Russie : un scrutin sans suspense sur fond de crainte d’une mobilisation
Les législatives russes devraient garantir une nouvelle majorité à Vladimir Poutine. Le Kremlin surveillera surtout la participation et la lassitude provoquée par la guerre en Ukraine.
Publié par A JS
Résumé de l'article
Du 18 au 20 septembre, les Russes renouvelleront la Douma lors d’un scrutin dominé par Russie unie. Sans véritable opposition, le Kremlin surveillera surtout la participation, la lassitude liée à la guerre et la crainte d’une nouvelle mobilisation.
Les Russes renouvelleront les 450 députés de la Douma du 18 au 20 septembre. Le résultat laisse peu de place au doute. Russie unie, le parti du pouvoir, devrait conserver une très large majorité. Le Kremlin cherchera surtout une forte participation pour légitimer Vladimir Poutine et la poursuite de la guerre.
Ces législatives russes constituent le premier scrutin parlementaire depuis l’invasion de l’Ukraine en février 2022. Lors des élections de 2021, Russie unie avait obtenu près de 50% des voix. Le parti avait remporté 324 sièges sur 450.
Le système électoral attribue la moitié des sièges à la proportionnelle. Les électeurs désignent les 225 autres députés dans des circonscriptions. Le vote concernera également plusieurs territoires ukrainiens occupés par l’armée russe. Moscou les considère comme russes malgré l’absence de reconnaissance internationale.
Des législatives russes sans véritable opposition
Russie unie affrontera uniquement des partis qui acceptent le cadre fixé par le Kremlin. Tous soutiennent Vladimir Poutine et l’effort de guerre à des degrés divers. Aucun ne défend une véritable rupture avec la politique présidentielle.
Le Parti communiste russe constitue la principale force concurrente. Le LDPR nationaliste, Russie juste et Nouvelles personnes participeront aussi au scrutin. Ces formations siègent déjà à la Douma et contestent rarement les décisions essentielles du Kremlin.
« Il ne s’agit pas de savoir si Russie unie va remporter ces élections », estime le politologue Nikolaï Petrov. Selon le chercheur du New Eurasian Strategies Centre, « le résultat est couru d’avance ».
Le parti libéral Iabloko représentait la seule formation opposée frontalement à la guerre. Les autorités électorales avaient d’abord accepté sa participation. La justice russe a ensuite annulé son enregistrement en août.
Cette exclusion prive les électeurs hostiles au conflit d’une offre politique clairement pacifiste. Plusieurs figures de l’opposition vivent aussi en exil ou se trouvent en prison. La répression rend toute campagne nationale indépendante presque impossible.
À Moscou, la campagne reste d’ailleurs très discrète. Les affiches des candidats occupent peu l’espace public. Les autorités diffusent surtout des appels à voter sous le slogan « Votre voix est la force de la Russie ».
La participation comme véritable enjeu du Kremlin
Le Kremlin ne redoute guère une défaite de Russie unie. Il veut cependant éviter une abstention trop visible. Une faible mobilisation électorale révélerait l’apathie ou la lassitude d’une partie de la population.
Un diplomate européen interrogé par l’AFP qualifie le scrutin d’« assez factice ». Il estime pourtant que le pouvoir prend l’exercice au sérieux. Moscou cherchera, selon lui, à afficher un soutien massif au parti présidentiel.
La guerre pèse davantage sur le quotidien des Russes. Les frappes ukrainiennes atteignent désormais des régions éloignées du front. Elles visent notamment des infrastructures énergétiques, des sites industriels et des entreprises.
Ces attaques provoquent parfois des victimes civiles et d’importants dégâts matériels. Elles perturbent aussi l’approvisionnement en carburant. La population russe ressent donc plus directement les conséquences d’un conflit longtemps présenté comme lointain.
L’opposition en exil tentera de rendre ce mécontentement visible. Elle appelle les adversaires de la guerre à voter simultanément le 20 septembre à midi. Cette action doit montrer leur nombre, malgré l’absence de candidats réellement opposés au Kremlin.
La crainte persistante d’une nouvelle mobilisation
La perspective d’une nouvelle mobilisation militaire inquiète également de nombreux Russes. En septembre 2022, Vladimir Poutine avait mobilisé 300.000 réservistes. Cette décision avait provoqué le départ précipité de nombreux hommes vers l’étranger. D'après le chef d’état-major de la Défense britannique, la Russie a subi 1,5 million de pertes en Ukraine, parmi lesquelles plus de 500.000 soldats tués.
Le 28 août 2026, des responsables occidentaux estimaient que l’armée russe perdait chaque mois environ 6.000 hommes de plus qu’elle ne parvenait à en recruter. Volodymyr Zelensky affirme que Moscou pourrait annoncer une nouvelle mobilisation après les législatives. Le président ukrainien évoque une décision possible durant l’automne. Le Kremlin dément régulièrement cette hypothèse.
Vladimir Poutine assure qu’aucun scénario actuel ne nécessite une telle mesure. Cette formulation ne suffit pas à dissiper toutes les craintes. La mobilisation de 2022 avait déjà profondément marqué la société russe.
Tatiana Stanovaïa juge pourtant une nouvelle vague peu probable. Cette spécialiste du Centre Carnegie Russie Eurasie souligne les efforts déployés par le pouvoir. Le Kremlin veut convaincre les familles qu’elles ne doivent pas craindre un nouvel appel massif.
La Russie privilégie jusqu’ici les engagements volontaires et les primes élevées. Elle recrute aussi dans les régions les plus pauvres. Cette méthode limite l’impact politique de la guerre dans les grandes villes, mais à terme le réservoir humain y atteindra ses limites et les villes devront aussi participer à l'effort de guerre russe.
Une victoire de Russie unie offrira donc à Vladimir Poutine le résultat recherché. Le président russe pourra revendiquer une nouvelle validation électorale de son pouvoir. Il présentera aussi ce résultat comme un soutien à la poursuite de la guerre. Le déroulement du vote demeure cependant plus instructif que son vainqueur annoncé.