"Décrédibiliser les journalistes n'est jamais anodin": l'AJP condamne la séquence de rentrée de la RTBF
L'AJP condamne le sketch diffusé lors de la rentrée de la RTBF, estimant qu'associer des journalistes à un parti politique "n'est jamais anodin" et contribue à "une décrédibilisation des journalistes" ainsi qu'aux attaques contre la profession.
Publié par J.PE
Résumé de l'article
- L'AJP dénonce un sketch qui associe des journalistes à un parti politique.
- Elle estime que cette séquence alimente la défiance envers la presse et son indépendance.
- Elle rappelle que "les médias et les journalistes ne sont au service d'aucun parti ni d'aucune idéologie".
L'Association des journalistes professionnels (AJP) a vivement réagi, ce 1er septembre, à la polémique suscitée par le sketch de Pierre Scheurette présenté lors de la conférence de presse de rentrée de la RTBF. En cause: une séquence satirique reprenant "50 personnes que le MR aurait préférées à Thomas Gadisseux", dans laquelle plusieurs journalistes d'autres médias ont été associés au MR, mais aussi à des personnalités controversées comme Vladimir Poutine, Gianni Infantino ou Xavier Dupont de Ligonnès.
Dans un communiqué intitulé "Décrédibiliser les journalistes n'est jamais anodin", l'AJP rappelle d'emblée qu'"associer des journalistes professionnel·les à un bord ou à un parti politique n'est jamais anodin". Elle ajoute que "toute liste qui viserait à cataloguer des professionnel·les de l'information selon leurs liens avec des partis politiques participe à une décrédibilisation des journalistes et contribue à alimenter les attaques contre la profession".
L'association inscrit cette séquence dans un contexte plus large de tensions croissantes autour de la profession. "Ces dernières années, et particulièrement ces derniers mois, les attaques et les pressions à l'encontre de la profession pleuvent en Belgique comme ailleurs", écrit-elle. Selon l'AJP, ces attaques "viennent de tous les bords politiques, de tous les niveaux de pouvoirs, de tous les milieux, parfois même de ses propres rangs".
Revenant sur les faits, l'AJP note qu'"à l'occasion de sa rentrée, la RTBF a ponctué sa présentation générale d'une touche satirique". Mais elle souligne aussitôt que ce sketch intervenait dans "ce contexte officiel, qui change inévitablement la portée d'un sketch humoristique". Dans cette séquence, poursuit-elle, "plusieurs journalistes d'autres médias ont été affichés comme des personnalités que le MR aurait préféré voir à la place de Thomas Gadisseux, récemment désigné comme directeur de l'information".
Le communiqué rappelle aussi que l'affaire survient dans un climat déjà tendu entre le MR et le service public. "Pour rappel, ceci s'inscrit dans un contexte plus large: en début d'année, le service public a été la cible du MR,", écrit l'AJP.
Pour l'association, "les conséquences de cette séquence de rentrée ne sont pas négligeables". "D'une part, la violence pour les journalistes visé·es est évidente", affirme-t-elle. L'AJP, qui se dit "solidement attachée au pluralisme de l'information", rappelle que "notre profession vit de sa pluralité".
Elle insiste aussi sur les principes déontologiques du métier. "Notre déontologie nous impose la primauté des faits et la recherche de la vérité", souligne le communiqué. Et de préciser: "La liberté d'opinion, ou la ligne rédactionnelle, ne signifie pas qu'un·e journaliste ou qu'un média est inféodé à un parti."
Au-delà des personnes directement visées, l'AJP estime que cette mise en scène risque d'alimenter une défiance plus large envers les médias. "D'autre part, cela contribue à alimenter les critiques à l'encontre de la presse et de son indépendance", avertit-elle.
L'association affirme par ailleurs une ligne constante face à ce type de situations. "L'AJP ne cautionne aucune attaque contre les journalistes, d'où qu'elles viennent, et les dénonce lorsque celles-ci surviennent", rappelle le texte. Elle ajoute qu'elle "défend et continuera de défendre les journalistes contre les trop nombreuses attaques et pressions à leur encontre".
Dans sa conclusion, l'AJP réaffirme un principe qu'elle juge fondamental dans le débat actuel: "les médias et les journalistes ne sont au service d'aucun parti ni d'aucune idéologie". Elle redit enfin "son attachement à une information rigoureuse, pluraliste, axée autour du respect de la déontologie ainsi qu'à un débat public apaisé, au service des citoyen·nes".