"La gauche porte une responsabilité écrasante" : Bouchez refuse l’invitation de Magnette sur le cordon sanitaire (+ document exclusif)
Bouchez dit non. Le président du MR refuse de participer à la réunion proposée par Paul Magnette autour de la « Charte de la démocratie. Dans une lettre adressée au président du PS GLB justifie son refus par ce qu’il considère comme une approche « partielle » et « dangereuse » du combat contre les extrémismes.
Publié par Demetrio Scagliola
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Résumé de l'article
- Georges-Louis Bouchez refuse l’invitation de Paul Magnette à une réunion sur la « Charte de la démocratie ».
- Le président du MR accuse la gauche d’avoir favorisé la montée des extrêmes en Belgique.
- Il réclame un cordon sanitaire également contre le PTB et les partis communautaristes.
- Le MR estime que la future charte stigmatise la droite libérale tout en ignorant d’autres formes d’extrémisme.
Ce nouvel échange de lettres entre les deux hommes était attendu et l'issue n'a rien de surprenant. .Dans sa nouvelle lettre (lire en intégralité ci-dessous) envoyée à Paul Magnette ce 20 mai, Georges-Louis Bouchez affirme prendre « au sérieux » l’invitation du président socialiste, rappelant que « la défense de la démocratie n’est pas un sujet accessoire pour le Mouvement Réformateur ». Mais il estime que la démarche portée par Paul Magnette repose sur « un présupposé implicite » selon lequel « le danger serait unilatéral, incarné par l’extrême droite ». Une lecture qu’il juge «partielle, confortable pour une certaine gauche, et surtout dangereuse pour la démocratie elle-même ».
Extrême droite: les responsabilités de la gauche, selon Bouchez
Le président libéral va plus loin en accusant directement la gauche de porter « une responsabilité écrasante dans la montée des extrêmes, et notamment de l’extrême droite ». Selon lui, « c’est dans les territoires où la gauche a régné sans partage, où elle a construit des systèmes de pouvoir fermés, où elle a laissé s’installer l’insécurité, le déclassement et les ghettos, que l’extrême droite s’installe le plus facilement ».
Au cœur du désaccord entre les deux présidents : la question du Parti du Travail de Belgique (PTB, parti communiste d'inspiration marxiste). Georges-Louis Bouchez reproche à Paul Magnette de refuser tout cordon sanitaire à l’égard du PTB. « Le PTB n’est pas un parti comme les autres », écrit-il, estimant que le parti d’extrême gauche reste « intrinsèquement un parti révolutionnaire ». Il évoque également « une gestion interne quasi dictatoriale, invasive, malsaine » décrite, selon lui, par d’anciens représentants du parti.
Minimisation du terrorisme?
Le président du MR critique également l’absence de référence, dans la future charte, aux partis communautaristes. Dans sa lettre, il cite notamment « des propos antisémites », « une minimisation de massacres terroristes » ou encore « des réunions électorales séparant hommes et femmes par un rideau » comme autant de « signaux d’alerte » qui, selon lui, devraient être pris en compte dans la réflexion démocratique.
Georges-Louis Bouchez accuse aussi Paul Magnette d’entretenir volontairement une confusion entre droite libérale et extrême droite. « Quand tout ce qui n’est pas à gauche est qualifié d’extrême droite, quand on distribue des brevets d’infréquentabilité à la carte, on contribue à infantiliser le débat public », écrit-il encore.
Dans sa lettre, le président libéral défend également la ligne politique du MR au Parlement fédéral. Il affirme que son parti « s’oppose systématiquement à tout texte de loi qui ne pourrait passer qu’avec le soutien du PTB ou du Vlaams Belang », citant notamment le vote sur la réforme du Sénat. Il accuse en revanche le PS de voter parfois avec « le soutien numériquement indispensable du Vlaams Belang » lorsque cela sert ses objectifs parlementaires.
Georges-Louis Bouchez estime par ailleurs que le cordon sanitaire médiatique serait aujourd’hui « instrumentalisé » contre la droite démocratique. Selon lui, « des courants conservateurs ou libéraux parfaitement démocratiques sont mis sous pression, voire bannis de certains débats car la seule faute est de ne pas être de gauche ».
Le président du MR prévient enfin que si la charte venait à être modifiée dans le sens souhaité par Paul Magnette, le MR « se considérera comme délié de ce texte ainsi que du précédent ».
Dans sa conclusion, Georges-Louis Bouchez annonce clairement que le MR ne participera pas à la réunion du 21 mai proposée par le président socialiste. « Nous ne souhaitons pas cautionner, par notre présence, un dispositif qui prétend parler au nom de la démocratie tout en fermant les yeux sur l’extrême gauche et les partis communautaristes, et en stigmatisant la droite libérale », écrit-il encore.
Malgré ce refus, le président libéral assure rester « disponible pour tout échange sur le sujet sans posture ni caricature », tout en réaffirmant que le MR sera « toujours disponible pour travailler à un cordon sanitaire politique qui protège réellement la démocratie contre tous ses ennemis, et pas seulement contre ceux qui arrangent la gauche ». Pour rappel, cette nouvelle lettre fait suite à un premier échange entre les deux hommes, dans lequel Bouchez estimait déjà que "le cordon sanitaire doit être étendu à l'extrême gauche".