Reza Pahlavi accuse les médias européens d’ignorer le martyre iranien
Après deux conférences de presse à Stockholm et Berlin, Reza Pahlavi a publié un message notamment sur Youtube d’une rare sévérité à l’adresse de l’Europe. Le fils du dernier shah d’Iran reproche aux journalistes européens d’avoir ignoré la répression actuelle en Iran, les exécutions de prisonniers politiques et les milliers d’Iraniens tués, selon lui, dans la rue les 8 et 9 janvier. Un réquisitoire contre le silence médiatique, prononcé au terme d’une tournée européenne marquée aussi par des soutiens, des contestations et un incident à Berlin.
Publié par A.G.
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Résumé de l'article
-Reza Pahlavi, en tournée européenne avec des étapes à Stockholm et Berlin, accuse les médias européens d’avoir ignoré la répression en Iran lors de ses conférences de presse, affirmant qu’aucun des plus de 150 journalistes présents ne l’a interrogé sur les dizaines de milliers d’Iraniens tués selon lui les 8 et 9 janvier, ni sur les exécutions récentes de prisonniers politiques.
-Dans une vidéo publiée après ces rencontres, il dénonce une forme de censure indirecte, estimant que la presse préfère critiquer les États-Unis et Israël ou revenir sur l’histoire de l’Iran plutôt que de traiter la situation actuelle et les aspirations démocratiques du peuple iranien.
-Il conclut en affirmant qu’il poursuivra son combat pour un Iran libre, avec ou sans le soutien de l’Europe, dans un contexte où sa figure reste à la fois soutenue par certains responsables politiques occidentaux et contestée au sein de l’opposition iranienne.
Reza Pahlavi a choisi de s’adresser directement aux Européens. Non pas dans un discours institutionnel classique, mais dans une vidéo publiée après plusieurs semaines de déplacements sur le continent, au cours desquels il dit avoir rencontré des parlementaires, des membres de gouvernements et la presse. L’objectif affiché de cette tournée était clair : "donner une voix" aux millions d’Iraniens qu’il présente comme pris en otage par la République islamique, sa terreur et ses coupures d’internet. Mais le message est rapidement devenu une charge frontale contre les médias internationaux, et plus particulièrement européens. Selon lui, le silence qui frappe les Iraniens ne serait pas seulement imposé par le régime de Téhéran. Il serait aussi entretenu, volontairement ou non, par une partie de la presse occidentale.
Le contexte est celui d’une séquence européenne particulièrement tendue. Reza Pahlavi s’est rendu notamment à Stockholm, où il s’est exprimé le 13 avril devant des parlementaires suédois, lors d’une visite qui a divisé la diaspora iranienne et suscité des débats sur sa légitimité politique et sur l’héritage de la monarchie iranienne. Le Monde a relevé que cette invitation était portée notamment par les Démocrates de Suède et les Chrétiens-démocrates, deux formations liées à la majorité gouvernementale suédoise. Il s’est ensuite rendu à Berlin, où il a tenu une conférence de presse le 23 avril à la Bundespressekonferenz, le centre de presse fédéral allemand. À sa sortie, il a été aspergé d’un liquide rouge, probablement à base de tomate, sans être blessé, selon AP et Reuters.
40.000 Iraniens massacrés dans l’indifférence
C’est après ces deux étapes que Reza Pahlavi a publié son message intitulé en anglais “With or Without You, We Fight”. A propos des deux conférences de presse en deux semaines, l’une à Stockholm, l’autre à Berlin qu’il a tenue devant plus de 150 journalistes au total, pendant plus de deux heures, son accusation est brutale : aucun de ces journalistes, dit-il, ne l’aurait interrogé sur les “40.000 Iraniens massacrés” dans les rues de son pays les 8 et 9 janvier.
Aucun, poursuit-il, ne lui aurait demandé des précisions sur les 19 prisonniers politiques exécutés au cours des deux semaines précédentes. Aucun, encore, ne se serait intéressé aux 20 autres prisonniers politiques actuellement condamnés à mort, selon ses déclarations.
« Dans “le cœur d’un continent” qui revendique les droits humains, la justice et la dignité, les journalistes européens ont “abdiqué” leurs responsabilités professionnelles et leur objectivité morale. »
La sévérité du propos tient aussi à une scène qu’il décrit longuement. Reza Pahlavi affirme s’être tenu aux côtés d’une mère et d’un père ayant chacun perdu un fils lors des événements des 8 et 9 janvier, en demandant aux journalistes d’écouter leur histoire. Là encore, affirme-t-il, aucune question ne leur aurait été posée.
Dans “le cœur d’un continent” qui revendique les droits humains, la justice et la dignité, il accuse donc les journalistes européens d’avoir “abdiqué” leurs responsabilités professionnelles et leur objectivité morale. Iran International, qui a rapporté son message, résume la même accusation : selon Pahlavi, la presse européenne aurait ignoré les massacres, les exécutions et la répression en Iran malgré ses rencontres avec les médias à Stockholm et Berlin.
La presse préfère accuser les Etats-Unis et l’Iran
Le grief politique est tout aussi net. Reza Pahlavi reproche aux journalistes européens de s’intéresser davantage aux critiques visant les États-Unis et Israël qu’au rôle du régime iranien dans la répression.
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