La cocaïne déferle sur l’Europe : en Espagne, les narcos disposent de bateaux que la police ne peut pas rattraper
Vedettes à quatre moteurs, drones, radars et caméras thermiques : dans le sud de l’Espagne, les trafiquants disposent désormais de moyens que la police peine à égaler. Alors que la production mondiale de cocaïne bat des records, le détroit de Gibraltar est devenu l’une des grandes portes d’entrée vers l’Europe.
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
Vedettes surpuissantes, drones, radars et centaines de millions d’euros en jeu : dans le sud de l’Espagne, les narcotrafiquants disposent de moyens considérables pour acheminer vers l’Europe des quantités record de cocaïne.
Sommaire
- Quatre moteurs et jusqu’à quatre tonnes de cocaïne
- Moins de dix bateaux policiers capables de les suivre
- L'Espagne, nouvelle porte majeure de la cocaïne européenne
- 500.000 dollars le bateau, 350.000 pour le pilote
- Le kilo passé de 35.000 à 15.000 dollars
- Marbella, capitale européenne des fortunes criminelles
- À La Línea, les narcos recrutent
- Une industrie qui change d'échelle
Vedettes à quatre moteurs, drones, radars et caméras thermiques : dans le sud de l’Espagne, les trafiquants disposent désormais de moyens que la police peine à égaler. Alors que la production mondiale de cocaïne bat des records, le détroit de Gibraltar est devenu l’une des grandes portes d’entrée vers l’Europe.
La scène ressemble davantage à une bataille navale qu’à une opération de police européenne. Un soir d’hiver, quatre gardes civils espagnols approchaient à bord d’un petit canot pneumatique une imposante vedette de 18 mètres équipée de quatre moteurs. L’embarcation est soupçonnée d’appartenir à des trafiquants de drogue.
Mais les hommes à bord ne prennent même pas la fuite. Ils commençaient à tourner autour des policiers. Depuis la rive, raconte le Wall Street Journal, des spectateurs encouragaient la vedette comme dans une arène : « Olé ! Olé ! » Certains lançaient même aux trafiquants : « Frère, tuez-les. »
Puis la vedette fonça sur le canot de la Guardia Civil, passa par-dessus l’embarcation et écrasa son équipage avant de revenir percuter des policiers tombés à l’eau. Deux agents furent tués.
Deux ans plus tard, cet épisode apparaît moins comme une anomalie que comme le symbole du nouveau rapport de force qui s’est installé dans le sud de l’Espagne. Une économie de la cocaïne en pleine expansion dispose désormais de centaines de millions d’euros, d’une logistique internationale et d’équipements parfois supérieurs à ceux des policiers chargés de l’arrêter.
« Nous pouvons les voir. Le problème, c’est de les arrêter », résume au Journal Lisardo Capote, responsable de la surveillance douanière dans le Campo de Gibraltar.
Quatre moteurs et jusqu’à quatre tonnes de cocaïne
Au cœur de cette industrie se trouvent les « narcolanchas », ces vedettes ultrarapides utilisées pour transporter la drogue entre les navires au large, les côtes marocaines et l’Espagne.
Les plus puissantes n’ont plus grand-chose à voir avec les embarcations artisanales autrefois associées au trafic de cannabis dans le détroit de Gibraltar. Certaines disposent de quatre moteurs de 400 chevaux, de radars et d’équipements permettant de surveiller les forces de l’ordre. Les réseaux emploient également drones et caméras thermiques pour détecter les mouvements de la police.
Ces bateaux peuvent atteindre environ 60 nœuds (110 km/h), tout en transportant jusqu’à quatre tonnes de cocaïne. Leur coque est conçue pour franchir les vagues à grande vitesse. Lorsqu’ils sont poursuivis, certains trafiquants n’hésitent plus à utiliser leur embarcation comme une arme.
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