Les riches qui ne paieraient pas, les taxes des milliardaires, Olivier Babeau débunke des slogans de campagne
Taxe des milliardaires, taxe des héritages, la part du capital qui exploserait au détriment du travail. Voilà des slogans faciles de campagne, que l'économiste Olivier Babeau souhaite débunker.
Publié par J.PE
Inégalités, pauvreté, milliardaires, fiscalité, capital ou héritage : l’économiste Olivier Babeau passe en revue plusieurs affirmations économiques qui pourraient s’imposer dans le débat électoral. Et oppose aux slogans une série de chiffres. L'économiste de plus en plus écouté dans les médias français, nous avait accordé un entretien en juin dernier.
La prochaine campagne électorale pourrait donner lieu à une nouvelle bataille des chiffres sur les inégalités et la fiscalité. Sur X, Olivier Babeau a choisi de prendre les devants avec un « débunkage par avance de quelques intox économiques que nous entendrons pendant toute la campagne ».
Débunkage par avance de quelques intox économiques que nous entendrons pendant toute la campagne :
— Olivier Babeau (@OlivierBabeau) September 4, 2026
— « Les inégalités explosent en France. »
L’indice de Gini (qui mesure les inégalités de revenus) a un peu progressé, mais est à son niveau de 1996. Côté patrimoine aucune explosion…
Voici les principaux arguments développés par l'économiste.
« Les milliardaires polluent autant que des millions de personnes »
Pour Olivier Babeau, cette affirmation repose sur une méthode comptable souvent mal interprétée. « La méthode multiplie les émissions des entreprises par la fraction de leur capital détenue par chaque actionnaire. » Il s'agit, explique-t-il, d'une comptabilité d'« émissions financées ». Selon lui, le problème apparaît lorsque cette mesure est transformée en argument affirmant que supprimer les milliardaires constituerait mécaniquement un geste écologique. « Même si l’État devenait propriétaire des entreprises les émissions resteraient les mêmes. »
« La part du capital explose au détriment du travail »
Là encore, Olivier Babeau oppose les chiffres au slogan. « C’est faux sur longue période », affirme-t-il. Dans les sociétés non financières, le travail représentait 66,1 % de la valeur ajoutée en 1990, contre 67,3 % en 2023. « Sa part a donc légèrement augmenté de 1,1 point », souligne-t-il. Pendant ce temps, la part du capital serait restée quasiment stable : 32,7 % en 2023, soit seulement 0,2 point de plus qu'en 1990.
Conclusion de l'économiste : « Il n’y a pas eu de captation continue de la valeur ajoutée par le capital au cours des trente dernières années. »
« Les cadeaux fiscaux aux riches de Macron correspondent à ce qui manque dans le budget »
Le chiffre des 62 milliards d'euros de baisse d'impôts est également dans le viseur de Babeau. « Présenter les 62 milliards d’euros de baisse comme des “cadeaux aux riches” est faux. » Il détaille plusieurs des principales mesures : 18,5 milliards pour la suppression de la taxe d'habitation, 5,4 milliards pour la baisse de l'impôt sur le revenu, 3,6 milliards pour l'exonération des heures supplémentaires et 3,2 milliards pour la suppression de la redevance audiovisuelle. Selon son décompte, « seulement 5 milliards sur 62 ciblent les aisés ». Son argument consiste donc à rappeler que les 62 milliards regroupent des mesures fiscales dont les bénéficiaires ne sont pas exclusivement les ménages les plus riches.
« Les super-riches ne paient presque aucun impôt »
C'est l'un des points les plus sensibles. Babeau y répond de la manière suivante :
« Le taux de 2% d’impôts inclut les bénéfices laissés dans les sociétés contrôlées par les ménages, donc des sommes qui ne leur ont pas été personnellement versées. Lorsque l’on inclut les autres impôts directs, notamment l’impôt sur les sociétés déjà acquitté sur ces bénéfices, le taux estimé atteint 26 % pour les 0,0002 % les plus riches : on est très loin de « presque aucun impôt ». Il reste néanmoins inférieur aux 46 % constatés pour les 0,1 % les plus riches. En réalité notre système fiscal est très progressif jusqu’aux plus riches, avec seulement cette discussion sur la tête d’épingle de la poignée supérieure. Ils contribuent en tout cas plus d’impôts que la grande majorité des Français : en intégrant prestations, retraites et services publics, 56 % de la population reçoit davantage de la redistribution publique qu’elle n’y contribue.."
« Il faut enfin taxer les héritages »
Dernière cible : l'idée selon laquelle les héritages seraient insuffisamment taxés en France.La réponse de Babeau est lapidaire : « Ils le sont déjà fortement. » Il affirme que la France se situe au premier rang des pays de l'OCDE pour le poids des droits de mutation à titre gratuit dans le PIB. Un argument qui devrait alimenter, une nouvelle fois, le débat sur la fiscalité du patrimoine et des transmissions.
La bataille des chiffres ne fait que commencer
À travers ces exemples, Olivier Babeau entend surtout dénoncer ce qu'il considère comme des raccourcis économiques transformés en slogans politiques.
Son message est clair : avant de parler d'« explosion », de « cadeaux aux riches » ou de milliardaires qui ne paieraient « presque aucun impôt », encore faut-il regarder précisément ce que mesure chaque chiffre et comment il est calculé.