« La libération de la Palestine représente la libération du monde » : l'évangile selon Sally Rooney
De plus en plus présente dans le monde littéraire, la cause palestinienne ne se limite plus à un conflit régional. Pour certains auteurs comme Sally Rooney, elle devient une clé de lecture des démocraties occidentales et des rapports de pouvoir contemporains.
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
La publication en hébreu du dernier roman de Sally Rooney relance le débat sur le poids croissant de la question palestinienne dans le monde culturel occidental.
Sommaire
- Du boycott d’Israël à la sélection des « bons » partenaires
- Quand Gaza devient la clef de lecture de l’Occident
- Une évolution qui dépasse largement Sally Rooney
- « La libération de la Palestine représente la libération du monde »
- Une nouvelle fracture culturelle
- Le nouveau centre de gravité du débat intellectuel
Pendant plusieurs années, Sally Rooney a incarné l’une des figures les plus visibles du boycott culturel d’Israël. En 2021, la romancière irlandaise avait refusé que son roman Beautiful World, Where Are You? soit publié en hébreu par son éditeur israélien historique, expliquant soutenir la campagne BDS (Boycott, Désinvestissement, Sanctions) et refusant de collaborer avec des institutions qu’elle jugeait complices des politiques israéliennes.
Cinq ans plus tard, l’écrivaine a finalement accepté la publication en hébreu de son dernier roman, Intermezzo. Mais cette décision s’accompagne d’une condition essentielle : l’ouvrage sera publié par November Books, une petite structure israélienne soutenue par le magazine +972 et considérée par les promoteurs du BDS comme compatible avec les critères du boycott.
À première vue, l’affaire pourrait sembler anecdotique. En réalité, elle éclaire une évolution beaucoup plus profonde du monde culturel occidental.
Irish author Sally Rooney gave a speech last night blaming Israel for the rise of fascism and the far right in Europe and concluding that the “liberation of Palestine represents the liberation of the world”. How very 1930s Europe of her to blame the Jews for everything. pic.twitter.com/TSJzTjbu4u
— Heidi Bachram (@HeidiBachram) June 17, 2026
Du boycott d’Israël à la sélection des « bons » partenaires
Rooney insiste sur le fait qu’elle n’a jamais boycotté la langue hébraïque elle-même. Selon elle, son refus portait uniquement sur certaines institutions israéliennes qu’elle estime liées à la politique de l’État hébreu.
Le raisonnement est au cœur de la philosophie du mouvement BDS : le boycott ne viserait pas les individus en tant que tels mais les structures considérées comme complices de l’occupation ou des politiques israéliennes.
Le cas de November Books est révélateur. Selon les organisateurs de la campagne, l’éditeur ne reçoit aucun financement public israélien, n’opère pas dans les implantations de Cisjordanie et soutient publiquement les droits des Palestiniens. Sur près d’une centaine d’éditeurs israéliens examinés, il serait le seul à remplir les critères fixés par les promoteurs du boycott.
Pour continuer la lecture, abonnez-vous ou utilisez un crédit.
Déjà abonné(e) ? Se connecter