« Scheurettegate » à la RTBF : les coulisses d’une polémique qui tombe au pire moment
La polémique provoquée par le sketch de Pierre Scheurette embarrasse profondément la RTBF. En interne, personne ne défend la séquence. Mais l’affaire pourrait surtout peser sur plusieurs rendez-vous cruciaux de la rentrée.
Publié par J.PE
Résumé de l'article
- Le sketch de Pierre Scheurette embarrasse fortement la RTBF en interne.
- La gestion et le contrôle préalable de la séquence posent question.
- Le MR reste largement silencieux, mais plusieurs échéances de septembre pourraient remettre l'affaire sur la table.
C’est un euphémisme. La RTBF est extrêmement embêtée par la tournure que prend la désormais célèbre affaire du sketch de Pierre Scheurette durant la conférence de presse de rentrée. Et en interne, il faut le souligner, personne ne défend l’humoriste. Tout le monde a compris que Scheurette a marqué un but contre son camp et surtout contre celui de la RTBF.
Premier gros problème du sketch : il donne une couleur politique à Thomas Gadisseux en déclarant « qu’il n’est évidemment pas le choix du MR ». Cela marque inutilement le nouveau directeur de l’information et des Sports, qui n’avait pas besoin de cette polémique au moment où il doit affronter des échéances importantes et délicates. Scheurette a également mis la maison Reyers en grande difficulté avec un sketch qui tape uniquement sur des élus du MR, qui fait des amalgames douteux avec des journalistes de renoms – mais aucun de la RTBF – en les mélangeant dans le même panel avec une série de personnalités comme Poutine ou l’assassin Xavier Dupont de Ligonnes.
Une source interne nous confie : « On voudrait le faire exprès, on arriverait pas à inventer un truc aussi mauvais et avec un tel effet boomerang. Comment personne n’a pu voir venir la bombe avant qu’elle n’explose ? ». Si la hiérarchie insiste sur le fait qu’il n’y pas eu de contrôle interne pour pouvoir se rendre compte au préalable du dérapage, nos informations disent l’inverse. Il est évident que des répétitions ont toujours lieu pour ce genre de grande conférence de rentrée. A la fois en terme de contenu et de technique pour que tout soit impeccable pour le jour J. Donc il est évident, que certains cadres auraient pu remarquer l’accident avant qu’il ne se produise…Certains acteurs se demandent comment un tel dérapage a pu avoir lieu et nous glisse : « Pierre Scheurette a voulu impressionner et il a cru qu’en tapant à gogo sur le MR, son public allait aimer….il a tapé tellement fort que cela a été totalement contre-productif pour lui et néfaste pour la RTBF ».
Bref, tous les cadres sont invités dans la salle. Nous avons la vidéo complète de l’événement. Les rires sont présents mais ce n’est pas non plus un triomphe. Un journaliste présent ce jour-là nous confie : « J’ai assez vite senti que cette séquence pouvait prendre une ampleur assez importante. »
Le sketch en mode attaque unilatérale du MR se termine en "apothéose" avec la dernière séquence et la fameuse photo des 50 personnalités « que le MR aurait préféré voulait à la place de Thomas Gadisseux », selon Pierre Scheurette. Le public dans la salle est un public de cadre de la RTBF, de partenaires et de journalistes. Des images de la séquence sont prises et envoyées très rapidement aux personnes reprises dans le panel. Elles sont nombreuses (une cinquantaine), toutes avec un assez bon réseau de contacts, toutes assez friandes d’informations, dont de nombreux journalistes. Bref, l’information se répand très vite comme une traînée de poudre bien avant qu’elle n’arrive sur les réseaux sociaux.
La réaction est la même chez beaucoup d’acteurs visés par le visuel, mais qui ne sont pas dans la salle. Ils se disent que cela n’est pas possible, qu’il s’agit d’une blague ou d’un fake, tant la charge est lourde et inappropriée pour une conférence de presse de rentrée d’un organe audiovisuel de service public. "J'ai moi-même directement appelé quelqu'un qui se trouvait sur place pour savoir si c'était bien réel ou si c'était une mauvaise blague, tellement c'était gros", nous dit un des journaistes
Des détails sur la présentation sont rapidement obtenus, Auvio avait même diffusé en direct la présentation, il n’y a donc guère de doute et même si cela semble surréaliste, ce n’est pas un fake.
Notre média 21News sera le premier média à dévoiler l’affaire, suivi de la quasi-totalité des autres médias.
La RTBF nie tout dérapage dans un premier temps et répond à certaines personnalités qui se plaignent devant de tels amalgames « c’est de l’humour ». Ensuite, vu les premiers échos et l’ampleur que prend l’affaire, la RTBF décide de contacter certaines personnalités et non l’ensemble de celles-ci, sans même qu’il y ait une logique à cela. La RTBF communique d’ailleurs sur ces appels dans Sudinfo mais à ce stade énormément de personnalités visées n’ont reçu aucun appel et strictement aucune n’a reçu d’excuses publiques. Plusieurs médias ont donc décidé, vu la faiblesse de la réaction de la RTBF, de porter plainte au CDJ (Conseil de déontologie journalistique) car le service public à ce stade ne reconnait aucune faute.
La séquence ne pouvait tomber plus mal pour la RTBF. Le MR signale depuis des années son manque de pluralisme. Cette rentrée catastrophique ne peut qu’apporter plus d’eau à son moulin. La RTBF est consciente qu’elle a marqué un but magistral contre son camps.
Le MR garde le silence…
Le parti libéral, lui, est resté très discret sur la séquence. Les ténors du parti voulaient en savoir d’abord plus sur la séquence avant de réagir. Eux, aussi, se demandaient si cela était vraiment possible et voulaient connaître le contexte précis avant de réagir. Une fois connu le contexte et la gravité de la charge, c’est plutôt un silence qui a servi de réponse. Un libéral nous explique le pourquoi du peu de réactions : « Ce silence presque radio permet de voir comment la RTBF va gérer la séquence, si elle va assumer ses responsabilités, si elle reconnait des erreurs. Et c’était tellement évident qu’on ne doit rien dire, tout le monde se rend compte de l’ampleur du problème pour la RTBF ». Seul Denis Ducarme est sorti du bois en réclamant l'instauration d'une commission d'enquête sur le financement et la neutralité de la RTBF.
D’autres sources nous font savoir que deux rendez-vous vont permettre de reparler du sujet : le conseil d’administration de la RTBF en septembre, le conclave budgétaire de rentrée du gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, ou des économies devront être réalisées dans de nombreux départements, à commencer par les « épaules les plus larges », dont fait assurément partie la RTBF avec sa dotation publique de plus de 350 millions par an. Enfin, la nomination du nouvel administrateur-général de la RTBF, prévue pour la fin du mois de septembre, devrait aussi permettre de remettre un peu d’ordre au sein du service public. Le MR se concentre sur ce sujet et à ce stade c’est toujours Christophe Dujardin, COO d’Orange, qui est le grand favori de la course.
Le nouveau « Quotidien » de la RTBF sous surveillance
Le MR suivra aussi de très le projet de construction de la nouvelle émission de rentrée du genre « Quotidien » que la RTBF souhaite mettre en place. Une libérale nous confie à ce sujet : « Déjà nous choisir comme modèle l’émission la plus à gauche du PAF français comme modèle n’est pas des plus malins. D’autre part, on verra si la RTBF comprend qu’elle doit avoir du pluralisme dans ses invités. Je lis que c’est la volonté ce week-end, j’attends maintenant les actes. Mais la RTBF doit comprendre que cela peut plus rester comme avant, la situation aujourd’hui en terme de pluralisme et de tonalité de l’information est pire qu’avant les élections de 2024, ils sont encore plus à gauche et la séquence de rentrée le prouve à tout le monde ».