Pétrole à 106 dollars : JPMorgan estime que le marché se prépare déjà à un nouveau choc d’offre
Dans une note publiée mercredi, JPMorgan reconnaît ne plus disposer de scénario de référence pour l’issue de la crise iranienne. Avec un Brent à 106 dollars, la banque estime que les marchés intègrent déjà le risque de nouvelles pertes massives d’approvisionnement.
Publié par Harrison du Bus
« Pour la première fois depuis le début du conflit iranien, nous n’avons pas de scénario de référence. Nous ne savons tout simplement pas comment modéliser l’issue de la crise. » L’aveu est inhabituel pour une grande banque d’investissement. Dans sa dernière note hebdomadaire consacrée au pétrole, datée du 17 septembre, JPMorgan décrit un marché devenu particulièrement difficile à prévoir.
Au début du conflit, ses analystes pensaient pouvoir identifier les lignes rouges économiques susceptibles de pousser Washington vers une désescalade : un baril à 100 dollars, une essence américaine proche de 5 dollars le gallon, une inflation générale à 4 % ou encore un rendement du Treasury américain à dix ans dépassant 5 %. Six mois plus tard, plusieurs de ces seuils ont été franchis, constate la banque, sans qu’une stratégie de sortie du conflit ne se dessine clairement.
Une prime de risque de 16 dollars
Le Brent s’échange actuellement autour de 106 dollars le baril, alors que JPMorgan évalue sa « juste valeur » pour septembre à environ 90 dollars compte tenu des conditions actuelles d’offre et de demande. Cette différence de 16 dollars constitue donc, selon ses analystes, une importante prime de risque géopolitique.
La banque utilise une règle empirique selon laquelle chaque million de barils par jour retiré du marché ajoute environ 4 dollars au cours du pétrole. La prime actuelle signifie ainsi que les investisseurs intègrent le risque de voir disparaître 4 millions de barils quotidiens supplémentaires, en plus des quelque 10 millions de barils par jour dont l’approvisionnement est déjà perturbé.
Il ne s’agit donc pas, à ce stade, d’une nouvelle perte effectivement constatée, mais du risque que le marché attribue à une aggravation du conflit. « Le marché est sur les nerfs », résume JPMorgan.
La tension est également perceptible à la pompe aux États-Unis. L’essence atteint 4,37 dollars le gallon, un record corrigé des variations saisonnières selon la banque. Plus préoccupant encore à l’approche de l’hiver, le diesel se négocie autour de 6,31 dollars le gallon alors que les stocks se trouvent à des niveaux historiquement faibles.
De Bab el-Mandeb aux raffineries russes
Les nouveaux foyers de tension se multiplient. JPMorgan cite les avancées des Houthis sur la côte yéménite de la mer Rouge et dans le détroit de Bab el-Mandeb, passage stratégique pour le commerce maritime mondial. Une attaque contre l’oléoduc Est-Ouest de l’Arabie saoudite a également interrompu temporairement une voie alternative importante pour les exportations de brut.
La volatilité dépasse désormais largement le Golfe. Les analystes relèvent également les nouvelles frappes ukrainiennes contre plusieurs installations pétrolières russes, notamment les raffineries de Slavyansk et de Taneco, au Tatarstan, à plus de 1.200 kilomètres de la frontière ukrainienne.
Pour JPMorgan, l’accumulation de ces risques rend de plus en plus fragile l’hypothèse d'un choc pétrolier simplement temporaire. La banque ne perçoit actuellement « aucun signal clair » indiquant que Washington ou Téhéran seraient prêts à désamorcer la crise.
En l’absence de percée diplomatique, les marchés pourraient donc continuer à intégrer durablement une importante prime géopolitique dans les cours de l’énergie. Une perspective lourde de conséquences pour les économies importatrices, déjà confrontées à la hausse des prix de l’énergie et des coûts de financement.