Pouvoir d’achat : la sérénité financière des Belges continue de chuter
La sérénité financière des Belges atteint son deuxième niveau le plus bas depuis 2020, selon NN. Les inquiétudes progressent notamment chez les femmes, les fonctionnaires, les inactifs et les 50-64 ans, sur fond de réformes et de hausse du coût de la vie.
Publié par Demetrio Scagliola
Résumé de l'article
- La sérénité financière tombe à 57,3/100, son deuxième niveau le plus bas depuis 2020.
- Les inactifs, les femmes, les fonctionnaires et les 50-64 ans figurent parmi les catégories où le recul est le plus marqué.
- L’épargne de précaution résiste : 56 % des Belges peuvent toujours couvrir au moins trois mois de dépenses.
Sommaire
Les Belges ont-ils de plus en plus peur pour leur portefeuille ? Le dernier Baromètre de sérénité financière de l'assureur NN montre en tout cas une nette détérioration du sentiment de sécurité financière.
L'indice, qui évoluait ces dernières années autour de 60 sur 100, est désormais tombé à 57,3, soit une diminution de près de trois points. Depuis le lancement du baromètre en 2020, seule la crise énergétique de septembre 2022 avait provoqué un niveau d'inquiétude supérieur.
Plus révélateur encore : 36 % des Belges présentent aujourd'hui une faible sérénité financière, avec un indice inférieur à 50. Ils n'étaient que 27 % dans cette situation en septembre 2024.
Un recul qui intervient alors que le gouvernement fédéral a engagé plusieurs réformes susceptibles d'affecter directement ou indirectement les revenus de certains ménages.
Les groupes concernés par les réformes davantage inquiets
NN observe en effet une dégradation particulièrement importante de son indicateur auprès de plusieurs catégories susceptibles d'être concernées par les réformes des pensions et du chômage ou par la limitation de l'indexation des salaires et pensions les plus élevés.
Chez les femmes, l'indice est passé de 59 en septembre 2024 à 54,7 aujourd'hui. NN établit notamment un rapprochement avec la réforme des pensions et le malus pension, qui pourrait davantage toucher les carrières comportant moins de jours prestés, notamment en raison du travail à temps partiel ou des interruptions de carrière.
Selon les chiffres du Comité d'étude sur le vieillissement cités par NN, cette pénalité concernerait 49 % des travailleuses contre 22 % des hommes.
La détérioration est également sensible chez les fonctionnaires : leur indice de sérénité financière est passé de 63,3 en septembre 2024 à 57,7.
L'assureur avance ici aussi comme explication possible les réformes des pensions ainsi que la limitation de l'indexation des salaires et pensions les plus élevés.
Les personnes inactives sous la barre des 50 points
La situation est encore plus marquée chez les personnes inactives. Leur indice est passé de 56,4 en septembre 2024 à seulement 49,4, soit le niveau le plus faible de toutes les catégories étudiées.
Cette évolution intervient dans le contexte de la limitation dans le temps des allocations de chômage. Selon les chiffres de l'ONEM repris dans le baromètre, 194.000 personnes devraient perdre leurs allocations au cours des 18 prochains mois.
Pour une partie des personnes concernées, la priorité n'est d'ailleurs plus de constituer une épargne. 44 % déclarent que leur objectif actuel est simplement de parvenir à joindre les deux bouts.
Les 50-64 ans enregistrent eux aussi une baisse importante. Leur indice est passé de 59,5 à 54,8 en six mois.
Les jeunes ne sont pas épargnés : chez les 18-34 ans, la sérénité financière est passée de 61,8 en septembre 2024 à 57,3 en septembre 2026.
Seulement 10 % des 35-49 ans font confiance à l'État pour leur future pension
Les retraités constituent une exception notable. Leur indice reste relativement élevé, à 62,5.
Mais parmi les générations qui doivent encore atteindre l'âge de la pension, la confiance dans la capacité de l'État à financer leur future retraite apparaît particulièrement faible.
Chez les 50-64 ans, 21 % seulement pensent encore que l'État sera en mesure de verser leur pension, contre 28 % un an auparavant.
Chez les 35-49 ans, le chiffre tombe à 10 %.
Pour Colin Sanders, expert en sérénité financière chez NN, la concordance entre les catégories les plus inquiètes et les publics potentiellement concernés par les réformes est frappante.
« Les catégories de répondants dont la sérénité financière a le plus reculé correspondent clairement aux groupes qui sont le plus susceptibles de ressentir les effets des mesures d’économie », observe-t-il.
« La réforme des pensions contient par exemple de nombreuses mesures ciblant spécifiquement les pensions des fonctionnaires, et elle pénalise le travail à temps partiel. »
Inflation et chauffage alimentent aussi les inquiétudes
Les mesures gouvernementales ne constituent toutefois pas la seule explication avancée par NN.
« D’autres facteurs expliquent aussi le faible niveau de sérénité financière actuel : se chauffer risque de coûter cher à nouveau cet hiver, et l’inflation repart à la hausse », souligne Colin Sanders.
« Par le passé, chaque forte hausse de l’inflation s’est accompagnée d’une baisse marquée de la sérénité financière. »
À cela s'ajoutent les prix de l'essence et du diesel et, plus largement, les incertitudes concernant le coût de la vie dans les prochains mois.
Pourtant, l'épargne de précaution ne diminue pas
C'est l'un des enseignements les plus intéressants du baromètre : la détérioration de la sérénité financière ne s'accompagne pas d'une diminution comparable de l'épargne de précaution.
En septembre 2026, 56 % des Belges disposent d'une réserve permettant de couvrir au moins trois mois de dépenses. Cette proportion est identique à celle observée en mars et n'a pratiquement pas évolué depuis deux ans.
L'écart de confiance entre ceux qui disposent d'un matelas financier et les autres est cependant considérable.
Les personnes capables de financer au moins trois mois de dépenses grâce à leur épargne affichent un indice de sérénité financière de 66,2. Chez celles qui disposent de moins de trois mois de réserve, voire d'aucune épargne, il chute à 44,4.
« Les Belges n’ont pas moins d’argent de côté qu’il y a deux ans, mais ils font moins confiance à l’avenir », résume Colin Sanders.
« Ce sont surtout ceux qui savent que les réformes vont les toucher qui ressentent cette incertitude. C’est compréhensible : quand on ignore ce à quoi ressembleront sa future pension ou ses futures allocations, il est difficile de se projeter. »
Selon l'expert de NN, cette incertitude renforce l'importance d'une meilleure visibilité financière : « Dans un tel contexte, ce qui rassure le plus, c’est la clarté et la constitution d’une réserve financière personnelle. »