Même Thierry Breton lâche Macron : « Le bilan de son deuxième mandat, c’est une catastrophe »
Ce n’est ni Marine Le Pen, ni Éric Zemmour, ni Jean-Luc Mélenchon qui le dit. Invité de Darius Rochebin sur LCI, l’ancien commissaire européen Thierry Breton a dressé un bilan accablant du second quinquennat d’Emmanuel Macron : « C’est une catastrophe. » Dette, impôts, compétitivité : il invoque « les faits ».
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
« Le bilan du deuxième mandat d’Emmanuel Macron, c’est une catastrophe » : sur LCI, Thierry Breton étrille la politique économique française, la dette, les hausses d’impôts et les conséquences de la dissolution.
Il serait difficile de présenter Thierry Breton comme un contempteur habituel du « système ». Ancien ministre de l'Économie, ancien dirigeant de grandes entreprises françaises puis commissaire européen au Marché intérieur, il incarne au contraire depuis plusieurs décennies cette élite économique, administrative et européenne au sein de laquelle Emmanuel Macron a lui-même construit une grande partie de son parcours.
C'est ce qui donne une saveur particulière au jugement qu'il vient de porter sur le président de la République. Invité de Darius Rochebin sur LCI et interrogé sur une couverture particulièrement sévère du JDD consacrée au bilan d'Emmanuel Macron, Thierry Breton n'a guère cherché à prendre sa défense.
« Quand on regarde le bilan du deuxième quinquennat, du deuxième mandat d'Emmanuel Macron, c'est une catastrophe », tranche-t-il. Avant d'ajouter immédiatement : « Mais c'était annoncé. »
🗣️ "Quand on regarde le bilan du deuxième quinquennat d’Emmanuel Macron, c’est une catastrophe. Après la dissolution, la France est entrée dans une spirale négative."
— LCI (@LCI) September 13, 2026
💬 Thierry Breton ne mâche pas ses mots contre le président de la République pic.twitter.com/pMSd3yG3Eg
« À partir de la dissolution, la France est rentrée dans une spirale »
Breton prend toutefois soin de distinguer les deux périodes de la présidence Macron. « Le premier quinquennat s'est plutôt pas mal passé », estime-t-il, évoquant « des choses très importantes et intéressantes » qui auraient alors été accomplies.
Pour lui, le basculement intervient avec la dissolution de l'Assemblée nationale. « À partir du moment où il y a eu cette dissolution, la France est rentrée dans une spirale », affirme l'ancien commissaire européen. Il raille notamment l'instabilité gouvernementale qui a suivi : « Je ne sais plus combien il y a eu de Premiers ministres, quatre, cinq, six, je ne sais même plus. On ne s'en souvient plus. »
Thierry Breton précise ne pas mettre en cause la qualité des ministres successifs. C'est le résultat collectif qu'il juge. Et lorsque Darius Rochebin lui fait remarquer qu'Emmanuel Macron a été élu puis réélu, qu'il ne connaît pas formellement de cohabitation et conserve les prérogatives considérables que lui offre la Ve République, sa réponse se fait presque familière : « Très bien, mais alors qu'est-ce que tu fais ? »
« Moi, je ne regarde que les faits »
Darius Rochebin lui demande alors s'il n'est pas excessivement sévère. « Mais écoutez, c'est les faits. Moi, je ne regarde que les faits. C'est les chiffres. Les chiffres parlent d'eux-mêmes », répond Thierry Breton.
L'ancien ministre déroule alors son réquisitoire économique. Il cite la dette publique française, qu'il chiffre à 3.555 milliards d'euros, les centaines de milliards que la France doit emprunter sur les marchés et le coût auquel les investisseurs acceptent désormais de lui prêter. Pour Breton, les taux auxquels la France se finance constituent un « juge de paix » : ils mesurent directement le regard que les marchés portent sur le risque français.
Son raisonnement est simple : la France n'est pas directement en guerre, elle appartient à la zone euro et dispose de l'une des économies les plus importantes du continent. Elle devrait donc pouvoir se comparer avantageusement à ses voisins. Or Breton oppose les performances françaises à celles de l'Espagne ou de l'Allemagne et constate une dégradation de la situation française.
« Vous croyez que ça me fait plaisir de le dire, ça ? Ça ne me fait pas plaisir du tout », insiste-t-il. Puis vient cette phrase particulièrement sévère pour un homme qui n'a rien d'un révolutionnaire : « Ce ne sont pas des chiffres qui tombent du ciel. Ce n'est pas la faute à pas de chance. »
Les hausses d'impôts également accusées
Thierry Breton désigne aussi une responsabilité économique précise : les hausses d'impôts décidées ces dernières années. Elles auraient, selon lui, contribué « massivement » à la dégradation qu'il décrit.
« Pas de compétitivité par rapport aux autres pays européens, pas de compétitivité en matière de capacité à emprunter par rapport aux autres pays européens, des charges sur les entreprises qui sont ce qu'elles sont », énumère-t-il.
L'intérêt de la charge tient encore une fois à celui qui la porte. Thierry Breton ne demande ni la sortie de l'euro ni celle de l'Union européenne. Il ne conteste pas l'économie de marché et ne propose aucune rupture avec l'ordre institutionnel européen. Il raisonne précisément selon les critères qui ont longtemps constitué ceux du macronisme : compétitivité, crédibilité financière, comparaison européenne, maîtrise de la dette et confiance des investisseurs.
C'est sur ce terrain-là qu'il estime désormais le bilan catastrophique.
Quand la critique vient du cœur du système
On pourrait facilement balayer une attaque contre Emmanuel Macron lorsqu'elle vient de ses adversaires les plus irréductibles : ils sont précisément là pour cela. Il est beaucoup plus difficile d'ignorer le diagnostic lorsqu'il est formulé par Thierry Breton.
L'ancien commissaire européen ne s'est d'ailleurs nullement converti aux oppositions radicales. Bien au contraire. Il termine son intervention en appelant à davantage de « discipline », à travailler ensemble dans une forme « d'union sacrée » et met explicitement en garde contre « le chemin des extrêmes ».
C'est précisément ce qui rend son intervention remarquable. Breton ne rejoint pas l'opposition ; il constate l'échec depuis l'intérieur du même univers politique, économique et européen qui avait largement accueilli favorablement l'arrivée d'Emmanuel Macron au pouvoir en 2017.
Le jugement n'en devient pas une vérité scientifique : on pourra discuter les chiffres choisis, leur causalité et la part exacte de responsabilité de l'Élysée dans la situation actuelle. Mais politiquement, le symbole est redoutable. Lorsque même Thierry Breton en arrive à résumer le second quinquennat Macron par le mot « catastrophe », ce n'est plus seulement l'opposition qui dresse l'acte d'accusation. C'est une partie du monde dont le macronisme était lui-même le produit.