Ceuta : Quand les images mentent moins que les commentaires (Carte blanche)
Dans cette carte blanche signée Kamel Bencheikh, l'auteur invite à dépasser les commentaires et les récits dominants sur la crise de Ceuta. Il plaide pour une lecture fondée sur les faits observables et sur un examen critique des images comme des discours.
Publié par Kamel Bencheikh
Résumé de l'article
L'auteur estime que les images de Ceuta soulèvent des questions qui méritent une véritable enquête. Il appelle à distinguer les faits des récits préconçus, rappelle la réalité géographique de l'enclave espagnole et défend une information rigoureuse, indispensable au débat démocratique.
Le premier mensonge est toujours celui des mots.
Depuis plusieurs jours, les mêmes expressions tournent en boucle : « vague migratoire », « désespoir », « exil ». À force d’être répétées, elles dispensent de regarder ce que montrent réellement les images.
Or les images racontent une histoire bien plus dérangeante
Des milliers de jeunes hommes convergent au même moment vers Ceuta. Beaucoup sont acheminés jusqu’aux abords de la frontière par des véhicules. Certains arrivent en plaisantant, d’autres se filment avec leurs téléphones, transforment leur traversée en spectacle destiné aux réseaux sociaux. Cette synchronisation, cette mise en scène et cette logistique interrogent. Elles méritent mieux que le silence ou les explications toutes faites.
Comment croire qu’un tel rassemblement puisse se produire spontanément devant l’une des frontières les plus sensibles du continent africain ? La question n’est ni extravagante ni complotiste. Elle relève du simple bon sens.
Ce ne serait d’ailleurs pas une première. En 2021, la crise de Ceuta avait déjà illustré combien les flux migratoires pouvaient devenir un instrument de pression dans les relations entre Rabat et Madrid. L’histoire récente invite à examiner les faits avec lucidité plutôt qu’à réciter des slogans.
Le plus inquiétant est ailleurs
Une partie des médias semble avoir renoncé à enquêter. Ils préfèrent fournir un récit clé en main plutôt que de poser les questions qui dérangent. Informer ne consiste pourtant pas à sélectionner les images qui confortent une grille de lecture. Informer, c’est éclairer toutes les facettes d’un événement.
Et puisqu’il faut rappeler des évidences, rappelons-en une. Ceuta n’est pas sur le continent européen. C’est une enclave espagnole située sur la côte africaine. Entre Ceuta et l’Europe continentale, il y a la Méditerranée. Cette réalité géographique est incontestable. La passer sous silence entretient une confusion qui nourrit davantage les passions qu’elle n’éclaire les citoyens.
Les frontières ne sont pas seulement des lignes sur une carte. Elles peuvent devenir des leviers diplomatiques, des instruments de pression et parfois des armes politiques. C’est précisément pour cette raison que chaque image mérite d’être examinée avec rigueur et que chaque récit mérite d’être confronté aux faits.
Dans une démocratie digne de ce nom, on ne demande pas aux citoyens de croire. On leur donne les moyens de comprendre.