Malades de longue durée: un ex-haut responsable de l'INAMI dénonce les pressions des mutualités
Alors que la Belgique dépasse les 576.000 malades de longue durée, un ancien haut fonctionnaire de l'INAMI dénonce un système de contrôle sous influence des mutualités. Dans une interview à HLN, il affirme que des médecins-conseils subissent depuis des années des pressions.
Publié par Demetrio Scagliola
Résumé de l'article
- Un ancien haut responsable de l'INAMI accuse les mutualités d’exercer une pression sur les médecins-conseils.
- Roger Toelen estime que le manque d’indépendance des contrôles a contribué à l’explosion des malades de longue durée.
- Il plaide pour la création d’une agence publique indépendante chargée des évaluations médicales.
- Les mutualités contestent ces accusations, tandis que le débat politique se poursuit à la Chambre.
La Belgique n’a jamais compté autant de malades de longue durée. Avec plus de 576.000 personnes actuellement en incapacité de travail, le sujet s’impose à nouveau au cœur du débat politique. Dans ce contexte, un ancien haut responsable de l'INAMI ort du silence et met directement en cause le fonctionnement du système de contrôle médical.
Dans une interview accordée à HLN, Roger Toelen, médecin et ancien conseiller général au sein de l’INAMI, affirme que les médecins-conseils chargés d’évaluer les incapacités de travail subissent depuis des années des pressions de la part des mutualités.
«Je veux le dire une fois clairement parce qu’il y a beaucoup de gens qui veulent bien faire leur travail mais qui sont empêchés de le faire», explique-t-il au média flamand.
«Des médecins ne se sentent pas indépendants»
Roger Toelen a travaillé près de trente ans au sein du système belge d’assurance maladie. Ancien médecin-conseil lui-même, il affirme avoir vu de nombreux collègues souffrir d’un manque d’autonomie dans leurs décisions.
«Pendant toute ma carrière, j’ai vu des médecins-conseils subir la pression des mutualités», affirme-t-il. Il raconte même avoir reçu, il y a quelques années encore, un médecin «en larmes» dans son bureau, épuisé par la situation.
Selon lui, certains médecins étaient convoqués lorsqu’ils retiraient ou refusaient une reconnaissance d’incapacité de travail à un affilié. Une situation qui aurait progressivement créé un malaise profond au sein de la profession.
L’ancien haut fonctionnaire assure également que plusieurs délégations de médecins-conseils ont demandé, à différentes reprises, à quitter les mutualités pour être rattachées à une structure publique indépendante. «Cette demande a toujours été refusée», déplore-t-il.
Un système jugé trop flou
Roger Toelen estime également que la définition belge de l’incapacité de travail laisse aujourd’hui trop de place à l’interprétation. «Je ne dis pas qu’il faut retirer massivement les allocations. Ceux qui ne peuvent pas travailler doivent être aidés. Mais il faut mieux déterminer qui est réellement capable de travailler», explique-t-il.
L’ancien responsable cite notamment une étude interne concernant les contrôles des malades de longue durée. Selon cette analyse, les décisions des médecins-conseils seraient très rarement contestées par l’Inami, alors que des erreurs potentielles auraient été identifiées dans un nombre bien plus important de dossiers.
Pour lui, ces chiffres démontrent que «quelque chose ne fonctionne pas correctement».
Les mutualités contestent
Les mutualités ont toujours rejeté toute accusation d’ingérence dans le travail des médecins-conseils. Elles affirment qu’une séparation claire existe entre la gestion administrative et les évaluations médicales.
Roger Toelen estime toutefois que leur influence reste importante au sein du système. «Les mutualités occupent une position très dominante dans le fonctionnement de l'INAMI», affirme-t-il encore.
Ces déclarations interviennent alors que les responsables de l’Inami et des mutualités ont été auditionnés ce mardi à la Chambre concernant l’explosion du nombre de malades de longue durée.
Le ministre fédéral des Affaires sociales Frank Vandenbroucke plaide depuis plusieurs mois pour un renforcement du suivi et du retour à l’emploi des personnes malades. Il s’est toutefois montré prudent sur l’idée de transférer rapidement les médecins-conseils vers une agence indépendante.
Roger Toelen juge pourtant cette réforme indispensable. «Aucune nouvelle mesure ne fonctionnera réellement si elle doit être appliquée par des médecins qui travaillent sous la bannière des mutualités», conclut-il.