le 17 octobre 1961, son bilan controversé et son instrumentalisation politique.
Quelques mots auront suffi à déclencher une polémique nationale. Le 19 octobre, sur le plateau de La Grande Confrontation, diffusée sur LCI, David Lisnard est interpellé par Lola-Fleur Whittaker, une étudiante de 22 ans engagée à gauche. Alors que les participants débattent des violences et des pillages survenus lors des manifestations contre la vie chère, la jeune femme évoque soudain le 17 octobre 1961, date d'une manifestation algérienne violemment réprimée à Paris.
« Est-ce que vous pouvez nous rappeler ce qui s'est passé le 17 octobre 1961 ? », demande-t-elle au maire de Cannes, après que celui-ci s'est interrogé sur la présence de drapeaux algériens dans les cortèges contemporains. La réponse fuse : « Je m'en fous, madame, je n'en ai rien à cirer. »
David Lisnard précise ensuite que les événements de 1961 étaient « très graves » et « dramatiques », mais refuse que leur souvenir soit mobilisé pour justifier les violences actuelles. L'extrait devient viral. Les uns dénoncent une désinvolture indigne face à un drame historique ; les autres saluent le refus d'un responsable politique de se laisser entraîner dans une comparaison jugée artificielle.
Quelques jours plus tard, David Lisnard assume sa position. Il explique avoir voulu dénoncer « l'utilisation mémorielle d'un drame pour justifier des actes de criminalité contemporains ».
La distinction mérite d'être entendue. Mais cette controverse invite également à examiner une question passée au second plan : de quoi parlait-on exactement lorsque Lola-Fleur Whittaker évoquait le 17 octobre 1961 ?
Une manifestation organisée en pleine guerre d'Algérie
Pour comprendre les événements, il faut revenir au contexte particulièrement violent de l'automne 1961. Les « événements » d'Algérie ne se déroulent pas seulement de l'autre côté de la Méditerranée. En métropole, le Front de libération nationale (FLN) mène des actions contre les autorités françaises, tout en livrant une lutte meurtrière à ses adversaires indépendantistes du Mouvement national algérien (MNA), dirigé par Messali Hadj.
Les assassinats, attentats et règlements de comptes se multiplient. Des policiers français sont également visés. C'est dans ce contexte que le préfet de police de Paris, Maurice Papon, instaure le 5 octobre 1961 un couvre-feu visant spécifiquement les Français musulmans d'Algérie. La mesure, discriminatoire dans son application, entend notamment entraver les activités clandestines du FLN.
En réaction, la fédération française du FLN organise une manifestation le 17 octobre. Des milliers d'Algériens, parmi lesquels des femmes et des enfants, convergent vers Paris pour protester contre ce couvre-feu. La manifestation est interdite. La répression policière est particulièrement brutale.
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