Pourquoi la rentrée du gouvernement Arizona peut vite devenir explosive...
La rentrée du gouvernement Arizona s’ouvre sur un défi explosif: trouver 10 milliards d’euros d’ici 2029. Entre effort budgétaire, tensions sur la fiscalité et équilibres fragiles au sein de la majorité, les négociations s’annoncent particulièrement difficiles.
Publié par Demetrio Scagliola
Résumé de l'article
- Le gouvernement Arizona entre dans une rentrée décisive, avec un objectif budgétaire colossal: dégager 10 milliards d’euros d’ici 2029 pour assainir les finances publiques.
- Les négociations s’annoncent très délicates, entre pistes fiscales sensibles, économies difficiles à arbitrer et contexte économique tendu.
- Le conclave budgétaire sera aussi un test politique majeur pour Bart De Wever et Georges-Louis Bouchez, contraints de défendre leurs lignes dans une coalition sous pression.
Sommaire
- Une reprise en douceur, avant la vraie bataille
- Les 10 milliards, ou l’équation presque impossible
- TVA, niches fiscales et économies: aucun levier n’est indolore
- Un test pour Georges-Louis Bouchez
- De Wever dans le rôle d'arbitre
- Une opposition déjà en ordre de bataille
- Septembre, mois de tous les dangers
La rentrée politique du gouvernement Arizona ne se fera pas dans la sérénité. Derrière une reprise encore feutrée, c’est un affrontement budgétaire d’une rare intensité qui se profile. D’ici à la fin de la législature, la coalition menée par Bart De Wever devra dégager 10 milliards d’euros supplémentaires pour assainir les finances publiques.
L’objectif est connu depuis plusieurs mois. La coalition avait d'abord prévu de boucler le budget avant le 21 juillet. Mais très vite, les partenaires de la majorité ont compris qu'il valait mieux reporer l'exercice à la rentrée, avec un atterissage prévu vers le mois d'octobre.
Mais à mesure que l(échéance se rapproche, une évidence s’impose: le plus dur commence maintenant. Car trouver 10 milliards sur le papier est une chose. Les trouver politiquement, sans faire exploser la majorité, en est une autre.
Bart De Wever lui-même ne cherche plus à adoucir le diagnostic. Dans une interview accordée au podcast face B de RTL-TVi, le Premier ministre a reconnu la brutalité du moment: "Nous sommes dans une situation où tout le monde va ressentir les conséquences de ce que nous faisons, peu importe comment nous le faisons." Il a également confié qu’il dormait mal et pensait beaucoup à ce rendez-vous budgétaire, signe que l’enjeu dépasse de loin une simple séquence technique.
Une reprise en douceur, avant la vraie bataille
Officiellement, la rentrée fédérale se fait encore à bas bruit. Bart De Wever doit d’abord s’envoler vers l’Inde pour une visite de deux jours avant l’ouverture réelle des discussions budgétaires. Un conseil des ministres électronique est aussi attendu, avec notamment le dossier Belfius à l’agenda. La privatisation partielle de la banque, via la cession de 20 % du capital, pourrait rapporter environ 2 milliards d’euros à l’État.
Mais ce ballon d’oxygène éventuel ne change pas la nature du problème. Le coeur de la rentrée, c’est bien le conclave budgétaire attendu dans les prochaines semaines. Et, dans les coulisses, chacun sait que ce rendez-vous constituera un test majeur pour la solidité de l’Arizona.
Pour l’instant, les vice-Premiers restent prudents. Peu de sorties, peu de lignes rouges affichées, peu de provocations publiques. Ce silence inhabituel n’est pas forcément le signe d’un apaisement durable. Il ressemble davantage à une phase d’observation. Personne ne veut apparaître trop tôt comme celui qui aura bloqué la recherche d’un accord.
Les 10 milliards, ou l’équation presque impossible
Sur le fond, la difficulté est double. D’abord parce que les finances publiques continuent de se dégrader malgré les efforts déjà consentis. Ensuite parce que les marges de manoeuvre politiquement acceptables se réduisent à vue d’oeil.
À cela s’ajoutent une croissance moins dynamique qu’espéré, des besoins accrus en matière de défense, un environnement international incertain et le poids grandissant des charges d’intérêt. Dans ce contexte, l’effort de 10 milliards n’apparaît plus seulement comme un objectif comptable. Il devient un choix de société autant qu’un casse-tête budgétaire.
TVA, niches fiscales et économies: aucun levier n’est indolore
L’accord de majorité encadre en principe la méthode: une petite partie de l’effort devra venir des recettes, mais l’essentiel devra reposer sur d’autres leviers, notamment la réduction de dépenses. Sur le terrain, cela ne suffira pas à éviter les crispations.
Parmi les pistes déjà évoquées, la TVA revient avec insistance. C’est l’option que beaucoup redoutent et que certains jugent presque inévitable. Problème: politiquement, c’est l’une des mesures les plus inflammables, parce qu’elle touche largement la population et pèse proportionnellement plus sur les ménages modestes.
D’autres regardent du côté des niches fiscales, de certaines distorsions entre catégories de contribuables ou encore de mécanismes comme les sociétés de management. Là aussi, les montants peuvent être importants, mais chaque correction crée de nouveaux perdants et rallume aussitôt des fronts politiques.
Autrement dit, il n’existe pas de gisement budgétaire indolore. Chaque piste sérieuse combine un coût économique, un coût social ou un coût politique. Souvent les trois.
Un test pour Georges-Louis Bouchez
L’un des enjeux centraux de cette rentrée budgétaire sera aussi la capacité de Georges-Louis Bouchez à tenir la ligne qu’il défend depuis des mois: pas de recettes nouvelles, mais des dépenses en moins. Sur le principe, la position est claire. Dans la pratique, elle sera mise à rude épreuve par l’ampleur de l’effort à fournir et par la réalité des négociations au sein de la coalition. Et puis, on l'a déjà rappelé, l'accord de coalition prévoit qu'une partie de l'effort, autour des 10%, proviennent de nouvelles recettes. Mais lesquelles... Pour Bouchez et le MR, l'enjeu est importaht pour faire remonter des sondages décevants depuis des mois. Apparaître comme les défenseurs de la classe mpoyenne et de ceux qui travaillent constituent l'objectif des Libéraux.
Car en face, Bart De Wever a déjà préparé le terrain. Le Premier ministre a prévenu que les efforts concerneraient tout le monde, "peu importe comment" ils seraient décidés. Le message est limpide: dans un contexte aussi contraint, aucun parti ne pourra espérer sortir intact des arbitrages à venir, et chacun devra sans doute mettre de l’eau dans son vin.
Pour le président du MR, l’exercice s’annonce délicat. Défendre une ligne stricte contre de nouvelles recettes est politiquement lisible. Mais elle sera beaucoup plus difficile à maintenir dans une discussion où les marges se réduisent, où les besoins budgétaires restent massifs et où plusieurs partenaires pousseront d’autres pistes, notamment fiscales.
Plus qu’un simple rapport de force avec ses partenaires, cette séquence dira jusqu’où Georges-Louis Bouchez est capable de préserver sa cohérence politique sans se retrouver isolé autour de la table.
De Wever dans le rôle d'arbitre
Pendant longtemps, la N-VA et le MR ont pu apparaître comme des alliés naturels sur le terrain socio-économique. Mais la logique gouvernementale change les rôles. Installé au 16 rue de la Loi, Bart De Wever n’est plus seulement le chef d’un parti. Il est devenu l’homme chargé de faire tenir ensemble une coalition aux intérêts divergents.
Son objectif est clair: remettre les finances sur une trajectoire compatible avec les engagements européens et éviter l’emballement de la dette. Cette responsabilité pourrait le conduire à défendre des compromis éloignés de la pure orthodoxie partisane.
C’est tout le paradoxe de cette rentrée: le Premier ministre devra peut-être convaincre ses propres alliés idéologiques d’accepter ce qu’ils auraient combattu en d’autres circonstances.
Une opposition déjà en ordre de bataille
Face à cette majorité sous pression, l’opposition reprend de la voix. À gauche, plusieurs responsables expliquent qu’il serait possible de trouver 10 milliards autrement, en ciblant davantage les secteurs à forts bénéfices, les patrimoines les plus élevés ou certaines grandes rentes.
Ces prises de position qui peuvent apparaître simplistes voire irréalistes, ont tout de même une efficacité politique évidente: elles permettent de renvoyer l’image d’un gouvernement qui ferait payer tout le monde faute d’avoir voulu choisir clairement ses priorités.
Mais, dans les faits, la critique se heurte à la réalité belge: dégager de telles sommes suppose non seulement des mesures fortes, mais aussi une capacité à bâtir une majorité autour d’elles. Et c’est précisément ce qui rend l’exercice si explosif.
Septembre, mois de tous les dangers
La question n’est donc plus de savoir si les discussions seront difficiles. Elle est de savoir jusqu’où elles peuvent déstabiliser l’Arizona.
Personne, à ce stade, n’a intérêt à provoquer des élections anticipées. Aucun parti de la majorité n’est certain d’en sortir renforcé. C’est d’ailleurs ce qui explique en partie le calme actuel. Mais ce calme pourrait n’être que celui qui précède une confrontation particulièrement rude.
Car à mesure que les options se préciseront, les positions deviendront plus dures. Entre défense du pouvoir d’achat, crédibilité budgétaire, promesses de campagne, équilibre interne de la coalition et pression européenne, chaque parti va arriver à la table avec ses priorités, ses lignes de défense et ses limites.
La rentrée de l’Arizona commence donc en douceur sur la forme. Mais sur le fond, la vraie tempête politique est devant elle.