Pour Stavros Kelepouris, le programme du PTB « précipitera financièrement le pays dans le gouffre »
Salaires et pensions plus élevés, retraite plus précoce et prix plus bas : face à Raoul Hedebouw sur la VRT, le journaliste Stavros Kelepouris a reconnu l'attrait du programme du PTB, avant d'en attaquer frontalement le financement : selon lui, son application précipiterait les finances belges dans le rouge.
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
Face à Raoul Hedebouw sur la VRT, Stavros Kelepouris a attaqué le financement du programme du PTB : « Et alors, vous précipitez financièrement le pays dans le gouffre. »
« Je signe immédiatement. » Vendredi soir sur le plateau de De Afspraak op vrijdag, Stavros Kelepouris n'a pas contesté que les promesses du PTB puissent séduire les électeurs. C'est précisément leur financement qui, selon le journaliste politique, pose un problème considérable.
"De dag dat het programma van de PVDA wordt uitgevoerd, zitten we niet 30 of 40 miljard in de grond, maar zitten we 100 miljard in de grond."@stavrosklprs in #deafspraakopvrijdag pic.twitter.com/MuxSMU7Lye
— De Afspraak (@deafspraaktv) September 18, 2026
Face au président du PTB Raoul Hedebouw, invité de l'émission politique de la VRT avec le chroniqueur Fouad Gandoul, Kelepouris a résumé le programme du parti marxiste en quelques phrases : « Votre salaire sera plus élevé, vous pourrez partir plus tôt à la retraite, votre pension sera plus élevée et, au magasin, vous devrez en plus payer moins cher. Oui, je signe immédiatement. »
Mais pour le journaliste, cette accumulation de promesses se heurte à une réalité : l'état déjà particulièrement fragile des finances publiques belges. L'émission du 18 septembre était justement consacrée en partie à la crise budgétaire fédérale et aux propositions fiscales du PTB.
« Alors, nous ne sommes plus à 30 ou 40 milliards dans le trou »
« C'est un peu le problème avec le programme du PTB. Quand vous le lisez, oui, on ne peut pas être contre », commence Stavros Kelepouris. Puis vient l'addition.
« Le seul problème, c'est que le jour où ce programme est appliqué, nous ne sommes pas à 30 ou 40 milliards dans le trou. Nous sommes à 100 milliards dans le trou », lance-t-il à Raoul Hedebouw.
Le journaliste pousse son raisonnement jusqu'à ses conséquences sur la confiance des marchés financiers. Selon lui, avec un tel déficit, le problème ne serait même plus qu'une institution financière décide de « shorter la Belgique », autrement dit de parier contre la dette ou les actifs belges : « Alors, c'est tout le monde. »
Le contexte budgétaire donne du relief à l'échange. Au cours de la même émission, il a notamment été rappelé que la Belgique consacre actuellement environ 12,5 milliards d'euros par an aux intérêts de sa dette et que cette facture pourrait atteindre 20 milliards en 2031 à politique inchangée.
La taxe des millionnaires ne suffirait pas
Raoul Hedebouw défend notamment une taxe sur les millionnaires visant le 1 % des Belges les plus riches. C'est l'une des principales recettes avancées par le PTB pour financer sa politique et rééquilibrer la contribution fiscale entre travail et patrimoine. Lors de l'émission, Hedebouw a de nouveau plaidé pour cette taxe, en proposant que les contribuables concernés déclarent eux-mêmes leur patrimoine.
C'est précisément sur ce point que Kelepouris poursuit son offensive. Même en acceptant l'hypothèse d'une recette de plusieurs milliards d'euros, estime-t-il, l'équation resterait largement déficitaire.
« Le problème avec les propositions de M. Hedebouw, la taxe des riches, c'est : oui, vous pouvez l'introduire, alors vous allez avoir 8 milliards ou quelque chose comme ça. Je ne sais pas quelle est votre dernière estimation... Ou 4 milliards, peu importe. »
Son argument est que cette recette ne permettrait pas de financer les « dizaines de milliards » de dépenses supplémentaires qu'il attribue au programme de la gauche radicale.
« Alors vous avez cela une fois, et ces autres dizaines de milliards que coûte votre programme sont totalement non financées », poursuit-il, avant de conclure sans détour : « Et alors, vous précipitez financièrement le pays dans le gouffre. »
Des promesses séduisantes, mais à quel prix ?
L'échange résume l'une des lignes de fracture du débat budgétaire belge. Le PTB considère que l'assainissement des comptes doit passer davantage par la taxation des grandes fortunes et des revenus du capital que par des économies affectant les pensions ou la sécurité sociale. Hedebouw accuse de son côté le gouvernement De Wever d'utiliser la dégradation budgétaire pour justifier une réduction de la protection sociale.
Kelepouris inverse le raisonnement : pour lui, même les nouvelles recettes fiscales promises par le PTB seraient très loin de couvrir le coût de l'ensemble des mesures proposées.
Son intervention tient ainsi en une contradiction volontairement simple. Pris séparément, augmenter les salaires, relever les pensions, permettre de partir plus tôt à la retraite et réduire certains prix sont autant de propositions auxquelles il est difficile pour un électeur de répondre non. Mais il y a la question que ces promesses ne permettent pas d'éviter : qui paie l'addition ?