« Remigration », remise au travail des demandeurs d’asile, public réduit : les dix mesures phares du programme de l’AfD en Saxe-Anhalt
Après son succès électoral en Saxe-Anhalt, l’AfD défend un programme de rupture sur l’immigration, l’école, l’audiovisuel public, le climat, la famille et les institutions.
Publié par J.PE
Résumé de l'article
Le programme de l’AfD en Saxe-Anhalt prévoit notamment un « commissaire à la remigration », une obligation de travail pour certains demandeurs d’asile, des classes séparées pour les enfants réfugiés, un audiovisuel public réduit et une politique familiale nataliste.
Sommaire
- 1. Un « commissaire à la remigration »
- 2. Faire travailler les demandeurs d’asile
- 3. Des classes séparées pour les enfants réfugiés
- 4. Autoriser l’école à la maison
- 5. Réduire fortement l’audiovisuel public
- 6. Revoir le rôle du renseignement intérieur
- 7. Un « tournant patriotique » dans l’éducation et la culture
- 8. Réduire les dépenses consacrées au climat
- 9. Une politique familiale ouvertement nataliste
- 10. Restreindre le recours au vote par correspondance
- Un programme qui dépasse largement la seule question migratoire
Le scrutin régional du 6 septembre marque un tournant politique majeur en Saxe-Anhalt. Avec 44 % des voix, l’Alternative für Deutschland (AfD) s’est imposée largement en tête dans ce Land de l’est de l’Allemagne.
Mais cette victoire électorale ne signifie pas automatiquement une arrivée au pouvoir. Le parti dirigé dans la région par Ulrich Siegmund ne dispose pas, à lui seul, du nombre de sièges nécessaire pour gouverner. Il devra donc convaincre d’autres formations de le soutenir, alors que les partis traditionnels allemands maintiennent jusqu’ici leur principe de non-coopération avec l’AfD.
Au-delà du résultat électoral, le programme du parti donne une idée précise des changements que celui-ci entendrait mettre en œuvre. Immigration, école, médias, famille, climat ou encore institutions : plusieurs propositions constituent une rupture avec le consensus politique allemand.
1. Un « commissaire à la remigration »
C’est l’une des mesures les plus radicales du programme. L’AfD veut créer une structure administrative spécifiquement chargée de la « remigration », terme utilisé par le parti pour désigner notamment le retour des étrangers en situation irrégulière ou faisant l’objet d’une obligation de quitter le territoire.
Le programme prévoit la nomination d’un « commissaire à la remigration », chargé de coordonner cette politique. Le parti affirme vouloir mettre fin à l’immigration illégale et accélérer les expulsions. Il estime par ailleurs que les capacités d’accueil des communes du Land sont arrivées à saturation.
L’AfD souhaite également encourager le retour en Allemagne de citoyens allemands qualifiés qui travaillent actuellement à l’étranger.
2. Faire travailler les demandeurs d’asile
Autre proposition controversée : l’instauration d’une obligation de travail d’intérêt collectif pour certains demandeurs d’asile bénéficiant de prestations sociales.
Le programme envisage notamment des missions d’entretien et de nettoyage dans les centres d’accueil.
Pour l’AfD, cette mesure permettrait à la fois de responsabiliser les bénéficiaires et de contribuer à l’entretien des infrastructures publiques. Le parti estime qu’elle pourrait être mise en œuvre rapidement au niveau régional.
3. Des classes séparées pour les enfants réfugiés
Le programme prévoit également une réforme importante du système scolaire.
L’AfD souhaite que les enfants de réfugiés et de demandeurs d’asile soient regroupés dans des classes spécialisées, plutôt que d’être systématiquement intégrés aux classes ordinaires. Le parti justifie cette proposition par la nécessité de tenir compte de la situation particulière de ces élèves et de leur éventuel retour dans leur pays d’origine.
Le programme prévoit parallèlement davantage de sécurité dans certains établissements considérés comme difficiles.
Il propose également que le drapeau allemand soit présent quotidiennement dans les écoles et souhaite interdire l’affichage de drapeaux arc-en-ciel dans les établissements scolaires.
4. Autoriser l’école à la maison
L’AfD veut modifier en profondeur le principe de scolarisation obligatoire.
Son programme propose de passer d’une obligation de fréquentation scolaire à une obligation d’instruction, ce qui permettrait aux familles qui le souhaitent d’assurer elles-mêmes l’enseignement de leurs enfants à domicile.
Le parti invoque la liberté éducative des parents et dénonce ce qu’il considère comme une intervention excessive de l’État dans les choix familiaux.
Cette proposition se heurte toutefois à un obstacle juridique majeur : une telle réforme nécessiterait une modification des règles constitutionnelles applicables dans le Land et donc une majorité qualifiée au Parlement régional.
5. Réduire fortement l’audiovisuel public
Le système audiovisuel public allemand est également dans le viseur de l’AfD.
Le parti souhaite remettre en cause les accords entre les Länder qui organisent actuellement le financement et le fonctionnement du service public audiovisuel.
À sa place, l’AfD défend l’idée d’un « Grundfunk », un service public beaucoup plus limité et centré sur un socle de programmes essentiels.
Son financement ne reposerait plus sur le système actuel de contribution audiovisuelle dans sa forme actuelle. La publicité ou des financements provenant du budget public pourraient notamment être utilisés.
Pour les programmes sportifs ou de divertissement, le parti envisage également un système d’abonnement facultatif.
6. Revoir le rôle du renseignement intérieur
Le service de renseignement intérieur de Saxe-Anhalt, le Verfassungsschutz, fait lui aussi l’objet d’une proposition de réforme.
L’AfD souhaite recentrer ses missions sur les menaces concrètes visant l’État, notamment l’espionnage et le terrorisme. Le parti critique en revanche la surveillance d’activités ou d’opinions politiques qu’il juge excessive.
Cette proposition revêt une dimension particulière en Saxe-Anhalt : l’AfD régionale est elle-même classée comme organisation d’extrême droite par les services de renseignement intérieur du Land.
7. Un « tournant patriotique » dans l’éducation et la culture
Le programme de l’AfD entend également modifier le récit historique et culturel porté par les institutions régionales. Le parti veut notamment donner davantage de place à certaines périodes de l’histoire allemande, en particulier la construction nationale au XIXe siècle et la création de l’Empire allemand en 1871.
L’AfD critique ce qu’elle considère comme une vision excessivement culpabilisante de l’histoire allemande et souhaite mettre davantage en avant les épisodes qu’elle considère comme positifs.
Cette orientation s’étendrait également à la politique culturelle. Le programme propose notamment de remplacer la campagne régionale #moderndenken par #deutschdenken, traduisible par « penser allemand ».
8. Réduire les dépenses consacrées au climat
La politique climatique actuelle du Land est également remise en cause. L’AfD promet de supprimer plusieurs financements qu’elle associe à ce qu’elle décrit comme une « industrie de la protection du climat ».
Le parti cite certaines dépenses précises, dont des crédits destinés à réduire l’empreinte carbone des institutions régionales.
Il souhaite également s’opposer aux financements consacrés à l’aide climatique internationale et faire pression sur le gouvernement fédéral pour revoir certaines dépenses environnementales.
Cette mesure s’inscrit dans une opposition plus large de l’AfD aux politiques de transition écologique qu’elle juge trop coûteuses pour les contribuables.
9. Une politique familiale ouvertement nataliste
La famille constitue un autre pilier du programme. Pour l’AfD, le vieillissement démographique de l’Allemagne doit avant tout être combattu par une augmentation du nombre de naissances, plutôt que par le recours à l’immigration.
Le parti propose ainsi des aides mensuelles progressives : 50 euros pour le premier enfant, 150 euros pour le deuxième et 250 euros pour chacun des suivants.
L’AfD souhaite également faciliter l’accès à la propriété pour les jeunes parents grâce à des prêts immobiliers subventionnés pouvant atteindre 300.000 euros pour les moins de 40 ans. Une partie de la dette pourrait ensuite être annulée à la naissance d’enfants.
Cette politique familiale s’accompagne d’une position plus restrictive sur l’avortement. L’AfD souhaite notamment maintenir l’interruption volontaire de grossesse dans le Code pénal allemand et s’opposer à une éventuelle dépénalisation au niveau fédéral.
10. Restreindre le recours au vote par correspondance
Enfin, l’AfD veut modifier les règles électorales concernant le vote par correspondance.
Le parti estime que celui-ci comporte des risques de manipulation et souhaite le réserver aux électeurs pouvant justifier d’une raison sérieuse les empêchant de se rendre dans un bureau de vote.
En parallèle, l’AfD souhaite développer les mécanismes de démocratie directe et faciliter l’organisation d’initiatives populaires et de référendums.
Un programme qui dépasse largement la seule question migratoire
Les propositions de l’AfD en Saxe-Anhalt dessinent donc un projet qui ne se limite pas à une politique migratoire plus restrictive. Le parti entend donc également transformer l’école, réduire le périmètre de l’audiovisuel public, modifier la politique familiale, abandonner une partie des politiques climatiques. Reste désormais à savoir quelle partie de ce programme pourrait effectivement être appliquée.