Fusillades à Bruxelles : Les Engagés réclament un plan d’urgence pour la zone Midi
Après cinq épisodes de tirs recensés en quatre jours à Anderlecht et Saint-Gilles, Les Engagés Bruxelles demandent un plan d’action immédiat pour la zone de police Bruxelles-Midi.
Publié par Demetrio Scagliola
Résumé de l'article
- Cinq épisodes de tirs ont été recensés en quatre jours à Anderlecht et Saint-Gilles, dont des tirs à l’arme automatique près d’une pizzeria.
- Les Engagés réclament un plan opérationnel de 90 jours pour Anderlecht, Forest et Saint-Gilles, piloté par un Conseil régional de sécurité élargi.
- Le parti demande également 80 enquêteurs supplémentaires à la police judiciaire fédérale de Bruxelles et une task force consacrée aux circuits financiers du narcotrafic.
Dans leur communiqué diffusé mardi, les centristes dressent une chronologie alarmante : un commissariat pris pour cible à Anderlecht vendredi soir, un homme blessé par balle à Saint-Gilles samedi, une balle tirée dimanche matin à travers la fenêtre d’une habitante, un nouveau blessé dans la nuit de dimanche à lundi, puis des tirs à l’arme automatique lundi soir près d’une pizzeria où des clients, « parmi lesquels des enfants », ont dû se coucher au sol.
Pour Les Engagés, cette succession de faits illustre une dégradation sécuritaire qui ne peut plus être traitée au coup par coup. « Bruxelles n’est pas une ville perdue et ses quartiers ne sont pas des territoires ennemis », affirme Victor Wiard, président des Engagés Bruxelles. « On n’est pas dans un jeu vidéo, nous ne pouvons pas nous habituer à l’inacceptable », poursuit-il, en appelant à passer « de réactions successives à une stratégie cohérente, pilotée et évaluée ».
Le parti reconnaît l’utilité des initiatives politiques déjà annoncées, notamment la demande du PS de réunir en urgence les commissions de l’Intérieur et de la Justice de la Chambre, ainsi que la visite du ministre de l’Intérieur Bernard Quintin à Saint-Gilles. Mais il juge ces démarches insuffisantes si elles ne débouchent pas sur des décisions concrètes. « Réunir la Chambre est utile. Se rendre sur place est nécessaire. Mais une réunion doit produire des décisions, une visite doit déboucher sur des engagements et ces engagements doivent être suivis de résultats », souligne Stéphane Peycker, conseiller communal à Forest.
Au cœur de leurs revendications figure d’abord la convocation, dans les sept jours, d’un Conseil régional de sécurité élargi. Les Engagés souhaitent y voir réunis les bourgmestres concernés, la zone de police Midi, la police judiciaire fédérale, le parquet de Bruxelles, Safe.brussels et les acteurs compétents en matière de prévention, de jeunesse, de santé et d’assuétudes. Leur objectif : mettre en place un plan opérationnel de 90 jours pour Anderlecht, Forest et Saint-Gilles, avec une évaluation à 30, 60 et 90 jours.
Renforcer les enquêteurs
Le mouvement réclame également un renforcement immédiat des capacités d’enquête. Il soutient l’affectation de 80 enquêteurs supplémentaires à la police judiciaire fédérale de Bruxelles et demande un calendrier précis pour combler les effectifs manquants dans la police et la justice. « Arrêter le dealer présent au coin de la rue est nécessaire. Mais si son fournisseur, son réseau et son argent restent intacts, quelqu’un prendra sa place. La vraie fermeté, ce n’est pas seulement déplacer un point de deal : c’est démanteler toute la chaîne », estime Yannis Bakhouche, conseiller communal à Saint-Gilles.
Autre axe mis en avant : la lutte contre les circuits financiers du narcotrafic. Les Engagés plaident pour la création d’une task force dédiée à « l’argent criminel », associant Région, communes, police, justice, administrations fiscales et services d’inspection. L’objectif serait d’identifier plus rapidement les commerces de façade, les circuits de blanchiment et les avoirs utilisés par les réseaux. « Le narcotrafic est d’abord un modèle économique. Tant que l’argent continue à circuler, les réseaux peuvent acheter des armes, recruter et remplacer les personnes arrêtées », souligne Mathias Looze, conseiller communal à Saint-Gilles
Création d'un fonds narcotrafic
Le parti insiste aussi sur le maintien des politiques de prévention. Il demande un réexamen, dans les trente jours, des 14 projets du Plan global de sécurité et de prévention qui n’ont pas été reconduits en 2026. Pour Les Engagés, il ne s’agit pas d’opposer répression et prévention, mais de mieux les articuler. « Police, justice, prévention et santé ne sont pas quatre politiques concurrentes : ce sont les différents fronts d’un même combat », fait valoir Stéphane Peycker.
À plus long terme, Les Engagés défendent la mise en œuvre, dans l’année, d’un Fonds narcotrafic au niveau fédéral, alimenté notamment par les biens confisqués et les sanctions financières. Le parti souhaite aussi qu’un volet spécifique consacré au narcotrafic soit intégré au prochain Plan global de sécurité et de prévention, avec des objectifs chiffrés et un tableau de bord public trimestriel.
« Nous ne promettons pas que le narcotrafic disparaîtra en une semaine. Nous affirmons qu’il peut être méthodiquement affaibli si toute la chaîne publique fonctionne enfin ensemble », conclut Victor Wiard. Pour le mouvement, la réponse passe à la fois par la reprise de l’espace public, la protection des habitants, le démantèlement des filières, la saisie de l’argent criminel, la prévention du recrutement des jeunes et la prise en charge des dépendances.