« L'occupation de l'ULB sert de porte d'entrée à des réseaux révolutionnaires marxistes » : Éric Muraille dénonce une stratégie militante bien rodée
Derrière l'occupation du bâtiment P1 de l'ULB, le professeur Éric Muraille voit bien davantage qu'une protestation contre la hausse du minerval. Il dénonce une stratégie de recrutement par des collectifs révolutionnaires, des dégradations déjà visibles et la passivité du rectorat. Entretien.
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
À l’ULB, le professeur Éric Muraille dénonce une occupation du bâtiment P1 destinée, selon lui, à former et recruter des étudiants pour des mouvements révolutionnaires marxistes.
Sommaire
- « Il n'y a pas de revendications : l'objectif est de créer un espace militant »
- « Secours Rouge forme les militants à la confrontation avec les autorités »
- « C'est une porte d'entrée vers des collectifs beaucoup plus radicaux »
- « Ce sont toujours les mêmes réseaux que l'on retrouve derrière les occupations »
- « Une minorité de quelques dizaines de personnes peut perturber toute l'université »
- « Ils privatisent un bâtiment universitaire et décident qui peut y entrer »
- « À l'ULB, les occupants ne paient jamais pour les dégradations »
- « Le bâtiment P1 a déjà été tagué à l'intérieur »
- « La répression fait partie de leur stratégie révolutionnaire »
L'occupation du bâtiment P1 de l'Université libre de Bruxelles, sur le campus du Solbosch, continue de perturber les enseignements. Alors que plusieurs cours sont menacés d'annulation et que les autorités universitaires cherchent des solutions de remplacement, la nature même du mouvement suscite des interrogations.
Pour Éric Muraille, professeur à la faculté de médecine de l'ULB, cette mobilisation s'inscrit dans une histoire plus ancienne d'occupations militantes. Le biologiste, qui s'intéresse depuis plusieurs années aux mouvements politiques radicaux actifs sur les campus, affirme retrouver derrière les occupations successives certains des mêmes réseaux d'extrême gauche.
Il dénonce notamment l'utilisation des locaux universitaires pour organiser des formations révolutionnaires, faciliter les contacts entre étudiants et organisations militantes extérieures, et imposer une certaine conception militante de la liberté d'expression. Il met également en cause la tolérance des autorités universitaires, qu'il juge indirectement responsable de la répétition de ces occupations.
Nous l'avons interrogé sur les objectifs des occupants, les organisations impliquées et les conséquences de cette mobilisation pour l'université.
« Il n'y a pas de revendications : l'objectif est de créer un espace militant »
21News : Pour commencer, qui occupe exactement le bâtiment P1 de l'ULB ? Que sait-on de ces étudiants et de leurs motivations ?
Éric Muraille : L'occupation du bâtiment P1 est une initiative prise par certains collectifs étudiants qui participaient au blocage de l'ULB. À cette occasion, ils ont créé un compte Instagram intitulé « Occupation autonome ULB ».
L'une des caractéristiques de cette occupation, c'est qu'il n'y a pas véritablement de revendications. L'ULB a d'ailleurs envoyé aujourd'hui un message à l'ensemble de sa communauté pour indiquer qu'elle n'avait reçu aucune revendication en tant que telle.
Sur leur compte Instagram, les occupants expliquent vouloir créer un espace collectif autogéré, permettant de s'organiser de manière autonome, en dehors de tout cadre institutionnel et partisan.
Ils se définissent donc comme un mouvement autonome, qui ne serait pas lié à un parti politique. Mais parmi ceux qui ont soutenu cette occupation dès le départ, et qui en font très vraisemblablement partie, on retrouve l'Union syndicale étudiante, l'USE.
Vous dites qu'il n'y a pas de revendications précises. Pourtant, le mouvement de blocage avait initialement été lancé contre l'augmentation du minerval. Quel est le rapport entre les deux ?
Le blocage est effectivement parti de là. La hausse du minerval et l’augmentation du coût de la vie
sont des sujets qui permettent de rassembler toute une série d'étudiants. Mais lorsqu'on regarde les publications de l'occupation autonome, cette question est finalement très rarement évoquée.
L'idée générale est plutôt de disposer d'un espace de formation militante dans lequel ils peuvent organiser toutes sortes d'activités.
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