Le MR décroche, le PTB s’impose à Bruxelles : que dit vraiment le dernier grand sondage RTBF-VRT-De Standaard ?
Le dernier baromètre politique de la RTBF, de la VRT et du Standaard confirme un recul du MR en Wallonie et à Bruxelles, tandis que le PS reprend la tête au sud du pays et que le PTB s'impose dans la capitale. Une photographie du moment qui traduit surtout le poids des préoccupations liées au pouvoir d’achat et au coût de la vie.
Publié par Demetrio Scagliola
Résumé de l'article
Le MR recule, le PS reprend la tête en Wallonie et le PTB s’impose à Bruxelles : ce que révèle le nouveau baromètre politique de l’ULB et de l’Université d’Anvers.
Le dernier volet de l’Enquête nationale 2026 réalisée pour la RTBF, la VRT et De Standaard par l’ULB et l’Université d’Anvers confirme un mouvement déjà perceptible depuis plusieurs mois : le MR recule en Wallonie et à Bruxelles, tandis que le PTB poursuit sa progression et s’impose même comme première force politique dans la capitale. Le PS retrouve son leadership en Wallonie, alors qu’en Flandre, la N-VA reste solidement installée en tête dans un paysage politique relativement stable.
Mais derrière les chiffres spectaculaires et les titres accrocheurs, les politologues rappellent une évidence souvent oubliée : un sondage n’est pas une élection. Il constitue avant tout une photographie de l’opinion à un instant donné, alors que les prochaines échéances électorales sont encore prévues dans près de trois ans. Et que trois ans en politique, c’est une éternité.
Un MR sanctionné en Wallonie
Le principal enseignement de l’enquête est la chute du MR. Après son large succès de 2024, le parti de Georges-Louis Bouchez tomberait à environ 20 % des intentions de vote en Wallonie, loin de son score de 28,2 % obtenu lors des dernières élections régionales.
Dans le même temps, le PS repasserait en tête avec près de 25 % des intentions de vote, bien loin des scores historiques du PS en Wallonie. Bref, la situation est très floue en Wallonie. Derrière ce duo, Les Engagés résistent et le PTB poursuit sa progression jusqu’à talonner désormais le parti centriste.
Selon les auteurs de l’étude, les mouvements les plus importants concernent des transferts d’électeurs du MR vers Les Engagés, mais aussi vers le PTB. Une partie de l’électorat qui avait été séduite en 2024 par le discours sur le pouvoir d’achat et la baisse des impôts semble aujourd’hui exprimer une forme de déception face aux premiers mois de gouvernement.
Le PTB premier parti à Bruxelles
Le résultat le plus spectaculaire se situe sans doute à Bruxelles. Selon cette enquête, le PTB deviendrait la première force politique de la capitale, devant le PS et le MR. Une performance qui confirme l’enracinement du parti de Raoul Hedebouw dans l’électorat urbain bruxellois et son positionnement sur les questions socio-économiques.
Le pouvoir d’achat redevient central
L’un des éléments les plus intéressants de cette enquête concerne les thèmes qui structurent actuellement le débat politique.
Les chercheurs observent que les préoccupations économiques, le pouvoir d’achat, les impôts, le coût de l’énergie et la situation budgétaire dominent très largement les préoccupations des électeurs. Dans ce contexte, les partis d’opposition (PS et le PTB) apparaissent aujourd’hui comme les partis les plus crédibles aux yeux d’une partie de l’électorat sur ces enjeux, tandis que le MR perd une partie de l’avantage qu’il avait acquis sur le terrain économique en 2024.
Les politologues soulignent également qu’Ecolo reste fortement identifié aux questions environnementales mais peine à exister sur les autres thèmes de débat, tandis que Les Engagés continuent à progresser sur des sujets comme la santé ou l’enseignement.
Une photographie du moment, pas une prédiction
Ces résultats doivent toutefois être analysés avec prudence. D’abord parce qu’ils restent soumis à des marges d’erreur et à des intervalles de confiance parfois importants. Plusieurs évolutions observées ne sont d’ailleurs pas statistiquement significatives, notamment dans certains partis bruxellois ou flamands.
Ensuite parce que la législature fédérale et régionale n’en est encore qu’à ses débuts. Historiquement, les gouvernements mettent souvent en œuvre les mesures les plus difficiles ou les plus impopulaires durant les premières années d’un mandat, avant d’essayer de réorienter le débat vers des thèmes plus favorables à l’approche des élections.
C’est précisément ce qui pourrait se jouer dans les prochains mois. Aujourd’hui, l’agenda politique reste dominé par les questions budgétaires, les réformes, l’austérité, la fiscalité ou encore le coût de la vie. Des sujets qui favorisent actuellement les partis de gauche et de contestation.
Rien ne dit cependant que le débat public sera encore structuré autour de ces mêmes enjeux en 2028 ou en 2029. Les questions de sécurité, d’immigration, d’emploi, de réforme de l’État ou encore de compétitivité économique pourraient redevenir centrales et rebattre les cartes électorales.
Un signal d’alerte pour le MR
Pour le MR, ce sondage constitue néanmoins un avertissement politique sérieux. Le parti reste fortement associé aux questions économiques, à la réforme de l’État ou à la sécurité internationale, mais il semble payer aujourd’hui le coût de l’exercice du pouvoir. Les chercheurs notent notamment que certains électeurs populaires ou issus du centre-gauche, séduits par le discours du pouvoir d’achat porté par Georges-Louis Bouchez en 2024, se tournent désormais vers le PTB ou retournent vers les partis traditionnels de gauche.
La question pour les libéraux sera donc de savoir si cette baisse traduit un simple vote d’humeur en début de législature ou le début d’un mouvement plus profond. Avec encore trois ans avant les élections, la réponse reste largement ouverte.