Macron sans filtre : « Démissionner ? Jamais ! », « Je ne compte pas déserter »… Les SMS qui dévoilent les coulisses du pouvoir
Des SMS du Président Macron publiés. La chroniqueuse de gauche Françoise Degois publie dans un livre à paraître, sa correspondance avec le président français. L'occasion de découvrir la pensée profonde d'Emmanuel Macron sur la gauche, le RN, la taxe Zucman....Les bonnes feuilles ont révélées par Marianne.
Publié par J.PE
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Pendant près de deux ans, Emmanuel Macron a échangé sur Telegram avec la chroniqueuse de gauche et ancienne conseillère de Ségolène Royal, Françoise Degois. Dans un livre à paraître aux éditions Robert Laffont, ces conversations privées révèlent un président combatif, parfois agacé, souvent sur la défensive, qui livre ses états d'âme sur la dissolution, la gauche, les retraites, le RN et son avenir après l'Élysée. Florilège de messages particulièrement révélateurs.
« Vous êtes tous trop durs avec moi. » Le titre du livre de Françoise Degois résume assez bien le ton des échanges qu'Emmanuel Macron a entretenus avec la journaliste pendant près de deux ans. Sur Telegram, le président de la République se livre, argumente, conteste et défend ses décisions. Avec, parfois, des formules particulièrement directes.
Ces conversations, dévoilées dans Vous êtes tous trop durs avec moi, publié chez Robert Laffont, offrent un aperçu inhabituel de la manière dont le chef de l'État perçoit les événements politiques et les critiques dont il fait l'objet.
« Démissionner ? Jamais ! »
Après la dissolution de juin 2024 et les élections législatives qui ont suivi, la situation politique française devient particulièrement instable. Alors que les discussions s'enlisent autour de la formation d'un gouvernement, Françoise Degois évoque la possibilité d'un retour de la gauche à Matignon.
La réponse présidentielle est sans détour : « Vous n'avez pas gagné. C'est le RN qui a gagné. »
À propos de la candidature de Lucie Castets, soutenue par le Nouveau Front populaire, Emmanuel Macron se montre tout aussi catégorique : « Il n'y a qu'elle et vous tous pour croire qu'elle peut aller un jour à Matignon. »
Quelques mois plus tard, alors que le gouvernement de François Bayrou peine à se former, le président laisse apparaître son inquiétude : « S'il ne redresse pas dans les 48h, je ne vois pas comment je peux continuer. »
Mais lorsque la question de sa propre démission est évoquée, il ne laisse aucune place à l'interprétation :
« Démissionner ? Jamais ! Pour aucune raison ! Jamais. Je ne compte pas déserter. J'avance. »
Une déclaration qui résume sa volonté de rester à l'Élysée malgré l'instabilité politique.
La réforme des retraites, une ligne rouge présidentielle
Autre sujet de friction : la réforme des retraites. À l'automne 2025, alors que Sébastien Lecornu vient d'être nommé à Matignon, la possibilité de suspendre la réforme pour éviter une censure du Parti socialiste provoque une réaction très ferme du chef de l'État.
Emmanuel Macron défend son choix initial et met en avant les conséquences économiques d'un éventuel recul.
« Les marchés nous regardent », écrit-il en octobre 2025.
Il développe ensuite son raisonnement :
« Si moi, je veux me refaire la cerise, alors oui je la suspends. Si je pense au pays, je ne le fais pas une seule seconde. »
Et insiste encore, dans un autre message :
« Si on suspend la réforme, je peux vous dire que c'est bien le pays qu'on met dans la merde. »
Des mots qui témoignent de son attachement à cette réforme, même lorsque les contraintes parlementaires rendent son maintien politiquement difficile.
« J'ai aucune sympathie pour les riches »
La politique économique du président est également au cœur des discussions avec Françoise Degois, qui critique notamment sa politique de l'offre.
Emmanuel Macron répond directement aux accusations de complaisance envers les catégories les plus aisées :
« J'ai aucune sympathie pour les riches je n'aime pas l'argent ni ne le déteste mais le jour où on n'aura plus d'investissement on sera dans la merde. »
Le président défend ainsi sa conception de l'économie, fondée sur l'investissement et l'attractivité.
Il ne manque pas non plus de commenter les propositions fiscales de la gauche, notamment la taxe portée par l'économiste Gabriel Zucman :
« Même Ségo, en 2007, faisait mille fois mieux que ça ! Et entre nous, le truc de Zucman, c'est un rossignol. » Une formule qui illustre le ton parfois mordant de ces échanges.
« En vrai, tout mouvement profite au RN »
La progression du Rassemblement national constitue une autre préoccupation récurrente du président.
En octobre 2025, Emmanuel Macron livre cette analyse à Françoise Degois : « En vrai, tout mouvement profite au RN. » Il poursuit en évoquant les responsables de droite :
« Si vous voyiez les mecs de droite. Pour la plupart d'entre eux, ils courent à la gamelle RN au galop. »
Le chef de l'État revient également sur Marine Le Pen et ses positions internationales. Après la décision de justice en appel de juillet 2026, il anticipe son recours en cassation et une nouvelle déclaration de candidature.
Il estime surtout que la candidate ne pourra pas durablement dissimuler ses orientations :
« Elle ne pourra pas cacher longtemps son tropisme naturel, sa pente naturelle, pro-Poutine et pro-MAGA. Elle n'y arrivera pas. Et les Français détestent ça. »
Avant de conclure par une formule :
« La présidentielle, c'est la vérité des prix. »
« Vous êtes tous trop durs avec moi »
Au fil des conversations, Emmanuel Macron revient régulièrement sur les critiques qui lui sont adressées et sur son bilan présidentiel. En juin 2026, il défend son action :
« On a bougé en 8 ans. On a fait beaucoup de choses contre le séparatisme, pour le pouvoir d'achat… »
Avant d'ajouter, dans une phrase qui donne son titre à l'ouvrage :
« Souvent, vous et les vôtres, vous êtes tous trop durs avec moi. »
Lorsque Françoise Degois lui reproche notamment la dissolution, qu'elle qualifie de « ratage total », le président répond simplement : « Pas d'accord. » Pas de mea culpa, donc, dans cet échange.
« Je n'irai chez personne » : Macron pense déjà à l'après-Élysée
Les conversations abordent aussi une question rarement évoquée publiquement par Emmanuel Macron : sa vie après la présidence. Alors que des informations circulent sur une éventuelle reconversion auprès du milliardaire Xavier Niel, le président balaie cette hypothèse :
« Du grand n'importe quoi absolu. »
Puis précise : « Je n'irai chez personne. » Et développe sa position sur son avenir professionnel :
« En tout cas, si j'en fais du business, ce sera le mien et je pense plutôt hors de France mais je ne serai ni leur employé ni leur obligé. Jamais. »
Une manière de récuser toute perspective de dépendance à l'égard d'un grand groupe ou d'un homme d'affaires après son départ de l'Élysée.
« Dix ans, c'est une époque »
Derrière les formules combatives, certains messages laissent aussi entrevoir une forme de lassitude face à l'exercice du pouvoir.
En octobre 2024, depuis Bruxelles, alors qu'il participe à un sommet européen, Emmanuel Macron écrit :
« Je m'ennuie. C'est triste et sans créativité. Mario Draghi et Angela Merkel me manquent terriblement. »
Il reconnaît également : « Oui parfois les choses me pèsent. »
Avant de nuancer aussitôt : « Non, elles ne me pèsent pas, je ne suis jamais découragé, vous savez. »
Enfin, le 17 août 2026, après sa dernière commémoration de la libération de Bormes-les-Mimosas, le président livre une réflexion plus personnelle sur la fin de son mandat.
À Françoise Degois, qui croit déceler une pointe de blues dans son discours, il répond :
« Le blues non, mais oui, on y laisse sa livre de chair et d'âme et oui, dix ans, c'est une époque, donc c'est tout de même une petite mort. »
Une phrase qui tranche avec les déclarations publiques habituelles du chef de l'État.
Au fil de ces messages, Emmanuel Macron apparaît ainsi dans un registre rarement accessible : celui d'un président qui ne se contente pas de commenter l'actualité, mais qui défend ses choix, conteste ses détracteurs et laisse parfois transparaître le poids de la fonction.
Des conversations privées qui offrent un éclairage singulier sur les dernières années de son quinquennat et sur la manière dont il envisage déjà la sortie de l'Élysée.