Iran : silence, on pend (édito)
Tout sourire, Emmanuel Macron et Donald Trump ont signé le pré-accord de paix entre les USA et l’Iran sous les ors de Versailles. Le prix du pétrole s’est entre-temps effondré. Cette fois, le peuple iranien aurait pu y croire. Mais les pendaisons d’opposants continuent.
Publié par Nicolas de Pape
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Le château de Versailles, résidence des trois derniers rois de France, a vu de nombreux traités signés sous ses ors, notamment le fameux « traité de Versailles », entérinant la capitulation de l’Allemagne après la Première Guerre mondiale, le 28 juin 1919. Il est signé dans la galerie des Glaces. C’est un traité de paix imposé à l’Allemagne vaincue et vécu plus tard par les nazis comme le symbole suprême de l’humiliation allemande.
Le 17 juin 2026, c’est encore à Versailles qu’Emmanuel Macron parvient à faire signer un pré-accord de paix entre les États-Unis et l’Iran, appelé pompeusement « MOU » (Memorandum of Understanding), ce qui, en langue française, n’est pas dénué d’ironie.
Car, du côté de Donald Trump, il s’agit bien d’une certaine mollesse, tant les 14 points du MOU sont presque tous à l’avantage de la mollarchie iranienne.
La guerre éclair qui n’a pas eu lieu
Certes, on avait vendu au versatile octogénaire président des États-Unis une guerre éclair d’environ huit semaines. Épuisé, le régime iranien s’effondrerait comme un château de cartes. Le 28 février même, date du déclenchement de la guerre contre l’Iran, une quarantaine de « têtes pensantes » du régime, dont le Guide suprême, réunies curieusement dans la même pièce, périssaient d’un coup. Fox News présentait fièrement les posters des leaders éliminés, surmontés d’une croix, et ceux restant à éliminer, tels les « wanted » du Far West.
Il y avait des raisons d’être optimiste - pour ceux, du moins, qui considèrent que le régime iranien est le problème numéro un au Moyen-Orient et non pour ceux qui espéraient la déroute de « l’Empire ».
Il ne fait pas de doute que les Iraniens opposés au régime - plus de 80 % selon des estimations raisonnables - y ont cru. Et le Prince héritier Pahlavi également. Cette fois, les Gardiens de la Révolution allaient céder le pouvoir. Certains fuyaient déjà à l’étranger…
Mais c’était sans compter la résilience d’un régime oppresseur qui s’était préparé à l’éventualité d’une invasion depuis des décennies, fort d’un territoire trois fois grand comme la France.
Le régime plie, mais ne rompt pas
Pour chaque tête coupée par les Israélo-Américains, il en repoussa une, deux, voire trois. Privé de marine et d’aviation, le régime résiduaire dispose encore de 500.000 soldats et de moyens de guerre asymétrique considérables : drones, vedettes explosives, missiles balistiques.
Et surtout, il conserve une botte secrète, pourtant facile à anticiper : le blocage du détroit d’Ormuz et, indirectement, la main sur la croissance économique mondiale et sur le prix du gallon aux États-Unis. Les variations d’icelui irritent au plus haut point le peuple MAGA chevauchant de gigantesques pick-up consommant 16 litres aux cent kilomètres.
Face à un régime déterminé à durer des mois, voire des années, le fantôme des guerres perdues - Vietnam, Afghanistan, Irak II - et la proximité des élections de mi-mandat ont fait le reste : Trump, influencé sans doute par le « pacifiste » JD Vance, a signé la fin de la récréation. On rentre à la maison pour sauver les mid-terms, que Donald Trump risque de perdre de toute façon, perçu comme loser.
Le peuple iranien, grand oublié de Versailles
Du peuple iranien, massacré principalement lors des journées des 9 et 10 janvier - 35.000 morts selon l'opposition -, il n’a quasiment jamais été question.
Le régime iranien peut donc, tout à loisir, poursuivre la répression. Il a arrêté plus de 50.000 personnes après un black-out d’internet de 88 jours, pour massacrer en silence. Les pendaisons, qui ont atteint leur apogée en 2025, se poursuivent et s’accentueront au fur et à mesure si l’accord final devait être signé.
Un permis de tuer international
Laissons Abnousse Shalmani, éditorialiste au Point et à LCI, conclure :
« Les aspirations à la liberté ne pèsent rien, poussière démocratique balayée par des populismes incultes. Les Iraniens, eux, comptaient sur nous. À Versailles, on leur a répondu en levant nos verres et en applaudissant un permis de tuer international. »