Quand la peur entre dans la classe (Carte blanche)
À Bruxelles, certains enseignants hésitent à aborder des sujets sensibles comme le génocide des Arméniens, révélant une tension croissante entre mission éducative et climat social. Carte blanche d'Anna Hovsepyan, échevine de la Propreté publique et de l’Aménagement urbain à Jette (MR).
Publié par Contribution Externe
Résumé de l'article
Une carte blanche d'Anna Hovsepyan, échevine de la Propreté publique et de l’Aménagement urbain à Jette (MR).
À Bruxelles, plusieurs enseignants témoignent aujourd’hui hésiter à aborder certains sujets comme le génocide des Arméniens, par crainte des réactions. Ce constat est inquiétant, et il ne date pas d’hier. Je tiens d’abord à le dire clairement : je ne critique pas les professeurs qui ressentent cette peur. On ne peut pas ignorer le contexte dans lequel ils travaillent. Entre tensions sociales, pressions extérieures et climat parfois explosif, il est humain d’avoir des hésitations.
L’école face à sa mission fondamentale
Mais justement, leur rôle va au-delà. L’école n’est pas seulement un lieu d’apprentissage académique : c’est un espace où l’on transmet la vérité, l’esprit critique et la mémoire. Sur des sujets comme le génocide des Arméniens de 1915, reconnu par de nombreux historiens et institutions, il ne s’agit pas d’une opinion, mais d’un fait historique documenté.
Fermer les yeux ou éviter ces sujets, c’est laisser un vide. Et ce vide est rarement neutre : il est souvent rempli ailleurs, parfois par des discours biaisés, voire par de l’endoctrinement.
Le risque du silence et du déni
Car il faut être honnête, certains jeunes peuvent être exposés à des récits où l’histoire est déformée, minimisée ou niée. Dans ces cas-là, l’école est parfois le seul endroit où ils peuvent confronter ces récits à des faits. Comme le disait George Santayana : « Ceux qui ne peuvent se souvenir du passé sont condamnés à le répéter. »
Le problème, c’est que le négationnisme n’a pas disparu. Il évolue, se diffuse, se banalise. Et chaque silence, chaque renoncement, lui ouvre un peu plus d’espace.
Former des esprits libres malgré les tensions
Ce n’est pas en évitant les sujets sensibles qu’on apaise les tensions. C’est en les abordant avec rigueur, pédagogie et courage qu’on forme des esprits libres. Je comprends la peur. Mais la mission de l’école est justement d’aller au-delà. Parce que transmettre la vérité, même quand elle dérange, ce n’est pas provoquer : c’est éduquer.
Et si, aujourd’hui, dans certaines écoles bruxelloises, on en arrive à craindre d’enseigner le génocide des Arméniens, celui des Tutsi au Rwanda ou même la Shoah, alors ce n’est plus seulement la mémoire qui est en danger : c’est la capacité même de l’école à remplir sa mission.