Le journal papier est-il voué à disparaître, vu ce qu'il coûte désormais à l'abonnement ?
La disparition progressive du soutien public à la distribution de la presse pourrait fort alourdir la facture des abonnés aux journaux papier. Invité de Bel RTL, Pierre Leerschool, administrateur délégué du Groupe Sudmédia, a estimé qu’un abonnement annuel pourrait coûter jusqu’à 750€ si les éditeurs devaient assumer seuls la livraison à domicile.
Publié par Harrison du Bus
• Mis à jour le
Résumé de l'article
Pierre Leerschool, administrateur délégué du Groupe Sudmédia, alerte sur le coût de la distribution des journaux : un abonnement papier pourrait approcher 750 euros par an.
Recevoir chaque matin son quotidien dans sa boîte aux lettres pourrait bientôt devenir un luxe. Interrogé mercredi matin dans « Bonjour Benjamin » sur Bel RTL, Pierre Leerschool a alerté sur le coût de la réorganisation de la distribution de la presse quotidienne en Belgique après la réforme du système de soutien public.
Le problème est particulièrement aigu pour les abonnés vivant loin des grands centres urbains. L’enjeu, explique l’administrateur délégué du Groupe Sudmédia, est de maintenir une forme de péréquation : un lecteur installé à Arlon ou Bastogne doit pouvoir recevoir son journal dans les mêmes conditions tarifaires qu’un abonné de Bruxelles ou d’Anvers, alors que les coûts de distribution sont très différents.
« Le principe, c’est de recevoir son journal, d’être mis au courant, que vous habitiez à Bruxelles ou à Anvers, où c’est plus facile dans des grandes villes de le déposer dans une boîte aux lettres, mais c’est permettre à des gens dans des zones rurales, comme à Arlon, comme à Bastogne, de pouvoir avoir le journal au même prix que n’importe qui », a-t-il expliqué.
Jusqu’à 250 euros supplémentaires par abonnement
L’ancien mécanisme représentait, selon Pierre Leerschool, 176 millions d’euros pour l’ensemble de la Belgique. Il a depuis laissé place à un crédit d’impôt dégressif destiné à permettre aux éditeurs de réorganiser progressivement leur distribution.
Une solution consiste à recourir à des opérateurs privés. Mais si les groupes de presse devaient finalement prendre entièrement en charge la distribution de leurs journaux, les moyens humains nécessaires seraient considérables.
« On doit trouver plus ou moins 700 personnes qui se lèvent tous les matins à 4 heures du matin pour pouvoir déposer ces journaux dans des boîtes aux lettres », a expliqué Pierre Leerschool. « Mais c’est un coût énorme financièrement. »
Une partie de cette facture pourrait dès lors être répercutée sur les lecteurs.
Selon les chiffres avancés sur Bel RTL par l’administrateur délégué de Sudmédia, un abonnement papier annuel coûte actuellement entre 500 et 540 euros. Assumer intégralement le coût de la distribution obligerait les éditeurs à demander « près de 200-250 euros en plus » à leurs abonnés. Un abonnement pourrait donc approcher les 750 euros par an.
Le risque d’un cercle vicieux pour la presse papier
Le problème dépasse cependant la seule hausse tarifaire. À mesure que le prix de l’abonnement augmente, le nombre de lecteurs susceptibles de rester abonnés au papier risque de diminuer. Les coûts fixes de distribution doivent alors être répartis entre moins d’exemplaires, ce qui peut encore renchérir le coût unitaire de chaque journal livré.
La question est particulièrement sensible dans les zones rurales, où les tournées sont plus longues et les journaux moins nombreux à distribuer. À l’inverse, une tournée dense dans une grande agglomération permet de desservir davantage d’abonnés sur une distance réduite.
C’est précisément cette différence que l’ancien système cherchait à absorber afin que le lieu de résidence du lecteur n’ait pas d’incidence majeure sur le prix de son abonnement.
La disparition de ce mécanisme place donc les éditeurs devant une équation difficile : absorber eux-mêmes une part croissante des frais de livraison, augmenter fortement le prix des abonnements ou revoir les conditions dans lesquelles le journal papier peut encore être distribué partout en Belgique.
À 700 ou 750 euros par an, le risque est en tout cas évident : transformer progressivement la livraison quotidienne du journal papier en produit réservé à une clientèle de plus en plus réduite.