L'ancien ministre de l'économie estime lui aussi nécessaire une dose de capitalisation dans les retraites
Éric Lombard veut ajouter un étage de capitalisation au système français de retraites. L'ancien ministre de l'Économie propose de transférer 100 milliards d'euros d'actions détenues par l'État au Fonds de réserve pour les retraites, afin que leurs dividendes et leur valorisation bénéficient aux retraités.
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
Éric Lombard propose d'ajouter une dose de capitalisation aux retraites en transférant 100 milliards d'euros d'actions de l'État au Fonds de réserve pour les retraites.
Et si une partie des retraites françaises était désormais financée par les performances des entreprises ? Éric Lombard, ministre de l'Économie sous François Bayrou, estime à son tour nécessaire d'introduire une dose de capitalisation dans un système français reposant essentiellement sur la répartition.
Sa proposition ne consiste toutefois pas à demander aux salariés de verser individuellement une nouvelle cotisation dans des fonds de pension. L'ancien patron de la Caisse des dépôts défend un mécanisme collectif : transférer 100 milliards d'euros d'actions actuellement détenues par l'État au Fonds de réserve pour les retraites (FRR), afin que les dividendes et les plus-values de ce portefeuille servent progressivement au financement des pensions.
« Il est temps d'ajouter un étage de capitalisation à notre système de retraite, afin que les retraités profitent de la valorisation de nos entreprises », écrit Éric Lombard.
Je propose de mettre une dose de capitalisation pour financer les retraites.
— Eric Lombard (@Eric_R_Lombard) September 19, 2026
Concrètement, de mettre les dividendes et les plus-values de l'État au service des retraites.
Il est temps d'ajouter un étage de capitalisation à notre système de retraite, afin que les retraités…
100 milliards d'euros d'actions transférés aux retraites
L'idée est simple sur le papier. L'État possède d'importantes participations dans des entreprises. Éric Lombard propose d'en transférer environ 100 milliards d'euros au FRR, créé en 2001 pour constituer des réserves destinées au financement futur des retraites.
L'État ne vendrait donc pas ces actions. « Rien ne changerait dans la gouvernance des entreprises : l'État reste actionnaire stratégique et garde ses sièges au conseil d'administration », précise l'ancien ministre.
Ce serait en revanche le bénéficiaire des revenus qui changerait. Les dividendes, au lieu d'être versés au budget général de l'État, seraient affectés aux retraites. Selon les éléments rapportés par L'Agefi, les 100 milliards d'euros de participations envisagés pourraient produire entre 3 et 5 milliards d'euros de dividendes par an.
S'y ajouterait, à plus long terme, l'éventuelle appréciation du portefeuille. « Ce qui changerait, c'est que l'accroissement de la valeur de ces entreprises profiterait aux retraités de demain », résume Lombard.
Le mécanisme reviendrait donc à ajouter au système par répartition — dans lequel les cotisations des actifs financent directement les pensions des retraités — une poche collective d'actifs financiers dont les rendements contribueraient eux aussi au financement des retraites.
« Cette valorisation ne doit pas bénéficier aux seuls actionnaires individuels »
Lombard prend toutefois ses distances avec une capitalisation reposant sur l'épargne individuelle.
« Cette valorisation ne doit pas bénéficier aux seuls actionnaires individuels », affirme-t-il. Selon lui, demander à chaque salarié de constituer individuellement son capital retraite favoriserait mécaniquement ceux disposant déjà des revenus leur permettant d'épargner.
« Il faut un système collectif, car un système individuel ne serait pas accessible à la majorité des salariés, dont la plupart n'ont pas les moyens de cotiser plus », explique l'ancien ministre.
C'est précisément ce qui distingue sa proposition de certains projets visant à créer un véritable pilier obligatoire de capitalisation alimenté par les cotisations des salariés et des entreprises. Lombard cherche à éviter le problème classique de la transition : comment financer simultanément les pensions actuelles par répartition tout en demandant aux actifs d'accumuler le capital destiné à financer leurs propres pensions futures ?
« Notre problème démographique se pose sur les 20 prochaines années avant de se réduire. La bosse des retraites est maintenant », expliquait-il à L'Opinion lors du colloque organisé jeudi pour les 25 ans du FRR.
Un fonds qui a déjà fait ses preuves
Le choix du Fonds de réserve pour les retraites n'est pas anodin pour Éric Lombard. L'ancien ministre connaît particulièrement bien l'institution : ancien directeur général de la Caisse des dépôts, il a également présidé pendant plusieurs années le directoire du FRR.
Créé en 2001, le fonds disposait de 20,7 milliards d'euros d'actifs à la fin de 2024. Pour ses 25 ans, le FRR revendique une création de valeur moyenne annuelle supérieure de trois points au taux de la dette française sur l'ensemble de son existence.
Le transfert proposé par Lombard changerait donc considérablement son échelle : avec 100 milliards d'euros d'actions supplémentaires, ses actifs seraient multipliés plusieurs fois.
L'ancien ministre veut ainsi utiliser un véhicule public existant plutôt que bâtir de toutes pièces un nouveau régime de capitalisation.
En 2025, Lombard ne voulait pas d'une capitalisation obligatoire
La proposition marque aussi une évolution intéressante de son discours.
En juin 2025, alors qu'Édouard Philippe proposait d'introduire 15 % de capitalisation dans le système français, Éric Lombard, encore ministre de l'Économie, avait répondu que ce n'était « pas le bon moment » pour instaurer une capitalisation obligatoire.
Il pointait précisément son caractère potentiellement inégalitaire et la difficulté de financer de nouvelles cotisations : « C'est ceux qui ont de l'argent, donc ceux qui ont des revenus plus élevés, qui peuvent le placer », expliquait-il alors.
Un an plus tard, il ne renie pas cette objection mais tente de la contourner. Plutôt que de demander davantage d'argent aux salariés ou aux entreprises, il propose de faire travailler au bénéfice des retraites une partie du patrimoine financier que l'État possède déjà.
La répartition resterait le socle
Éric Lombard ne propose donc pas de remplacer le système par répartition par des fonds de pension. Il insiste au contraire sur la complémentarité des deux mécanismes.
« Cette contribution, qui gagnera en importance au fil des années, ne doit en rien nous empêcher de rétablir l'équilibre des retraites par répartition », prévient-il.
Autrement dit, les rendements financiers ne dispenseraient pas la France de résoudre le déséquilibre de son système actuel. La capitalisation constituerait un étage supplémentaire destiné à diversifier ses ressources et à faire bénéficier collectivement les retraités de la croissance de la valeur des entreprises.
L'idée rejoint ainsi un débat qui prend de l'ampleur en France : conserver la répartition comme pilier principal tout en cherchant dans la capitalisation une source complémentaire de financement face au vieillissement démographique.
Pour Éric Lombard, ancien ministre de l'Économie et ancien dirigeant de la Caisse des dépôts, le principe semble désormais acquis : « Il est temps d'ajouter un étage de capitalisation à notre système de retraite. »