Rima Hassan, une inconnue qui a percé par sa radicalité et ses dérapages. Les courants les plus radicaux gagnent la bataille à gauche ?
En quelques mois, Rima Hassan est devenue l’une des figures les plus visibles de LFI et de la gauche radicale française. Son ascension illustre une recomposition politique où les courants les plus radicaux imposent davantage les thèmes et l’agenda.
Publié par J.PE
Résumé de l'article
Le parcours de Rima Hassan, de son engagement pour les réfugiés palestiniens à son élection au Parlement européen, illustre la montée en influence d’une gauche radicale plus apte à imposer ses thèmes, ses batailles culturelles et ses mots d’ordre.
Il y a trois ans encore, Rima Hassan était inconnue du grand public. En quelques mois, la juriste spécialisée dans les réfugiés palestiniens est devenue l'une des figures les plus visibles de La France insoumise et de la gauche radicale française. Son ascension raconte autant une trajectoire personnelle qu'une mutation politique : celle d'une gauche de rupture qui prend l'ascendant sur une social-démocratie en perte de vitesse. De la France aux États-Unis, les courants les plus radicaux semblent désormais mieux armés pour imposer les thèmes et l'agenda de la gauche.
Rima Hassan ne vient pourtant pas de nulle part. Née en 1992 dans le camp palestinien de Neirab, près d'Alep, elle arrive en France à une dizaine d'années. Sa mère, engagée de longue date pour la cause palestinienne, lui transmet très tôt une identité politique fortement structurée autour de cette question. Rima Hassan raconte elle-même avoir grandi avec des affiches et des photographies de la seconde Intifada dans l'appartement familial.
La jeune femme poursuit des études de droit, obtient un master en droit international à la Sorbonne et consacre son mémoire à la notion d'« apartheid » appliquée à Israël. Elle entame ensuite un doctorat avant de créer en 2019 l'Observatoire des camps de réfugiés. Elle travaille également auprès de l'OFPRA et de la Cour nationale du droit d'asile. À cette époque, son engagement est déjà très marqué par la Palestine, mais son positionnement apparaît encore plus mesuré qu'il ne le deviendra par la suite.
Le tournant intervient progressivement en 2022. Après la mort de la journaliste palestinienne Shireen Abu Akleh, Rima Hassan adopte sur les réseaux sociaux un ton beaucoup plus offensif. Un ancien camarade cité par Le Figaro évoque alors « une posture de radicalité ». Ses interventions sur France 5, notamment dans C ce soir, lui permettent de transformer cette nouvelle visibilité militante en notoriété médiatique.
Le 7 octobre 2023 et la guerre qui s'ensuit vont accélérer cette trajectoire. La question palestinienne devient centrale dans le débat public français et Rima Hassan s'impose comme l'un des visages les plus visibles de cette mobilisation. Son entrée sur la liste LFI aux européennes de 2024 puis son élection au Parlement européen consacrent une ascension politique particulièrement rapide.
Sa réussite repose en grande partie sur une mécanique devenue centrale dans la politique contemporaine : la polémique nourrit la visibilité, la visibilité nourrit la mobilisation et la mobilisation nourrit à son tour la polémique. Rima Hassan maîtrise particulièrement bien les réseaux sociaux et les codes d'une époque où une déclaration clivante peut produire davantage d'impact qu'un long programme électoral.
Cette stratégie individuelle rejoint une évolution plus profonde de la gauche occidentale. La social-démocratie traditionnelle s'est construite sur le compromis, la négociation et la recherche de majorités larges. Elle apparaît aujourd'hui beaucoup moins capable de fixer les termes du débat que les courants les plus radicaux.
En France, La France insoumise a réussi à occuper un espace politique que le Parti socialiste et les autres formations de centre gauche peinent à reconquérir. Aux États-Unis, le Parti démocrate connaît lui aussi une poussée de ses courants les plus radicaux. Le phénomène ne signifie pas que les électeurs soient devenus massivement d’extrême gauche. Il signifie plutôt que la gauche radicale est devenue particulièrement efficace pour imposer certains thèmes, certaines batailles culturelles et certains mots d'ordre.
Rima Hassan en est une incarnation française particulièrement visible. Elle n'est pas nécessairement la représentante d'une majorité électorale, mais elle appartient à une génération politique qui a compris que l'influence peut précéder la majorité.
Son parcours judiciaire ajoute une autre dimension à cette trajectoire. Plusieurs plaintes et enquêtes ont été engagées autour de ses déclarations et de ses publications relatives au conflit israélo-palestinien.
Une autre procédure concerne une publication relative à l'attaque de l'aéroport de Lod en 1972. Rima Hassan a été placée en garde à vue puis convoquée devant le tribunal correctionnel de Paris pour des faits d'« apologie du terrorisme ». Le procès, initialement prévu en juillet 2026, a été renvoyé aux 19 et 20 octobre. Là encore, la procédure suit son cours et la justice devra se prononcer.
Ce qui frappe finalement dans l'ascension de Rima Hassan, c'est sa vitesse. Il y a quelques années encore, elle était essentiellement connue dans les milieux spécialisés de la défense des réfugiés. Elle est désormais députée européenne et l'une des personnalités les plus identifiées de la gauche radicale française.
Cette trajectoire raconte quelque chose de la transformation de la gauche. L'ancienne social-démocratie cherchait à rassurer avant de gouverner. La nouvelle gauche radicale cherche d'abord à mobiliser. L'une privilégie le compromis ; l'autre assume la confrontation. L'une cherche à élargir son électorat ; l'autre sait transformer une minorité fortement mobilisée en force d'influence.
C'est pourquoi Rima Hassan est davantage qu'un phénomène individuel. Elle est le symptôme d'une recomposition politique plus large. Son histoire personnelle explique son engagement ; sa radicalisation progressive explique en partie sa visibilité ; son utilisation des réseaux sociaux explique son accélération médiatique.
La question est désormais de savoir si cette gauche de rupture peut transformer son avance dans la bataille culturelle en majorité politique durable. En France comme aux États-Unis, la gauche modérée conserve des forces considérables. Mais elle est confrontée à un problème de taille : elle dispose encore d'élus, de partis et d'une histoire, tandis que ses concurrents radicaux semblent disposer de quelque chose de plus difficile à reconstruire : l'énergie politique.
Rima Hassan n'est donc peut-être pas seulement une nouvelle figure de la gauche radicale. Elle pourrait être l'un des visages d'une époque où, à gauche, ceux qui prennent le plus de risques, provoquent le plus de débats et assument le plus franchement la rupture sont aussi ceux qui parviennent le mieux à occuper l'espace politique.