Écarter Charles Sapin de France Inter, c'est démontrer que cette radio payée par le contribuable n'est pas pluraliste (édito)
Le cas Charles Sapin interroge le pluralisme à France Inter : une radio du service public, financée par le contribuable, peut-elle refuser l'antenne à certaines voix, avant même qu’elles aient parlé ?
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
Le cas Charles Sapin dépasse la personne du journaliste et pose la question du pluralisme sur une radio financée par les contribuables.
Charles Sapin devait disposer de 150 secondes, chaque dimanche matin, sur France Inter. Deux minutes trente pour livrer un éditorial. Pas davantage.
Journaliste reconnu, passé notamment par Le Figaro et Le Point avant de rejoindre seulement il y a quelques semaines Valeurs Actuelles, Charles Sapin s’est construit une réputation professionnelle au fil de ses expériences dans différentes rédactions. Son parcours témoigne d’une reconnaissance dans le métier, bien au-delà des clivages qui entourent aujourd’hui sa présence sur France Inter.
Et pourtant, ces 150 secondes sont devenues le symbole d’une bataille autour du pluralisme dans l’audiovisuel public. Des salariés de Radio France se sont vivement opposés à sa présence à l’antenne, au point de provoquer plusieurs mouvements de grève. La direction avait pourtant maintenu son choix, estimant notamment que le journaliste devait être jugé sur son travail et ses chroniques, plutôt que sur l’étiquette du média dans lequel il exerce par ailleurs des responsabilités.
La question mérite d’être posée : comment une radio financée majoritairement par l’argent public peut-elle prétendre au pluralisme si certaines voix sont contestées avant même d’avoir parlé ? Il ne s’agissait pourtant que de 150 secondes le dimanche matin. Mais ces 150 secondes disent beaucoup du débat qui traverse aujourd’hui France Inter : le pluralisme consiste-t-il à faire entendre des opinions différentes, y compris lorsqu’elles dérangent, ou à ne sélectionner que les voix considérées comme légitimes ?
Le cas Charles Sapin dépasse donc largement la personne du journaliste. Il pose une question simple à une radio financée par les contribuables : qui doit avoir le droit de parler sur le service public ? Cette mise à l’écart rend service aux adversaires du service public et à tous ceux qui pensent que France Inter n'est pas une radio neutre mais une radio engagée à gauche. Les grévistes ont montré par leurs attitudes que le pluralisme n'y était plus assuré et de quelle manière… Ils ont carrément scié la branche sur laquelle ils sont assis.