Jean Quatremer devient délégué syndical à Libération et donc salarié protégé
Jean Quatremer vient d’obtenir le statut de salarié protégé en devenant délégué syndical Force Ouvrière. Une décision à forte portée symbolique et politique dans un journal traversé depuis plusieurs années par de profondes tensions internes.
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
Jean Quatremer devient délégué syndical chez Libération et obtient le statut de salarié protégé, dans un contexte de fortes tensions idéologiques internes au journal.
Il y a parfois des ironies que même les meilleurs éditorialistes n’oseraient pas inventer. Jean Quatremer, figure historique de Libération et correspondant européen installé à Bruxelles depuis des décennies, vient de devenir délégué syndical de Force Ouvrière, information obtenue par l'hebdomadaire Marianne. Traduction immédiate en droit du travail : le journaliste bénéficie désormais du statut de salarié protégé, rendant tout licenciement infiniment plus complexe.
Et c’est là que le symbole devient savoureux. Depuis plusieurs mois, les tensions internes autour de Quatremer étaient devenues un secret de Polichinelle. Une partie de la jeune garde militante du journal, très marquée à gauche radicale voire proche des sensibilités mélenchonistes, et en quasi-faillite vu les millions de pertes accumulés chaque année, ne cachait plus son hostilité envers ce journaliste social-démocrate, europhile revendiqué et critique constant des ambiguïtés d’une certaine gauche sur l’islamisme, le Hamas ou la question européenne.
Quel génie ! Bravo @quatremer 😂🤣 https://t.co/IivQztPwf3
— Amine El-Khatmi (@Aminelkhatmi) May 13, 2026
Dans une rédaction où l’orthodoxie idéologique semble parfois devenir une condition implicite de respectabilité, Quatremer faisait figure d’anomalie vivante. Trop atlantiste pour les uns, trop universaliste pour les autres, trop attaché à l’idée européenne pour les partisans d’une gauche souverainiste et décoloniale, il concentrait depuis longtemps les procès en hérésie politique.
Quel king, ce @quatremer.
— Emmanuelle Ducros (@emma_ducros) May 13, 2026
C'est absolument royal. https://t.co/H6JbjRVDLC
Le paradoxe est donc délicieux : celui qu’une frange interne rêvait visiblement de pousser vers la sortie vient précisément de se doter de l’outil juridique le plus efficace pour rendre cette opération quasi impossible.
Alors ça... 😂@quatremer, chapeau bas. 🎩 https://t.co/XSdksyVKhD
— Géraldine Woessner (@GeWoessner) May 13, 2026
Le pied de nez est d’autant plus mordant qu’il passe par le syndicalisme lui-même. Une partie de la gauche radicale médiatique a souvent fait de la protection des salariés, des représentants du personnel et des contre-pouvoirs sociaux un marqueur identitaire. Voir aujourd’hui Jean Quatremer utiliser ces mécanismes pour se protéger d’une éventuelle épuration idéologique interne ressemble à une scène écrite par un scénariste amateur de satire politique.
En devenant délégué syndical, il envoie donc un double message : juridique d’abord, politique ensuite. Juridique, parce qu’il verrouille sa protection professionnelle. Politique, parce qu’il rappelle qu’un journal n’est pas censé fonctionner comme un tribunal révolutionnaire permanent.