Une victoire démocratique du RN serait-elle refusée par LFI ? L'avertissement de Dominique Reynié
Sur LCI, le politologue Dominique Reynié a mis en garde contre une « délégitimation du suffrage » en France. En cause : les déclarations de Mathilde Panot sur une éventuelle victoire du RN et une enquête révélant que 54 % des sympathisants LFI approuvent l'idée de ne pas reconnaître un tel résultat.
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
Dominique Reynié alerte sur le risque d’un refus du résultat de la présidentielle de 2027, alors que 54 % des sympathisants LFI approuvent cette éventualité.
Et si la prochaine élection présidentielle française ne se jouait pas seulement dans les urnes, mais aussi dans la capacité des perdants à en accepter le verdict ? C'est l'inquiétude exprimée par le politologue Dominique Reynié sur LCI, à quelques mois du scrutin de 2027.
« Je crois que la France est engagée dans un processus, poussé d'ailleurs par une partie de sa classe politique, de délégitimation du suffrage », a-t-il déclaré. Un phénomène qu'il juge suffisamment préoccupant pour inviter à prêter une attention particulière aux déclarations de certains responsables politiques.
🔴 Dominique Reynié affirme sur @LCI que La France insoumise ne reconnaîtrait pas le résultat de l’élection présidentielle si Marine Le Pen était élue. pic.twitter.com/H2I70VkIHu
— news pol (@Actu_NP) October 26, 2026
Mathilde Panot directement mise en cause
Le directeur général de la Fondation pour l'innovation politique (Fondapol) a notamment désigné Mathilde Panot, présidente du groupe La France insoumise à l'Assemblée nationale.
« Mathilde Panot a fait savoir qu'elle ne reconnaîtrait pas le résultat des élections présidentielles selon les candidats qui seraient élus, en particulier elle pointait Marine Le Pen », a rappelé Dominique Reynié.
En février dernier, la députée insoumise avait effectivement déclaré : « Nous n'accepterons jamais dans notre pays que le fascisme prenne le pouvoir légalement par les urnes », en visant explicitement Marine Le Pen.
Au mois d'août, elle avait également assuré que les Insoumis résisteraient « de toutes les manières qu'il faut » à une éventuelle victoire du Rassemblement national, évoquant notamment la désobéissance civile et les grèves. Elle avait toutefois revendiqué son attachement à la démocratie et au choix des électeurs.
Pour Dominique Reynié, ces déclarations contribuent à installer une idée dangereuse : « Certains résultats ne sont pas recevables. »
54 % des proches de LFI approuvent le refus d'une victoire du RN
L'inquiétude du politologue s'appuie également sur une enquête de la Fondapol consacrée à l'élection présidentielle de 2027. Selon cette étude, 20 % des personnes interrogées approuvent le refus de reconnaître une victoire d'un candidat du Rassemblement national.
Cette proportion atteint 54 % parmi les personnes se déclarant proches de La France insoumise, contre 36 % chez les sympathisants écologistes et 26 % chez les sympathisants socialistes.
Ces chiffres mesurent l'approbation d'une position politique, et non la participation effective à une éventuelle contestation du scrutin. Ils témoignent néanmoins d'une défiance significative envers la légitimité d'un résultat électoral possible.
« Nous avons voté, voici le résultat, nous refusons »
Le risque apparaît d'autant plus concret aux yeux de Dominique Reynié que les enquêtes d'opinion placent actuellement Marine Le Pen en position favorable pour 2027. Le politologue prend néanmoins soin de préciser que cette avance dans les sondages ne préjuge pas du résultat final.
Mais l'hypothèse suffit, selon lui, à soulever une question démocratique majeure : « Nous préparons une partie du pays, le soir de la présidentielle, à dire : nous avons voté, voici le résultat, nous refusons. »
L'avertissement dépasse ainsi la seule question du Rassemblement national. Dans une démocratie représentative, combattre un adversaire politique, manifester contre ses décisions ou contester son programme relèvent des libertés fondamentales. Refuser par principe la légitimité de son élection, dès lors que celle-ci respecte les règles démocratiques, pose une question d'une autre nature.
C'est cette frontière que Dominique Reynié estime aujourd'hui menacée, à l'approche d'une présidentielle qui s'annonce particulièrement polarisée.