Margaux De Ré, PS, police : pourquoi Ecolo peine tant à sortir de la polémique
Après la polémique provoquée par Margaux De Ré, Ecolo peine à afficher une ligne claire. Derrière cet épisode se dessine un malaise plus profond : un parti affaibli électoralement, partagé entre une direction en quête de modération et des élus ancrés dans une gauche plus radicale.
Publié par Demetrio Scagliola
Résumé de l'article
- Ahmed Laaouej réclame toujours une réaction ferme d’Ecolo après les propos de Margaux De Ré sur les violences à Bruxelles.
- L’épisode révèle les tensions entre la nouvelle direction écologiste et plusieurs élus bruxellois et fédéraux très ancrés à gauche.
- Affaibli électoralement, Ecolo doit retrouver une ligne politique lisible sans provoquer une fracture avec sa base militante et parlementaire.
Après l’attaque du siège du PS bruxellois et le message sur les réseaux de la députée écologiste Margaux De Ré, Ahmed Laaouej avait demandé une réaction ferme de la direction d’Ecolo. Plusieurs jours plus tard, cette réaction ne vient toujours pas clairement. Derrière la polémique Margaux De Ré se dessine surtout un problème plus profond : celui d’un parti écologiste affaibli électoralement, tiraillé entre une direction qui veut réinstaller une ligne plus modérée et une partie de ses députés, surtout en région bruxelloise, qui reste ancrée dans une gauche militante, radicale voire carrément anti-système.
La séquence est révélatrice.
Après les dégradations commises contre le siège de la fédération bruxelloise du Parti socialiste, Ahmed Laaouej a condamné les violences et a appelé à ne pas confondre les casseurs avec l’ensemble de la jeunesse bruxelloise. Plusieurs leaders de parti, dont Georges-Louis Bouchez (MR), Yvan Verougstraete (Engagés) ou encore Sophie Rohonyi (Défi) ont rapidement condamné les violences et manifesté leur solidarité avec le PS et condamnent le recours à la violence.
Mais la a députée Ecolo Margaux De Ré, réagit dans un registre fort différent. « J'imagine que vous ciblez les casseurs en uniforme qui agissent sous l'autorité de votre bourgmestre (NDLR: le socialiste Philippe Close) et qui sont occupés à casser des jeunes mineurs. » Une sortie qui provoque immédiatement la colère du président du PS bruxellois.
Ahmed Laaouej ne se contente pas de répondre à l’élue, dont il qualifie les propos «d'odieux». Il interpelle directement la direction d’Ecolo : « La direction d’Ecolo doit prendre ses responsabilités. »
Le siège du PS bruxellois a été attaqué (ceux qui visent des jeunes de la diversité feraient mieux de se taire, on a des images) et cette députée écolo fait un commentaire odieux, là où on attend de la solidarité démocratique. La direction d’écolo doit prendre ses responsabilités pic.twitter.com/jTpdDgSYHQ
— Ahmed Laaouej (@AhmedLaaouej) October 18, 2026
Et c’est précisément là que commence le véritable sujet politique.
Une condamnation qui tarde à venir
Ce qui interroge aujourd’hui le PS et une grande partie du monde politique belge, ce n’est pas uniquement la déclaration de Margaux De Ré. C’est surtout la difficulté d’Ecolo à y répondre clairement.
Le parti a certes pu prendre ses distances avec certaines formulations. Mais, à ce stade, la critique semble davantage porter sur la forme de la sortie que sur son contenu politique.
Or, c’est précisément ce qui nourrit l’incompréhension.
Un responsable socialiste, qui suit depuis plusieurs jours la séquence d’Ecolo et s’étonne du manque de fermeté du parti, nous confie : « C’est totalement incompréhensible. Ils ne peuvent pas se redresser en utilisant le même vocabulaire que LFI, surtout qu’Ecolo était aussi à la Ville de Bruxelles jusqu’en 2024, où Philippe Close était déjà évidemment responsable de la police et où rien n’a fondamentalement changé depuis. »
Une réaction qui résume assez bien le sentiment qui domine dans certains cercles socialistes: comment un parti démocratique peut-il ne pas condamner clairement une déclaration qui, en pleine polémique sur des violences visant le siège d’un autre parti démocratique, accuse des policiers d’être eux-mêmes des « casseurs » ? Qui plus est au service d'un homme, à savoir le bourgmestre de la capitale du pays. Les propos sont d'une gravité rare et l'absence d'une réaction claire, ferme et définitive, est révélateur d'un malaise plus profond chez les Ecologistes. Il aurait suffi d'une mise au point rapide et crédible pour clôturer la séquence. Au lieu de cela, Ecolo a joué la carte de la montre , une stratégie qui pourrait nuire au parti et laisser des traces dans les relations entre deux partis (le PS et Ecolo) qui sont pourtant des alliés naturels du paysage politique belge. En ne condamnant pas fermement les propos de sa députée, Ecolo risque de détériorer ses relations avec un parti dont il aura besoin pour revenir au pouvoir : le PS…
Le MR ne comprend pas davantage la séquence. Plusieurs responsables libéraux ont dénoncé les violences visant le siège du PS et les propos de Margaux De Ré, dont le ministre de l’Intérieur, Bernard Quintin, qui a déclaré au sujet de la députée Ecolo : « Elle n’a plus sa place au Parlement. »
Mais pourquoi Ecolo est-il aussi prudent ?
Ecolo n’est plus le parti de 2009
Pour comprendre cette prudence, il faut regarder l’état actuel d’Ecolo. La formation a connu plusieurs défaites électorales et a considérablement perdu de son poids politique.
Cette nouvelle réalité modifie également les rapports de force internes.
Ecolo dispose aujourd’hui d’un nombre beaucoup plus limité d’élus susceptibles d’incarner les différentes sensibilités du parti. Parmi les parlementaires bruxellois, plusieurs figures portent une ligne très marquée à gauche, comme Kalvin Soiresse, Margaux De Ré et Farida Tahar, mais aussi d’autres élus issus de cette génération militante.
Au niveau fédéral, on retrouve également des députées très marquées à gauche, comme Rajae Maouane ou Sarah Schlitz. On est loin de la tendance plus modérée incarnée, il y a quelques années, par Jean-Michel Javaux.
Le problème de Vanden Burre
C’est ici que la situation devient particulièrement délicate pour les nouveaux coprésidents.
En mars 2026, Gilles Vanden Burre et Marie-Colline Leroy ont été élus à la coprésidence fédérale d’Ecolo, sans autre candidature, avec 584 voix pour, 12 voix contre et 18 abstentions.
Le parti dispose de peu de ressources et n’a pas véritablement connu d’élections internes permettant de trancher entre différentes orientations politiques. La marge de manœuvre de la nouvelle direction est donc très faible.
La direction doit ainsi composer avec une réalité particulière : elle veut reconstruire une crédibilité politique et électorale, mais elle ne peut pas se couper brutalement des quelques élus qui continuent à faire vivre la marque Ecolo dans les parlements.
C’est là que se trouve peut-être la clé de la séquence Margaux De Ré.
Gilles Vanden Burre et la direction peuvent-ils réellement recadrer fermement une députée sans prendre le risque d’ouvrir un conflit avec une partie de leur propre base militante et parlementaire ?
La communication actuelle donne une impression de « mi-figue, mi-raisin » qui ne satisfait personne.
D’un côté, la direction sait parfaitement qu’Ecolo ne peut pas donner l’impression de cautionner des propos qui mettent directement en cause les policiers après l’attaque du siège d’un parti démocratique. De l’autre, elle sait aussi qu’une condamnation trop ferme de Margaux De Ré pourrait être très mal vécue par une partie de la base écologiste.
Le parti se retrouve donc dans une position très inconfortable. Les autres formations politiques l’ont parfaitement compris et vont continuer à appuyer là où cela fait mal.