Le vrai diable n’est pas la société de management, mais l’État prédateur (carte blanche)
Carte blanche d'Alexis Chevalier, entrepreneur indépendant et fondateur de sociétés qui défend que les sociétés de management ne sont pas un privilège fiscal mais une réponse rationnelle à une pression fiscale devenue confiscatoire et à un marché du travail qui marginalise de plus en plus les indépendants et les seniors.
Publié par Contribution Externe
Résumé de l'article
Pour Alexis Chevalier, les sociétés de management ne sont pas le problème : elles sont la conséquence d’un État belge devenu fiscalement insoutenable pour les entrepreneurs.
Dans sa récente analyse publiée dans L’Echo, l’économiste Paul De Grauwe pointe du doigt la multiplication des sociétés de management comme l’une des causes principales de l’érosion des recettes fiscales belges. Le constat est factuel : depuis 2013, une part croissante des hauts revenus migre vers des structures sociétales, réduisant à la fois l’impôt des personnes physiques et les cotisations sociales. Jusqu’ici, rien à redire.
Le problème surgit lorsque ce phénomène rationnel est transformé en faute morale. Comme si l’État était le propriétaire légitime de tous les revenus générés dans le pays et que tout euro qui lui échappe constituait un vol.
C’est exactement l’inverse. L’argent n’appartient pas d’abord à l’État. Il appartient à celui qui le crée par son travail, son talent, son risque et son temps. L’impôt n’est qu’une contribution légitime et limitée, jamais un droit de propriété illimité de l’État sur la production des citoyens.
Un bouclier de survie, pas un outil de prédation
En Belgique, un indépendant qui réussit en personne physique se voit rapidement confronté à un taux marginal d’imposition de 50 %, auquel s’ajoutent les centimes additionnels communaux, les cotisations sociales élevées et l’absence totale de protection sociale comparable à celle d’un salarié. Le chiffre d’affaires n’est pas son revenu net : c’est une enveloppe brute que l’administration fiscale considère souvent comme sa chasse gardée.
Face à cette réalité, la société de management n’est pas un paradis fiscal. Elle est un bouclier de survie. Elle permet de lisser des revenus irréguliers, de constituer des réserves, de séparer le risque professionnel du patrimoine privé et de ne pas tout abandonner à un État qui taxe sans retenue tout en dépensant sans compter.
Présenter cette légitime défense comme un scandale revient à reprocher à la victime de fermer sa porte à clé dans un quartier mal famé. C’est inverser les rôles : on criminalise le contribuable qui se protège et on absout l’État prédateur.
Le rejet des seniors et la dignité entrepreneuriale
À cela s’ajoute le jeunisme toxique du marché du travail belge. On exige de l’expérience, mais on ne veut plus des seniors qui l’ont accumulée. Trop chers pour être salariés, trop compétents pour être mis au rebut, de nombreux professionnels de 45, 50 ans ou plus n’ont d’autre choix que de créer leur propre structure. Ce n’est pas de l’égoïsme : c’est de la dignité.
Derrière la plupart de ces sociétés de management, il n’y a pas des profiteurs sans visage, mais des gens qui continuent à créer de la valeur alors que le système salarial et l’État ne leur offrent plus de place viable.
La vraie question à poser
La vraie question n’est donc pas « pourquoi les indépendants créent-ils des sociétés de management ? » mais plutôt : comment l’État belge a-t-il pu construire un système dans lequel ne pas se protéger de sa propre avidité devient économiquement suicidaire ?
La Belgique affiche l’un des coins fiscaux les plus élevés de l’OCDE. Dans ces conditions, dénoncer ceux qui s’organisent légalement pour conserver une part légitime de leur production, c’est défendre le droit de l’État à piller plutôt que le droit des individus à garder le fruit de leur travail.
Les abus existent et doivent être sanctionnés, comme dans tout régime fiscal. Mais qualifier de « prédation » le simple fait de se protéger de la prédation étatique relève d’un renversement pervers de la réalité.
Pour une réforme de bon sens
La bonne réponse ne consiste pas à durcir encore les règles ou à diaboliser les sociétés de management. Elle passe par une réduction drastique de la pression fiscale sur le travail, une simplification des statuts juridiques et un changement de philosophie profonde : arrêter de considérer que tout revenu appartient d’abord à l’État.
La solidarité fiscale ne peut fonctionner que sur la base de contribuables libres et prospères, pas de serfs fiscaux épuisés. À force de traiter les citoyens comme des locataires tolérés de leur propre argent, l’État risque surtout de tuer la poule aux oeufs d’or.
Le diable n’est pas dans la société de management. Il est dans un État qui a rendu la vie économique productive presque impossible.