Schaerbeek : Elke Van den Brandt (Groen) sous pression après un recours en justice de riverains
À Schaerbeek, la rue Colonel Bourg cristallise désormais un conflit ouvert entre riverains et la ministre autour de la sécurité routière. Les aménagements récents, censés protéger les usagers sont aujourd’hui contestés devant la justice. Réaction du bourgmestre (MR) Martin de Brabant.
Publié par A JS
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Résumé de l'article
À Schaerbeek, des riverains contestent en justice les aménagements soutenus par Elke Van den Brandt (Groen) rue Colonel Bourg, estimant qu’ils aggravent les risques malgré un accident mortel survenu en 2024.
Le comité de quartier "Mediapark Colonel Bourg", qui affirme fédérer quelque 600 riverains, a adressé un courrier au procureur du Roi de Bruxelles, Julien Moinil, une initiative rare qui démontre une fracture persistante sur la gestion de l’espace public bruxellois.
Objectif : dénoncer des aménagements jugés « accidentogènes » et alerter sur les risques persistants pour les usagers.
Les travaux réalisés au printemps par Bruxelles Mobilité auraient non seulement échoué à corriger les causes de l’accident survenu le 11 juillet 2024 — lorsqu’une cycliste avait été mortellement percutée par un camion — mais auraient au contraire aggravé certaines situations.
Des riverains qui dénoncent un effet inverse
Sur le terrain, les critiques s’accumulent. Les habitants décrivent une cohabitation devenue plus périlleuse entre bus (lignes 21 et 79), poids lourds, voitures et cyclistes. Ils évoquent des configurations générant des risques accrus de collisions, notamment dans les zones de virage où les véhicules empiètent sur les trajectoires voisines.
Les modifications ont également entraîné la suppression de onze places de stationnement, un point de crispation supplémentaire dans un quartier déjà sous pression. Mais au-delà de cette question, les riverains reprochent surtout aux autorités de ne pas avoir pris en compte leurs propositions, formulées dans les mois ayant suivi le drame.
Parmi les pistes avancées figurent l'élargissement la voirie au niveau du double virage, la création d'une piste cyclable clairement séparée et l'adaptation des angles pour éviter les conflits entre usagers. Autant de suggestions restées sans suite concrète par la ministre, selon le comité.
Des réserves claires du bourgmestre Martin de Brabant
« Dans un État de droit, le respect des procédures est fondamental. Il en va de la sécurité juridique des décisions publiques comme de la confiance des citoyens »
Contacté par 21News, le bourgmestre f.f. Martin de Brabant (MR) déclare :
« Le collège communal a rendu un avis sur le projet transmis par Bruxelles Mobilité en août 2025 », lequel « contenait des réserves claires, notamment sur certains dispositifs envisagés, comme les chicanes en ligne droite […] ainsi que sur la nécessité d’évaluer les aménagements et d’envisager des alternatives si nécessaire ».
L’élu souligne qu’« aujourd’hui, plusieurs préoccupations légitimes émergent », en particulier « concernant la suppression de places de stationnement, qui n’apparaissait pas explicitement dans les plans initiaux et suscite une incompréhension importante et légitime chez les riverains ».
Enfin, « des doutes ont été exprimés quant à la conformité urbanistique de ces aménagements », rappelle-t-il, insistant : « dans un État de droit, le respect des procédures est fondamental […] il en va de la sécurité juridique des décisions publiques comme de la confiance des citoyens ».
De son côté, Audrey Henry (MR), secrétaire d’État bruxelloise à l’Urbanisme nous confirme :
« Les discussions avec Bruxelles Mobilité se poursuivent de manière constructive. Nous devrions bientôt aboutir à une solution qui convient à l’ensemble des parties ».
Au sein du conseil communal, les positions restent partagées. Si certains, comme Mathias Gyselen (Ecolo-Groen), insistent sur la nécessité de privilégier la sécurité des usagers faibles, d’autres, à l’image de Salih Demirhan (Les Engagés), appellent à vérifier que les mesures prises répondent effectivement aux causes du drame initial.
La ministre Elke Van Den Brandt persiste
Face à ces critiques, la ministre bruxelloise de la Mobilité, Elke Van den Brandt (Groen) , défend les choix opérés :
« L’intervention s’inscrit dans une logique de sécurisation, assumant la réduction du stationnement si elle permet de protéger des vies ».
Cette position ne convainc pas une partie des acteurs locaux, qui dénoncent une approche jugée "trop condescendante". Lors du conseil communal du 22 avril, plusieurs élus ont mis en cause le manque de concertation et l’efficacité réelle du dispositif.
En saisissant le parquet, les riverains entendent désormais placer la ministre face à ses responsabilités. Ils demandent explicitement que les risques soient reconnus avant qu’un nouvel accident grave ne survienne.
Photos en © A JS - 21News