Nouvelle restriction au Koweït : les naturalisés privés de droit de vote
Les Koweïtiens ayant acquis leur nationalité par naturalisation ne pourront désormais plus voter. Ce nouveau durcissement intervient alors que le Parlement reste dissous et que le pays mène une vaste révision de ses règles de citoyenneté.
Publié par A JS
Résumé de l'article
Le Koweït interdit désormais à tous ses citoyens naturalisés de voter. Le décret prolonge une politique de durcissement de la nationalité marquée par des dizaines de milliers de déchéances et intervient alors que l’Assemblée nationale reste suspendue depuis mai 2024.
L’émir du Koweït, Mechaal al-Ahmad al-Jaber al-Sabah, a approuvé dimanche un décret retirant aux citoyens naturalisés le droit de vote. La mesure complète une série de réformes controversées engagées depuis son accession au pouvoir, en décembre 2023.
L’agence officielle Kuna a annoncé la promulgation d’un décret modifiant plusieurs dispositions de la loi koweïtienne sur la nationalité. Le texte prévoit que les personnes ayant acquis la citoyenneté par naturalisation ne pourront plus voter, se présenter à une élection ni être nommées dans une instance parlementaire.
Cette dernière interdiction existait déjà en partie. Jusqu’à présent, les citoyens naturalisés pouvaient participer aux élections après un délai de 30 ans. Ils ne peuvent toutefois ni se porter candidats ni être nommés membres d’un organe parlementaire. Cette période d’attente figurait dans la loi sur la nationalité adoptée en 1959.
Le nouveau décret supprime donc définitivement la possibilité, même différée, de prendre part au vote. Sa portée immédiate demeure néanmoins limitée puisque le Koweït ne dispose plus, actuellement, d’un Parlement en activité.
Une Assemblée nationale suspendue depuis 2024
L’émir a dissous l’Assemblée nationale en mai 2024, quelques semaines seulement après des élections législatives. Il a également suspendu certaines dispositions de la Constitution pour une durée pouvant atteindre quatre ans.
Les prérogatives du Parlement ont depuis été transférées à l’émir et au gouvernement. Mechaal al-Ahmad al-Jaber al-Sabah avait alors justifié cette décision par la nécessité de mettre fin aux blocages politiques et de réexaminer le fonctionnement démocratique du pays. Le Parlement koweïtien disposait jusqu’alors de pouvoirs plus étendus que les assemblées des autres monarchies du Golfe.
L’Assemblée nationale compte 50 députés élus. Elle pouvait interpeller les ministres, provoquer des votes de défiance et ralentir certains projets du gouvernement. Ces pouvoirs ont régulièrement alimenté des affrontements entre les élus, souvent issus de l’opposition, et les membres du gouvernement désignés par la famille régnante.
Ces tensions ont entraîné plusieurs dissolutions et élections anticipées. Aucun Parlement koweïtien n’a achevé un mandat complet depuis 2016. La suspension décidée en 2024 a cependant marqué une rupture plus profonde puisqu’aucun nouveau scrutin ne doit obligatoirement être organisé à court terme.
Des dizaines de milliers de nationalités retirées
Le décret intervient également dans le cadre d’une vaste campagne de réexamen de la nationalité. Depuis 2024, des dizaines de milliers de personnes ont perdu leur citoyenneté koweïtienne. Les autorités affirment vouloir lutter contre les naturalisations frauduleuses, les fausses déclarations et les situations de double nationalité, interdites dans le pays.
La campagne ne s’est toutefois pas limitée aux cas de fraude présumée. Elle touche des femmes étrangères naturalisées après leur mariage avec un Koweïtien, ainsi que des artistes et différentes personnalités auxquelles la citoyenneté avait été accordée en raison de leur contribution à la société.
Une précédente réforme a supprimé la possibilité, réservée aux femmes étrangères, d’obtenir la nationalité par mariage. Les autorités ont également retiré leur citoyenneté aux femmes qui l’avaient acquise de cette manière depuis 1987.
Selon les données rapportées en mars 2025, environ 42.000 personnes avaient déjà perdu leur nationalité en six mois. Cette politique a suscité des critiques, notamment en raison du risque d’apatridie et de ses conséquences sur l’accès aux services publics, aux pensions ou à l’emploi. Une analyse du Carnegie Endowment relevait également que ces retraits étaient devenus l’un des principaux sujets de mécontentement depuis la suspension du Parlement.
Une citoyenneté de plus en plus restrictive
Ces réformes tendent à réserver davantage la citoyenneté aux personnes disposant de liens familiaux directs avec le pays. Elles peuvent aussi modifier durablement la composition du corps électoral si des élections parlementaires sont rétablies.
La question est particulièrement sensible au Koweït. Sur les quelque cinq millions d’habitants de ce riche État pétrolier, seuls environ un tiers possèdent la nationalité koweïtienne. La majorité de la population est formée de travailleurs étrangers, dépourvus de droits politiques.
En excluant désormais tous les naturalisés du vote, les autorités établissent une distinction politique permanente entre les citoyens de naissance et ceux ayant acquis la nationalité.
Cette décision confirme le durcissement engagé par l’émir, tant dans la définition de l’identité nationale que dans l’organisation politique du pays.