L’IA constitue une menace existentielle pour la profession d’avocat
« La prochaine génération de juristes est formée avec l’idée qu’elle pourra utiliser l’IA sans être remplacée par elle. Ils se rassurent en pensant que l’IA n’est qu’un nouvel outil, comme LexisNexis, mais avec des dents plus acérées. » Cette déclaration était publiée il y a quelque temps dans le magazine anglais The Spectator. L’auteur, James, un avocat anglais senior d’une cinquantaine d’années, a préféré rester anonyme. Il est convaincu que ses confrères se racontent des histoires. Selon lui, à peine 1 % de ses pairs ont une idée de ce qui est sur le point de se produire.
Publié par Dominique Dewitte
Résumé de l'article
L’IA bouleverse la profession d’avocat en automatisant en quelques secondes des tâches autrefois centrales, ce qui fragilise particulièrement les jeunes juristes.
Le modèle économique basé sur la facturation à l’heure devient intenable face à des gains massifs de productivité et à l’émergence d’outils accessibles directement aux clients.
Au-delà de la technologie, c’est la nature même du métier qui est en jeu, alors que l’expertise juridique cesse d’être rare.
Le Londonien avance un autre argument. « Les juristes sont arrogants. Les juristes dirigent le pays. Keir Starmer est l’incarnation même du juriste. Ce sont des personnes habituées à être respectées et qui ont, disons, une très haute estime d’elles-mêmes. Pour elles, admettre qu’elles ne sont pas si exceptionnelles et que la profession pourrait être remplacée par un robot gratuit sera une pure torture. »
Moins de la moitié des avocats recommandent encore leur métier à un étudiant en droit.
Cet avocat n’est pas un cas isolé, et la situation outre-Manche ne l’est pas davantage. Depuis quelques mois, une inquiétude palpable plane sur la profession. Un sentiment profond et largement partagé qu’un basculement fondamental est en cours s’est installé dans les cabinets d’avocats à l’échelle mondiale.
La sixième édition de l’étude réalisée par OpinionWay pour Lamy Liaisons, un acteur reconnu de l’information juridique en France, menée auprès de 84 avocats et 97 juristes entre juillet et octobre 2025, montre que seuls 44 % des avocats recommanderaient encore leur profession à un étudiant en droit. Ils étaient encore 60 % en 2024. Un signal clair.
L’inquiétude est profonde. Les jeunes qui choisissent des études de droit savent déjà ce qui les attend : de longues journées de travail et une rémunération souvent modeste au début. Mais le défi est désormais tout autre. L’intelligence artificielle touche au cœur même du métier d’avocat. Rédiger des synthèses, analyser des précédents judiciaires, structurer des arguments… des tâches qui constituaient depuis des années le socle de la profession sont désormais produites en quelques secondes par des machines.
Ce sont surtout les jeunes avocats qui s’inquiètent. Ce qui était autrefois un apprentissage indispensable s’effrite, voire disparaît, sous leurs yeux.
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