Nos filles ne raseront jamais les murs (Carte blanche)
Dans cette carte blanche, Kamel Bencheikh défend une conception universaliste de l'égalité entre les femmes et les hommes. Il affirme que les prescriptions religieuses ne peuvent en aucun cas primer sur les lois et les principes de la République française.
Publié par Kamel Bencheikh
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Résumé de l'article
L'auteur rejette toute conception religieuse limitant la liberté des femmes. Il rappelle que seule la loi républicaine fixe les règles communes et défend une égalité pleine et entière entre les femmes et les hommes.
Cette carte blanche de Kamel Bencheikh fait référence à un article du Figaro. Cet article révélait notamment qu'un prédicateur islamiste enseignait que les femmes en France devaient "raser les murs".
Il suffit parfois de quelques phrases pour mesurer la distance qui sépare une théocratie d'une démocratie. « Ma sœur, n'oublie pas de raser les murs. Laisse le milieu du chemin aux hommes. » « Tu es dans le devoir d'interdire à ton épouse, à tes filles ou à tes sœurs de sortir maquillées, parfumées. » « Si la sortie de la femme provoque la fitna, alors on lui interdit de sortir. »
Ces propos ne relèvent pas d'une simple opinion religieuse. Ils dessinent un projet de société
Une société où la femme n'est plus un sujet libre, mais un être placé sous tutelle.
Une société où l'espace public appartient d'abord aux hommes.
Une société où l'égalité disparaît au profit d'une hiérarchie fondée sur le sexe.
Que ces idées aient été enseignées à Al-Azhar ou ailleurs ne change absolument rien au problème.
En République française, elles n'ont aucune valeur normative. Elles ne sauraient primer sur la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, sur notre Constitution, sur les principes de liberté, d'égalité et de fraternité qui fondent notre pacte civique.
La République n'a pas à s'incliner devant une jurisprudence religieuse, quelle qu'elle soit.
Les croyants sont libres de pratiquer leur foi
Les religions sont protégées précisément parce que notre laïcité garantit la liberté de conscience. Mais cette liberté s'arrête là où commence la volonté d'imposer à l'ensemble de la société des prescriptions religieuses qui contredisent nos lois et nos principes.
Je refuse cette vision de la femme, réduite à une source permanente de tentation dont il faudrait contrôler les déplacements, les vêtements, le maquillage ou le parfum.
Ce discours n'a rien d'une protection. C'est une négation de l'autonomie des femmes. Il les rend responsables du regard des hommes au lieu d'exiger des hommes qu'ils répondent de leur propre comportement.
L'universalisme que je défends affirme exactement l'inverse
Une femme marche où elle veut. Elle s'habille comme elle l'entend. Elle travaille, étudie, voyage, crée, aime et pense librement. Non parce qu'un homme l'y autorise, mais parce qu'elle est une citoyenne à part entière, titulaire des mêmes droits et de la même dignité.
Il est temps de rappeler une évidence que certains voudraient dissoudre dans le relativisme culturel : il n'existe pas plusieurs conceptions concurrentes de l'égalité entre les femmes et les hommes en République. Il n'en existe qu'UNE. Celle de la loi commune.
On peut être croyant, pratiquant, attaché à sa tradition. On ne peut pas transformer une interprétation religieuse en norme sociale applicable à tous.
La France n'est ni une mosquée, ni une église, ni une synagogue. Elle est une République laïque. C'est précisément ce qui permet à chacun de croire… ou de ne pas croire.
Nos filles ne raseront jamais les murs. Elles marcheront au milieu du chemin, la tête haute, aux côtés des garçons, parce que c'est leur place. Comme toutes les autres.