Philippe Bouvard est mort à 96 ans, une voix historique de RTL disparaît
Philippe Bouvard est mort ce lundi à l’âge de 96 ans. Journaliste, animateur, écrivain et homme de radio, il restera surtout associé aux « Grosses Têtes », émission qu’il avait créée sur RTL en 1977 et dont il a fait pendant des décennies l’un des rendez-vous les plus populaires de la radio française.
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
Philippe Bouvard est mort à l’âge de 96 ans. Journaliste, écrivain et figure historique de RTL, il avait créé les « Grosses Têtes » en 1977 et marqué près de soixante ans de radio.
Philippe Bouvard est décédé ce lundi matin à l’âge de 96 ans, a annoncé RTL. Selon sa femme, citée à l’antenne par la station, l’animateur s’est éteint « en douceur » aux alentours de 8 heures.
Avec lui disparaît l’une des figures les plus immédiatement reconnaissables de l’histoire de la radio française. Une voix, un débit, une manière de distribuer les bons mots et surtout un art de faire parler les autres qui avaient fini par constituer un style à part entière.
Durant près de soixante ans, Philippe Bouvard aura touché à pratiquement tout : presse écrite, radio, télévision, littérature, théâtre et chronique mondaine.
Le père des « Grosses Têtes »
Sa création la plus célèbre reste évidemment Les Grosses Têtes, lancées sur RTL en 1977.
Autour de lui défilent au fil des décennies Jacques Martin, Jean Dutourd, Jacques Balutin, Léon Zitrone, Carlos, Philippe Castelli, Sim, Michel Galabru, Olivier de Kersauson, Isabelle Mergault ou encore Bernard Mabille.
Le principe est simple et extraordinairement efficace : réunir autour d’une table des personnalités capables de répondre à des questions de culture générale, mais surtout de provoquer, raconter, improviser et faire rire.
Bouvard dirige l’ensemble avec une autorité discrète. Il relance, coupe, distribue la parole et sait surtout laisser ses sociétaires se mettre eux-mêmes en valeur. Au milieu des années 1990, l’émission dépasse les deux millions d’auditeurs quotidiens.
Elle devient également un succès télévisé sur TF1 dans les années 1990, certaines éditions réunissant plusieurs millions de téléspectateurs.
Écarté une première fois par RTL en 2000, Philippe Bouvard est rappelé après la chute brutale des audiences. Il quitte finalement la présentation des Grosses Têtes en 2014, remplacé par Laurent Ruquier.
Du Figaro à France-Soir
Avant de devenir une vedette des ondes, Philippe Bouvard était d’abord un homme de presse.
Né à Paris le 6 décembre 1929, il manifeste très tôt son goût pour l’écriture. Son parcours scolaire est nettement moins brillant : trois échecs au baccalauréat, puis un passage mouvementé au Centre de formation des journalistes, dont il est finalement exclu.
La légende veut qu’une appréciation ait alors prédit qu’il n’était « pas doué pour le journalisme » mais réussirait dans les « professions commerciales ». La suite aura quelque peu démenti le pronostic.
Entré au Figaro au début des années 1950, d’abord comme garçon de courses puis comme rédacteur, il se fait rapidement remarquer dans la chronique parisienne et mondaine. Il cultive déjà cette ironie mordante qui deviendra sa marque de fabrique.
Il travaillera également pour le Figaro Magazine, Paris Match et surtout France-Soir, dont il sera l’une des grandes figures. Sa carrière dans la presse écrite s’étendra sur plusieurs décennies.
Le Petit Théâtre de Bouvard, pépinière d’humoristes
Philippe Bouvard a également profondément marqué la télévision. Avec Le Petit Théâtre de Bouvard, lancé sur Antenne 2 en 1982, il offre une scène à une génération entière de jeunes humoristes alors inconnus.
On y découvre notamment Didier Bourdon, Bernard Campan et Pascal Légitimus, futurs Inconnus, mais aussi Muriel Robin, Philippe Chevallier et Régis Laspalès.
L’émission devient une véritable pépinière de talents et participe à installer Bouvard dans une position rare : non seulement animateur populaire, mais aussi découvreur et promoteur d’humoristes.
Son style, lui, ne change guère. Caustique, volontiers grivois, parfois cruel, il revendique une conception très française du trait d’esprit et du bon mot.
« Un vieux con, mais pas blasé »
Philippe Bouvard avait fait de sa propre personnalité une matière journalistique.
Dans Je crois me souvenir... 60 ans de journalisme, publié en 2013, il résumait son existence d’une formule qui lui ressemble : « J’ai été un jeune sacripant, mais pas flemmard, avant de devenir un vieux con, mais pas blasé. »
Il revendiquait plus de 15.000 heures de télévision et 25.000 heures de radio. Il aura aussi publié des dizaines de livres, romans, recueils, chroniques et souvenirs.
Sa manière d’écrire était immédiatement identifiable : phrase courte, ironie sèche, goût du paradoxe et plaisir de viser les puissants, les mondains et parfois lui-même.
À propos de son œuvre abondante, il plaisantait : « Avoir tellement écrit sans laisser une œuvre, quelle performance ! »
Et jusqu’à un âge très avancé, il supportait mal l’idée de disparaître du paysage médiatique. « L’idée qu’on puisse se passer de moi m’est insupportable », confiait-il encore.
Soixante ans à RTL
Son nom restera surtout indissociable d'RTL, où il aura passé près de six décennies. Même après avoir abandonné les Grosses Têtes, Philippe Bouvard continua d’intervenir sur la station et avait annoncé vouloir définitivement prendre sa retraite après avoir atteint le symbole de soixante ans de radio et de présence à RTL.
L’homme qui assurait ne pas aimer les enterrements au point de vouloir « faire le mort » pour éviter le sien aura donc tiré sa révérence avec cette dernière ironie involontaire : après une carrière passée à commenter le monde, c’est désormais tout le paysage médiatique français qui commente sa disparition.