« Surreprésentation de jeunes issus de l’immigration » : les propos d’Édouard Philippe sur les émeutes font bondir la gauche
« Selon le mot de Péguy, il faut “voir ce que l’on voit”. L’échec de l’intégration dans notre pays depuis plusieurs décennies est incontestable », affirme l’ancien Premier ministre, qui évoque notamment une « surreprésentation de jeunes issus de l’immigration » parmi les participants aux émeutes.
Publié par J.PE
À quelques mois de la présidentielle, Édouard Philippe durcit son discours sur l’immigration et l’intégration. En évoquant une « surreprésentation de jeunes issus de l’immigration » parmi les personnes impliquées dans les violences du 18 octobre, le candidat Horizons déclenche une vive polémique à gauche et à l'extrême-gauche. Dominique de Villepin, Olivier Faure et Alexis Corbière dénoncent des propos qu’ils jugent stigmatisants.
Edouard Philippe assume désormais pleinement une ligne plus ferme sur l’immigration. Dans un entretien accordé au Point, le maire du Havre estime que les violences du 18 octobre mettent en lumière un problème plus profond : celui de l’intégration en France.
« Selon le mot de Péguy, il faut “voir ce que l’on voit”. L’échec de l’intégration dans notre pays depuis plusieurs décennies est incontestable », affirme l’ancien Premier ministre, qui évoque notamment une « surreprésentation de jeunes issus de l’immigration » parmi les participants aux émeutes.
Une déclaration qui a immédiatement provoqué de nombreuses réactions à gauche. Plusieurs responsables politiques accusent le candidat Horizons de reprendre des thèmes traditionnellement portés par la droite radicale.
Dominique de Villepin s’en prend vivement à Édouard Philippe
Parmi les premières réactions, celle de Dominique de Villepin a particulièrement marqué les esprits. L’ancien Premier ministre de Jacques Chirac, dont les prises de position récentes lui ont valu une popularité nouvelle à gauche, a publié un long texte sur X.
Il reproche notamment à Édouard Philippe de réduire les événements à une lecture fondée sur l’origine des manifestants.
« Voir ce que l’on voit », écrit-il en substance, revient selon lui à désigner « des Noirs et des Arabes qui manifestent, bloquent, cassent ». Dominique de Villepin accuse ainsi le candidat de vouloir « mettre au ban l’ensemble des immigrés de ce pays ».
Pour l'ancien chef du gouvernement, cette formule est révélatrice d'un changement profond du débat politique français.
Olivier Faure dénonce des « préjugés racistes »
Le premier secrétaire du Parti socialiste, Olivier Faure, a lui aussi vivement réagi.
Sur les réseaux sociaux, il accuse Édouard Philippe de dériver « dans les eaux noires des préjugés racistes ». Pour le responsable socialiste, l'origine ou la couleur de peau ne peut en aucun cas expliquer un comportement délinquant.
« Aucune couleur de peau, aucune origine ethnique ne prédestine au pillage. Les causes sont à chercher ailleurs », affirme Olivier Faure.
Une position également défendue par Alexis Corbière. L'ancien député de La France insoumise qualifie les déclarations d'Édouard Philippe d'« abjectes » et d'« insultantes », estimant que le candidat Horizons « mime le lepenisme ou zemmourisme le plus vulgaire ».
Un programme migratoire nettement plus restrictif
Au-delà de la polémique sur les émeutes, Édouard Philippe revendique surtout un changement de cap en matière d'immigration.
Le candidat propose notamment de diviser par deux l'immigration légale. Il souhaite limiter davantage la délivrance des titres de séjour aux motifs professionnels et aux étudiants, tout en restreignant les conditions du regroupement familial.
Il entend également réformer en profondeur l'instruction des demandes d'asile et se dit favorable à la dénonciation du traité franco-algérien de 1968.
Une ligne qui marque une évolution importante du positionnement de l'ancien Premier ministre, désormais engagé dans une stratégie de différenciation à droite à l'approche de la présidentielle.
Édouard Philippe veut aussi durcir le volet sécuritaire
Le candidat Horizons associe cette politique migratoire à un programme sécuritaire plus strict.
Il défend notamment des peines de prison courtes mais effectivement exécutées dès la première infraction, ainsi que des peines planchers en cas de récidive lorsque les victimes sont des dépositaires de l'autorité publique.
Autre proposition : faire supporter aux auteurs les conséquences financières des dégradations commises lors des violences, à travers une indemnisation des victimes.
Édouard Philippe souhaite par ailleurs renforcer les dispositifs préventifs afin d'empêcher les fauteurs de troubles de participer aux violences.