Drogue à Anvers : « Il a reçu 75.000 euros pour déplacer un conteneur pendant un quart d'heure »
Le journaliste flamand Rudi Vranckx livre un témoignage saisissant sur l’emprise des trafiquants de drogue au port d’Anvers. Un homme lui aurait raconté avoir touché 75.000 euros pour déplacer, en quinze minutes, un conteneur permettant aux « extracteurs » de récupérer la marchandise.
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
Rudi Vranckx raconte avoir rencontré un homme payé 75.000 euros pour déplacer un conteneur au port d’Anvers afin de faciliter la récupération de drogue.
Combien faut-il payer un homme pour qu’il déplace discrètement un conteneur au port d’Anvers et permette à des trafiquants de récupérer leur marchandise ? Selon un témoignage recueilli par le journaliste flamand Rudi Vranckx, la réponse donne une idée des moyens financiers considérables dont dispose le narcotrafic : 75.000 euros. Et pour combien de temps de travail ? « Un quart d’heure », raconte le journaliste.
« L’homme qui déplace un conteneur pour permettre aux extracteurs de faire leur travail m’a raconté qu’il avait reçu 75.000 euros pour cela », explique Rudi Vranckx. « Je lui ai demandé : pour combien de travail ? Oui, un quart d’heure. Incroyable. Qui peut refuser ? »
Journalist Rudi Vranckx over drugssmokkel in de haven van Antwerpen:
— Strijder124 (@Strijder124) September 7, 2026
"De man die een container verzet om de uithalers hun werk te laten doen, die vertelde mij dat hij daar 75.000 euro voor kreeg."
"Voor hoeveel werk vroeg ik dan? Ja, een kwartiertje. Ongelooflijk. Wie kan dat… pic.twitter.com/tqGgr6khQK
Le récit est évidemment impossible à vérifier sur la seule base de ce témoignage. Mais il illustre le mécanisme auquel les autorités portuaires et judiciaires sont confrontées : face aux sommes générées par le trafic de cocaïne, corrompre un salarié disposant du bon accès ou de la bonne information peut ne représenter qu’un coût marginal pour les organisations criminelles.
Il ne suffit pas de corrompre celui qui déplace le conteneur
Surtout, selon le récit rapporté par Rudi Vranckx, l’infiltration ne s’arrêterait pas au salarié chargé d'effectuer physiquement la manipulation.
Dans un port où transitent des dizaines de milliers de conteneurs, encore faut-il savoir exactement lequel déplacer, à quel moment et vers quel endroit. Autrement dit, disposer d’informations auxquelles tous les travailleurs n’ont pas accès.
« C’est tellement infiltré », poursuit Rudi Vranckx en rapportant les explications de son interlocuteur. « Parmi ces dizaines de milliers de conteneurs, il faut aller déplacer celui-ci et celui-là. Si quelqu’un à la répartition centrale le sait, il est impliqué lui aussi. Et son chef d’équipe est impliqué. »
Le journaliste pose alors la question qui découle naturellement de ce système : « Combien de personnes sont alors impliquées dans toute la chaîne ? » Sa réponse : « Tous des gens qui gagnent des tonnes d’argent avec ça. »
Il ne s’agirait donc plus simplement de soudoyer ponctuellement un docker, mais de parvenir à acheter les informations et les interventions nécessaires à différents endroits de la chaîne logistique : identifier le bon conteneur, connaître sa localisation, organiser son déplacement et permettre aux « uithalers » — les extracteurs chargés de récupérer la drogue dissimulée dans les cargaisons — d'y accéder.
« Qui peut refuser ? »
La question lancée par Rudi Vranckx — « Qui peut refuser ? » — résume aussi l’une des difficultés de la lutte contre l’infiltration criminelle des grands ports européens.
À 75.000 euros pour une opération qui prendrait un quart d'heure, la rémunération n’a évidemment plus aucun rapport avec la valeur du travail effectué. Elle rémunère l’accès à une infrastructure stratégique et surtout le risque pris par celui qui accepte de mettre cet accès au service des trafiquants.
Le montant avancé reste celui rapporté par un témoin à Rudi Vranckx et ne peut donc être présenté comme le tarif habituel pratiqué au port d’Anvers. Mais à lui seul, il permet de comprendre l’économie du système décrite par le journaliste : lorsque les cargaisons en jeu valent des millions, quelques dizaines de milliers d’euros peuvent suffire à rendre la corruption extrêmement tentante.
Et si plusieurs personnes doivent être achetées pour faire sortir la marchandise, les trafiquants semblent, à en croire ce témoignage, disposer des moyens nécessaires pour les payer.