Méga-feux : il faut renoncer à la végétalisation aveugle des villes (analyse)
Les incendies ne menacent plus seulement le sud de l’Europe ou les zones rurales. Ils peuvent désormais atteindre les périphéries urbaines et se propager de bâtiment en bâtiment. La réponse ne consiste toutefois pas à supprimer les arbres dans les villes, mais à renoncer aux plantations inflammables, continues et insuffisamment entretenues.
Publié par Nicolas de Pape
Résumé de l'article
La végétalisation ne peut plus être un slogan esthétique ou écologique.
Elle doit devenir une infrastructure surveillée et entretenue comme le sont les égouts, les tunnels ou les réseaux électriques.
À défaut, certains aménagements conçus pour rendre les villes plus agréables lors des canicules pourraient effectivement devenir, pendant les sécheresses, des facteurs supplémentaires de propagation du feu.
D'autant que le rétrécissement récurrent et aveugle des voiries complexifie les mouvements des pompiers.
Pendant des années, la végétalisation des villes a été présentée comme une réponse presque universelle au réchauffement : arbres d’alignement, façades végétales, toitures vertes, « forêts urbaines » et places transformées en jardins. Les récents incendies montrent pourtant que cette politique ne peut plus être conduite sans prendre en compte le risque d’incendie.
Le cas de Fontainebleau
Ce risque gagne en effet des régions longtemps considérées comme relativement épargnées. En juillet 2026, les feux de Fontainebleau ont parcouru environ 2.000 hectares, soit près de 10 % d’un massif de plus de 22.000 hectares. Les flammes ont notamment touché les secteurs des Trois-Pignons, du Bois-Rond et de la Faisanderie, entraînant l’évacuation ou la mise en sécurité de communes proches. Il s’agit d’un incendie majeur, même si le terme de « mégafeu », généralement réservé à des surfaces beaucoup plus importantes, doit être employé avec prudence.
L’Office national des forêts rappelle également que le massif se situe à une soixantaine de kilomètres au sud-est de Paris : cet épisode ne signifie donc pas que le centre de la capitale française était directement menacé, mais il démontre que l’Île-de-France n’est plus à l’abri d’un incendie de grande ampleur.
Bordeaux presque menacée
En Gironde, l’alerte a été plus spectaculaire encore. Le feu déclaré le 22 juillet a parcouru quelque 42.000 hectares de forêts, principalement des pinèdes, et entraîné l’évacuation d’environ 220.000 habitants et vacanciers. À son point le plus critique, il se trouvait à une quinzaine ou une trentaine de kilomètres de Bordeaux, selon les moments, et plusieurs communes de la périphérie occidentale ont été évacuées.
La ville de Bordeaux elle-même ne l’a pas été, mais elle s’est préparée à une éventuelle aggravation. L’épisode a donc montré qu’un front de flammes pouvait désormais menacer une grande métropole française sans nécessairement pénétrer dans son centre.
Même le littoral du Pas-de-Calais a été touché les 12 et 13 août. Plusieurs foyers apparus dans les dunes et les espaces boisés entre Neufchâtel-Hardelot, Dannes et Camiers ont parcouru environ 180 hectares. Une maison a été détruite et les quelque 1.200 occupants du camping Cristal d’Opale ont été évacués, avant de pouvoir regagner les lieux. Une enquête pour destruction volontaire par incendie a été ouverte. Ce feu n’était nullement un « mégafeu », mais sa localisation dans une région septentrionale et à proximité de zones habitées confirme l’élargissement géographique du danger notamment pour les Belges.
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