Royaume-Uni : les voitures électriques paieront bientôt une taxe au kilomètre
À partir d’avril 2028, les automobilistes britanniques roulant en voiture électrique, hybride rechargeable ou à hydrogène devront acquitter une nouvelle taxe calculée selon la distance parcourue.
Publié par A.G.
Résumé de l'article
Londres affirme maintenir son soutien à la transition vers les véhicules zéro émission. Mais le message adressé aux conducteurs est désormais clair : électrique ou non, une voiture qui roule, encombre les routes et use les infrastructures devra tôt ou tard contribuer à leur financement.
Le gouvernement britannique a confirmé, mi-juillet, l’instauration d’une « Electric Vehicle Excise Duty », ou eVED. Cette nouvelle taxe kilométrique s’appliquera dès le 1er avril 2028 aux voitures électriques à batterie. Elle concernera aussi les véhicules à hydrogène ainsi qu’aux hybrides rechargeables immatriculés au Royaume-Uni.
Le tarif a été fixé à trois pence par mile, soit environ 1,9 centime d’euro par kilomètre, pour les véhicules entièrement électriques ou à hydrogène. Par ailleurs, les hybrides rechargeables seront taxés à hauteur de 1,5 pence par mile. Ces montants seront ensuite indexés sur l’inflation à partir de l’exercice 2029-2030.
Pour une voiture électrique parcourant 10.000 miles par an, soit un peu plus de 16.000 kilomètres, la facture atteindra 300 livres, environ 345 euros au taux de change actuel. Cette somme viendra s’ajouter à la taxe annuelle sur les véhicules, la Vehicle Excise Duty. En effet, les voitures électriques ne sont déjà plus totalement exonérées.
Déclarer son compteur kilométrique
Le dispositif reposera en grande partie sur les déclarations des automobilistes. Lors du renouvellement annuel de leur taxe automobile, ceux-ci devront fournir le kilométrage affiché au compteur. Ils devront aussi estimer la distance qu’ils prévoient de parcourir durant l’année suivante.
Le paiement pourra être effectué en une seule fois ou étalé sur l’année. Une régularisation interviendra ensuite sur la base du kilométrage réellement parcouru.
L’administration britannique chargée de l’immatriculation, la DVLA, comparera les chiffres communiqués avec les kilométrages enregistrés lors des contrôles techniques obligatoires. Le gouvernement prévoit également de renforcer les règles relatives à la manipulation des compteurs kilométriques.
Pour les entreprises de leasing et de location, des mécanismes spécifiques doivent être mis en place. Ainsi, il sera possible de permettre une déclaration centralisée du kilométrage de leurs flottes.
Remplacer progressivement les taxes sur les carburants
La justification avancée par Londres est simple : tous les véhicules participent à la congestion et à l’usure des routes. Seuls les automobilistes roulant à l’essence ou au diesel contribuent actuellement, par les accises sur les carburants, au financement des infrastructures.
Avec la progression des voitures électriques, ces recettes sont appelées à diminuer fortement. Pour cette raison, le gouvernement cherche à remplacer progressivement une partie des taxes perçues à la pompe par un prélèvement indépendant du type de motorisation. Ce prélèvement resterait toujours proportionnel à l’usage du véhicule.
La réforme devrait concerner quelque 5,6 millions de voitures au cours de l’exercice 2028-2029. Selon les prévisions certifiées par l’Office for Budget Responsibility, elle rapporterait 1,1 milliard de livres dès sa première année. Ensuite, elle rapporterait 1,435 milliard en 2029-2030 et 1,865 milliard l’année suivante.
L’eVED confirme ainsi une évolution difficilement évitable : à mesure que les voitures électriques deviennent majoritaires, les États ne peuvent plus durablement les dispenser des taxes qui financent les routes et alimentent les budgets publics.
Un frein limité à l’électrification
Le gouvernement reconnaît néanmoins que cette taxe pourrait légèrement ralentir les ventes de véhicules électriques. De plus, l’Office for Budget Responsibility estime que l’ensemble des mesures fiscales annoncées réduirait les ventes d’environ 120.000 unités entre 2025 et 2031.
Cela ne représenterait toutefois que 2 % des ventes attendues sur la période. Certains automobilistes pourraient conserver plus longtemps leur véhicule à essence ou diesel. Par conséquent, on observerait une hausse marginale des émissions par rapport aux prévisions initiales.
D’autres pourraient se tourner vers des modèles électriques plus petits et moins coûteux.
La mesure illustre surtout la contradiction croissante des politiques automobiles européennes. En Belgique, une taxe à la recharge est déjà prévue.
Après avoir subventionné l’achat de voitures électriques et multiplié les avantages fiscaux pour accélérer leur diffusion, les gouvernements commencent désormais à récupérer une partie des recettes perdues.